Après le rédacteur en chef Jean Bonnard l'an dernier, le directeur du Nouvelliste Jean-Yves Bonvin sera-t-il la prochaine victime des guerres fratricides entre actionnaires du groupe Rhône Média?

Détonateur public de cette question qui taraude à l'interne du journal depuis quelque temps déjà: un communiqué sibyllin publié samedi dans les colonnes du quotidien valaisan. Le conseil d'administration y annonçait la nomination prochaine d'un «administrateur-délégué». Antonin Gross, en l'occurrence, l'un des trois administrateurs actuels de Rhône Média, et considéré comme l'homme d'Edipresse au Nouvelliste, est pressenti pour occuper le nouveau poste. Il doit pourtant encore donner son aval.

Un administrateur-délégué qui entre, un directeur qui sort? Pour le président de Rhône Média, l'avocat sédunois Hildebrand de Riedmatten, cette désignation n'aurait rien de castrateur. «Il s'agit de resserrer les liens entre le conseil d'administration et la société dans la gestion quotidienne du journal.»

Commandements de payer

Or, la réalité est plus alambiquée encore que cette curieuse nomination par anticipation. Le directeur du Nouvelliste a reçu ces jours des commandements de payer pour un montant de 2 millions de francs, comme le colportait la rumeur depuis quelques jours. Missives qui lui ont été adressées dans le cadre d'un litige en cours sur la gestion de la caisse de pension du personnel. Le contentieux remonterait à 2003. La commission paritaire avait alors renouvelé son affiliation à sa caisse LPP, quand bien même d'autres caisses de pension étaient plus concurrentielles. Hasard ou non: un actionnaire important du journal, Bernard Donzé, par ailleurs beau-frère de Jean-Yves Bonvin, avait de gros intérêts dans la caisse en question. Une mauvaise affaire pour le personnel que les administrateurs du titre sont aujourd'hui parvenus à chiffrer. Avis de droit à l'appui, l'«augmentation des primes s'est montée à 1,8 million de francs en trois ans», confirme le président.

Officiellement, les commandements de payer seraient le seul moyen à la disposition du conseil d'administration du groupe pour éviter une éventuelle prescription dans ce dossier. En attendant de prouver la responsabilité formelle des principaux intéressés. Jean-Yves Bonvin dit pour sa part avoir «la conscience tranquille». Certains voient un autre motif à la manœuvre: faire pression sur le directeur pour le pousser naturellement à la démission. Ce serait alors la vengeance du «clan Fournier» contre le clan «Donzé» qui avait nommé Jean Bonnard et Jean-Yves Bonvin.

Jean-Marie Fournier, promoteur de Veysonnaz et actionnaire Nouvelliste, jure n'être pour rien dans cette décision. Il a été évincé du conseil d'administration l'an dernier. Or, il reste l'actionnaire le plus important du journal.