Depuis le grand séisme Hanshin qui dévasta Kobe et sa région (7,2 sur l'échelle de Richter) en janvier 1995, les experts nippons sont sur les dents. Or leurs efforts semblent s'avérer payants. Selon le professeur Naoshi Hirata, directeur de l'Institut d'étude des tremblements de terre de la prestigieuse Université de Tokyo, le Japon devrait disposer, d'ici 10 à 15 ans, d'instruments de mesure extrêmement fins de l'activité sismique. «Nous ne savons pas encore prédire avec exactitude les futurs tremblements de terre, mais nous approchons» a récemment annoncé ce géologue, nommé depuis 1999 à la tête d'un programme national de recherche. Le laboratoire de l'Université de Tokyo espère prédire à terme les séismes «comme la météo», notamment grâce à l'installation de sondes dans les zones à risque. Ces sondes, reliées à des batteries de très puissants ordinateurs, permettent déjà de déceler avec une quasi-certitude les séismes de petite ampleur qui affectent le mont Fuji, à proximité de Tokyo. Depuis l'automne dernier, la terre a tremblé 133 fois sous ce volcan considéré le symbole du pays du Soleil levant.

Le gouvernement japonais, qui avait été dans un premier temps complètement dépassé par la tragédie de Kobe où 6000 personnes trouvèrent la mort, a quadruplé les budgets de recherche anti-sismique depuis cinq ans. Un centre national de prévention des désastres pour coordonner la collecte d'informations et les mesures de prévention sur les tremblements de terre a aussi vu le jour, et un comité spécialisé dans la prédiction des éruptions volcaniques doit être formé au début février.

Un millier de séismes par an au Japon

Le Japon est en moyenne secoué par un millier de séismes par an, ce qui fait de l'archipel l'une des régions de la planète les plus sujettes aux tremblements de terre. «Une prédiction juste, même si elle n'intervient que quelques minutes avant la secousse, change la donne, explique Naoshi Hirata. Les compagnies de gaz et d'électricité peuvent tout couper. Des dégâts considérables peuvent être évités». Le travail à faire pour parvenir à une détection infaillible reste néanmoins énorme: «Nous pouvons cibler avec une relative certitude les régions où auront lieu les séismes, mais nous demeurons encore à la merci de chocs brutaux» reconnaît le professeur Hirata, considéré comme l'un des meilleurs experts mondiaux.

A Tokyo, douze gratte-ciel sont prévus

De son laboratoire, l'universitaire coordonne le travail d'une dizaine d'équipes dispersées dans des centres d'observation permanents aux quatre coins du Kanto (la région de Tokyo) et du Tokai (la région de Nagoya), considérés comme les épicentres probables des futurs tremblements de terre dans l'archipel. Un service spécialisé de son département s'occupe aussi d'étudier les données de tous les séismes qui surviennent à la surface du globe comme celui, récent, du Salvador et sans doute demain, celles en provenance d'Inde. Cet effort de recherche a contribué ces dernières années à rassurer l'opinion publique japonaise, assommée par le désastre de Kobe. La municipalité de Tokyo, où le dernier grand séisme remonte à 1923, vient d'ailleurs d'approuver un nouveau plan d'urbanisation. Il comporte douze futurs gratte-ciel, dont un de 54 étages.