Repérage de l'adresse parisienne par un frileux lundi matin de janvier, dans un quartier résidentiel du XVe. Au 13 de la rue Meilhac se dresse un immeuble locatif moderne. Côté jardin, un square privé buissonnant, côté cour, une place publique pavée et déserte. Il faut coller son nez à la baie vitrée du rez-de-chaussée pour s'assurer que c'est bien là la Maison verte de Paris, le fameux «espace social de prévention précoce des troubles de séparation». En vingt ans d'existence, il a inspiré des centaines de lieux d'accueil parents-enfants dans le monde dont une dizaine en Suisse romande. Pas d'enseigne sur la rue, juste une barrière de bois vert. Dedans, tout est rangé comme dans la maison des sept petits nains. Pas de portrait de la fondatrice Dolto, tout juste quelques livres d'elle. On repère deux détails auxquels les disciples de la psychanalyste tiennent beaucoup: une fontaine ornée de céramique pour jouer avec l'eau, ainsi qu'une ligne sur le sol pour marquer la frontière entre l'espace où on peut rouler et celui où on se déplace à pied.

Le même lundi, à 14 heures, Marc Vauconssant arrive le premier pour ouvrir la maison. Avec Marie-Noëlle Rebois et Dominique Berthon, ce quadragénaire barbu fait partie du trio qui assure l'accueil du lundi jusqu'au soir: «Ici, au contact des enfants et des parents, je respire un air plus léger que dans mes autres activités de psychologue.» Les gens passent sans rendez-vous, librement. Déjà, une mère et ses fils s'approchent. Dominique prend des nouvelles et rappelle au passage à l'aîné qu'il sera bientôt trop grand pour fréquenter ces lieux réservés aux moins de 4 ans. Ses collègues le rejoignent, car à la Maison verte, c'est toujours un trio qui assure l'accueil. Marie-Noëlle, la doyenne, travaille toujours le lundi, «le jour de Françoise». Jusqu'à sa retraite tardive, la psychanalyste Dolto faisait équipe avec cette énergique femme à chignon blanc qui aime s'agenouiller auprès des enfants et aux pieds des parents. Mais, en ce mois de janvier qui marque les 20 ans de la Maison verte, les accueillants ont l'élégance de ne pas parler de leurs souvenirs en public ni de s'étendre sur leur émotion quand ils ont vu arriver, l'an dernier, les «premiers enfants de la Maison verte avec leurs bébés». Aucun signe de Doltomania chez les adultes en visite. Catherine, jeune baby-sitter de Luis, 2 ans et demi, est arrivée par le bouche-à-oreille. Elle n'a jamais lu une ligne de Dolto. «Ils sont sympas ici, ils savent prendre le mien qui n'est pas facile depuis que sa mère attend un bébé. Au parc, on dit que Luis est méchant: ce n'est pas vrai, il est inquiet», explique-

t-elle. Elle vient à pied, mais certains pères et mères traversent la moitié de Paris pour rejoindre ce havre. «J'y ai fait plus d'amis que dans mon quartier ou au travail», confie une femme. A 16 heures, chacun déballe son goûter: l'espace est maintenant peuplé d'une vingtaine d'enfants, de quinze parents ou accompagnants, plus deux jeunes psychologues en stage. A l'étage, un salon avec machine à café sert de loge. Les accueillants s'y relaient pour souffler, écrire ou lire. Le travail d'écoute est énorme. Les accueillants ont à cœur d'assister les enfants «dans ce temps des 0-4 ans où a lieu la construction psychique», souligne Dominique Berthon.

Comment l'équipe de la Maison verte a-t-elle fêté mercredi dernier les 20 ans de la Maison verte? Après une séance de préparation pour le colloque international qui se tient ces jours à Paris, elle a partagé un gâteau des Rois arrosé de champagne.