Observer en direct le fonctionnement dynamique des cellules vivantes. Suivre sur écran les échanges de substances qui sont pour elles autant de manières de «communiquer». Pénétrer en leur cœur pour comprendre les mécanismes chimiques qui les animent. L'imagerie cellulaire constitue aujourd'hui un outil indispensable en biologie et en médecine. «C'est pour répondre aux besoins croissants des scientifiques que l'Université de Lausanne et le Centre hospitalier universitaire vaudois ont créé une plate-forme qui y sera dédiée», explique son coordinateur, Jean-Yves Chatton. Baptisé «Cellular Imaging Facility» (CIF) et logé dans les bâtiments lausannois du Département de biologie cellulaire et morphologie, ce centre équipé d'outils d'imagerie parmi les plus aboutis du monde sera inauguré cet après-midi.

«Les recherches fondamentale et translationnelle ont beaucoup à gagner d'une telle infrastructure», s'enthousiasme le professeur Andrea Volterra, président du comité de pilotage du CIF. Et de citer en exemple les travaux sur la maladie d'Alzheimer: «Le cerveau de souris chez lesquelles cette affection a été induite génétiquement produit ce qu'on appelle des plaques, qui sont liées au développement de l'Alzheimer. Une réaction inflammatoire a lieu autour de ces plaques. Mais on ne sait pas encore si cet effet est positif ou négatif.» Le nouveau microscope multiphotonique, qui sera bientôt mis en fonction, permettra de faire la lumière sur cette question.

Avec cet instrument, l'idée consiste à rendre fluorescentes des substances présentes dans les plaques, afin de pouvoir visualiser leur évolution. Pour y parvenir, les scientifiques dirigent sur la zone à étudier dans le cerveau du rongeur un faisceau laser spécifique, qui va «exciter» ces composants. En réponse, ceux-ci émettent à leur tour de la lumière fluorescente, détectable par des instruments appropriés. Résultat: il sera possible d'étudier, avec une résolution subcellulaire, les interactions des plaques avec les cellules environnantes.

«Non invasive et non destructive, cette technologie a, de plus, le grand avantage d'observer in vivo la dynamique et la progression de la maladie», explique Andrea Volterra. Mais en quoi voir ce processus s'avère-t-il vraiment nécessaire pour le comprendre? «Parfois, l'imagerie cellulaire participe au simple besoin de visualiser les composants du vivant, reconnaît Jean-Yves Chatton. Mais ces images esthétiques sont souvent peu informatives du point de vue scientifique. Dans ce cas précis, voir ces processus permet plutôt de déduire des informations quantitatives cruciales sur le métabolisme des cellules.» «Ce type d'approche, dont il n'existe que peu d'exemples dans le monde, va nous apporter une vision inédite du fonctionnement des cellules cérébrales», résume le professeur Volterra.

Cette installation de microscopie multiphotonique, estimée à 1 million de francs, servira d'abord essentiellement aux chercheurs en imagerie proches du CIF. Par contre, depuis un an environ, la plate-forme d'imagerie cellulaire met déjà plusieurs autres techniques de microscopie à la disposition d'une centaine de groupes de recherche provenant du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de l'Université de Lausanne (UNIL). A l'avenir, les entreprises de biotechnologies intéressées pourront aussi y avoir accès. Outre la neurologie, la dermatologie, l'ophtalmologie ou encore la recherche sur les maladies infectieuses pourront bénéficier des possibilités offertes par le CIF. «Souvent, l'acquisition de tels instruments, utilisés de surcroît occasionnellement, s'avère très coûteuse. La création de cette plate-forme permet donc aux scientifiques intéressés de limiter ces coûts, mais aussi de parfaire un savoir-faire», justifie Jean-Yves Chatton. En outre, le CIF veut en effet de mettre l'accent sur la formation dans ce domaine pointu, mais aussi encourager la recherche afin de perfectionner les technologies existantes.

Du point de vue de l'organisation, le CHUV contribue au CIF en finançant un poste de technicien ainsi que certains instruments, tandis que l'UNIL met à disposition les locaux et a créé les postes administratifs nécessaires. De leur côté, les Départements de biologie cellulaire et morphologie et de physiologie de l'UNIL apportent leurs compétences scientifiques et les infrastructures. Quant aux coûts, Jean-Yves Chatton les chiffre à près de 5 millions de francs pour les instruments dédiés aux prestations de services et aux activités de développement. Comme les frais de fonctionnement, ces coûts sont répartis entre les différentes entités fondatrices. Enfin, à peine inauguré, le CIF regarde déjà vers l'avenir. Partie prenante d'un réseau lémanique d'imagerie médicale, il prévoit d'ores et déjà d'étendre ses activités sur le site universitaire de Dorigny.

«Lumière sur la glie, la face cachée de notre cerveau». Leçon inaugurale du prof. Andrea Volterra, et inauguration du CIF. Jeudi 24 mars à 17 h, auditoire César Roux, CHUV, Lausanne. Entrée libre; s'annoncer au 021/692 50 23 ou à info.fbm@unil.ch Infos: http://www.unil.ch/cif