Le cas de la patiente qui tombe amoureuse de son «sauveur» est fréquent, et pas seulement en psychanalyse. «Cela arrive même avec les avocats, note Mauro Poggia: tout à coup, vous sentez que votre sollicitude est exagérément interprétée, que la personne en face de vous commence à se faire des idées.» C'est normal, cela fait partie intégrante du métier, note Jacques de Haller: «Toute relation comporte une part de séduction: dans ce cadre, notre responsabilité est de la gérer et d'éviter un surdosage, exactement comme on évite de prescrire trop de médicaments.» Et si le médecin ne peut pas s'empêcher de tomber sous le charme, il doit interrompre immédiatement le rapport thérapeutique.

En 1998, le Tribunal fédéral allait dans ce sens et rappelait que c'est au médecin qu'incombe la responsabilité de poser les limites de la relation. Pourtant, en été de l'année dernière, le tribunal de Liesthal acquittait un psychothérapeute qui avait entretenu des relations sexuelles avec sa patiente pendant la thérapie: c'est elle qui a pris l'initiative d'inviter le praticien chez elle, a-t-il argué. Le juge bâlois s'appuyait sur le code pénal, qui ne considère pas la relation sexuelle pendant le rapport thérapeutique comme un abus dans tous les cas: il faut que soit prouvé l'abus du rapport de dépendance.

Le code de déontologie de la FMH dit pratiquement la même chose: il est interdit au médecin «d'abuser de son autorité» notamment à des fins sexuelles. «Les règles sont claires, considère Jurg Schmid de Gruneck, président de la Commission de déontologie des médecins genevois: dans mon esprit, cela signifie que tout rapport sexuel est exclu pendant le traitement.»

Werner Tschan trouve qu'on gagnerait à l'écrire noir sur blanc, en tout cas pour ce qui concerne les psychothérapies: après les Pays-Bas, l'Allemagne vient de modifier sa législation dans ce sens.