Ce n'est pas l'islam qui opprime les femmes, c'est la lecture machiste qui en est faite. Tel est le credo du «féminisme islamique», un mouvement qui commence à se développer dans le monde arabo-musulman. Ses principales représentantes vont se rencontrer à Barcelone pendant trois jours, du 3 au 5 novembre, à l'occasion du 2e «Congrès international de féminisme islamique». 400 participantes provenant d'une vingtaine de pays prendront part à cet événement organisé par la Junta Islamica Catalana. Elles débattront de la charia et du code de la famille.

Très minoritaire, le féminisme musulman est cependant emblématique de ce courant critique qui émerge petit à petit au sein de l'islam. Il revendique l'égalité hommes-femmes et appelle à un «djihad du genre». «Nous demandons une relecture du Coran et de la Sunna, dit Ndeye Andujar, vice-présidente de la Junta Islamica et coorganisatrice du Congrès. Ces écrits ont souffert d'une interprétation patriarcale. Bien sûr, on ne peut pas nier qu'il y a dans le Coran des éléments patriarcaux. C'est pourquoi il faut faire la différence entre ce qui, dans ce texte, relève de la description de la société telle qu'elle se présentait au VIIe siècle, et ce qui est normatif, ce qui a une valeur éthique et universelle. Il est nécessaire de relire les textes dans le contexte historique qui les a vus apparaître.»

Le premier Congrès, qui a eu lieu en 2005, est né de la prise de conscience que de nombreux groupes de femmes musulmanes combattaient pour leurs droits dans des pays aussi divers que la Malaisie, le Nigeria ou le Pakistan, relève Abdennur Prado, président de la Junta Islamica Catalana, sur le site internet du Congrès (http://www.feminismeislamic.org), dont il est le principal organisateur. «Tous ces mouvements avaient quelque chose en commun que nous avons appelé le féminisme islamique, et dans lequel on trouve des femmes qui réclament leurs droits dans le cadre de l'islam.»

«Il existe trois types de féminisme à l'intérieur du monde arabo-musulman, explique Ndeye Andujar. Un féminisme laïc, auquel se rattachent des femmes qui, bien que de tradition musulmane, pensent que l'islam est une religion patriarcale. Ce féminisme est mal vu des musulmans car il est perçu comme occidental. On distingue également un féminisme arabe, qui est de culture musulmane, mais qui voit aussi dans l'islam une religion patriarcale. Quant au féminisme islamique, il est basé sur la foi et milite pour l'égalité des genres dans le cadre de la religion. C'est une réforme qui vient de l'intérieur de l'islam, et les religieux ne peuvent pas la balayer sous prétexte qu'elle est occidentale. Il est plus difficile de détruire des arguments qui viennent de l'intérieur.»

Outre l'égalité des droits, le féminisme islamique demande également l'abolition de toutes les discriminations et violences à l'encontre des femmes. Certaines de ces violences sont justifiées par la charia, thème de ce 2e Congrès. «Il faut rappeler que la charia n'est pas une loi divine, dit Ndeye Andujar, et dénoncer des interprétations juridiques qui datent du Xe siècle.» La vice-présidente de la Junta Islamica en est convaincue: le Coran propose un message d'égalité et de liberté.

Une des principales représentantes du féminisme islamique est Amina Wadud, une musulmane afro-américaine qui vit aux Etats-Unis. Professeure d'islamologie à la Virginia Commonwealth University, Amina Wadud s'est auto-instituée imam et a dirigé une prière mixte à New York le 18 mars 2005. En effet, rien dans l'islam n'interdit aux femmes d'exercer l'imamat. Pourtant, l'initiative de cette femme a choqué, et les réactions dans le monde musulman ont été violentes. Amina Wadud se dit cependant «croyante avant d'être féministe», et estime que le Coran ne fait pas de différence ontologique entre l'homme et la femme. Le fameux verset qui affirme la supériorité de l'homme sur la femme ferait ainsi partie des aspects descriptifs du Coran, et n'aurait pas valeur de norme.

En Europe, le mouvement est pris au sérieux. L'Unesco lui a consacré un colloque les 18 et 19 septembre derniers. Dans une note préliminaire à ce colloque, Valentine Moghadam, sociologue et chef de la section «Egalité des genres et développement» à l'Unesco, expliquait ceci: «En plus de son entreprise théologique, le féminisme musulman doit être perçu, du point de vue sociologique, comme une réponse ou une réaction de la part de femmes, soit qui ont été déçues par les promesses des mouvements islamiques, soit qui ont refusé le projet fondamentaliste dès ses débuts et cherché à récupérer leur religion de ce qu'elles considéraient comme un mouvement politique douteux ou dangereux.»

Aujourd'hui, l'éducation est la priorité du mouvement. «Les femmes doivent accéder à l'interprétation des textes sacrés, poursuit Ndeye Andujar. Il est important qu'elles puissent proposer leur lecture.» Mais le combat sera difficile, car «la plupart des leaders religieux ne veulent pas leur donner ce droit, dit-elle. Ils ont peur de voir leurs prérogatives remises en cause.»