Noël autrement 4/5

Dominique, enseignante, 60 ans, Lausanne: «Mon Noël sous les tropiques»

Depuis douze ans, cette mère de trois jeunes adultes fuit les fêtes de fin d’année. Elle emmène son mari marcher sous les tropiques, loin de ce qu’elle considère comme une mascarade pathétique. Quatrième volet de notre série sur les Noëls différents

Noël convoque une imagerie de sapins enguirlandés, de montagnes de cadeaux à leurs pieds, de familles réunies, de dinde aux marrons et de chansons douces. C’est une sorte de standard, ou peut-être d’idéal. Beaucoup, pourtant, revendiquent d’autres manières de faire et inventent de nouveaux rituels. Le Temps a recueilli les témoignages de cinq personnes pour qui la fête sera un peu différente.

De l’air. Et du chaud. Dominique, 60 ans, n’a qu’un désir lorsque le mois de décembre annonce les festivités de fin d’année: organiser un séjour dans un endroit baigné de soleil où elle pourra randonner avec son mari en toute liberté. Repas à rallonge, cartes de vœux et cadeaux par brassées? Très peu pour cette enseignante lausannoise qui garde de ses Noëls d’enfant un souvenir très mitigé.

Elle est là, sans doute, la raison de sa désertion. Lorsqu’elle était petite, Dominique a enduré des fêtes mortelles où le protocole l’emportait sur le plaisir d’être rassemblés. Esprit de Noël, où es-tu? «Je ne sais pas s’il existe, mais ne l’ai jamais vraiment rencontré, répond la jeune sexagénaire en souriant. Ou alors à l’île de La Réunion en assistant à un Noël carnavalesque joliment décalé.» Récit d’une fugueuse.

Beaucoup d’ennui…

«C’est peut-être lié à ma maman, qui était Française et accueillie du bout des lèvres par les parents de mon père, de bons Vaudois. Elle s’ennuyait beaucoup aux Noëls qui se tenaient dans la maison familiale de la Broye. C’est peut-être simplement à cause de ce rejet maternel implicite que j’ai toujours détesté cette fête», s’interroge Dominique. Celle qui aujourd’hui accompagne des enfants malvoyants dans leur intégration scolaire poursuit en évoquant encore «une rivalité entre les cousins et cousines pour établir qui chanterait la plus jolie comptine, qui jouerait l’air le plus réussi à la guitare, qui réciterait la poésie la plus divine… L’horreur, quoi!» D’autant qu’il n’y avait pas de grâce pour les dissidents: pas de poèmes, pas de cadeaux, se souvient encore la Lausannoise. Chaque Noël, elle recevait de quoi constituer son trousseau de future mariée sous forme de services en argent. «Des cuillères et des fourchettes pour une ado de 14 ans, vous voyez le frisson…»

En soixante-huitarde accomplie, Dominique a essayé de changer la donne une fois qu’elle a été mère. «Parfois, nous avons imaginé des Noëls plus créatifs, plus actifs. Je me souviens d’une année de neige, dans notre chalet en Gruyère, où nous avons organisé une marche aux flambeaux qui a amené les enfants jusqu’à un grand coffre contenant leurs cadeaux. C’était assez magique.» Une autre fois, un jeu de piste a permis à chacun d’atteindre son graal. Plutôt charmant, non? «Les Noëls dans ma belle-famille étaient chaleureux, mes enfants et mon mari étaient contents, mais moi, je suis toujours restée un peu en retrait, étrangère à ces réjouissances.»

Il fallait «arrêter de faire semblant»

Ainsi, il y a une douzaine d’années, lorsque la cadette de ses trois enfants a eu 15 ans, Dominique a «arrêté de faire semblant». «Je n’aime pas le froid, je n’ai pas d’attaches religieuses, je déteste cette période où tout devient contraintes familiales et arnaques commerciales. Pourquoi devrais-je rester ici pour fêter Noël?» questionne l’intéressée. «Par ailleurs, comme mon mari ne peut pas prendre de vacances l’été, car c’est la période où il travaille le plus, le choix a été vite fait.» Guadeloupe, Martinique, Cap-Vert, île de La Réunion et, cette année, Sri Lanka. Chaque fois, des découvertes en randonnées, loin des voyages organisés et des plaisirs formatés.

Aucune trace du Noël occidental dans ces destinations? «Si, il arrive souvent que Noël soit présent à travers des décorations, mais c’est tellement à contre-courant que ça fait sourire», répond la voyageuse. Dans le registre décalé, Dominique a particulièrement savouré une célébration à l’île de La Réunion: «On a assisté à un défilé assez fantastique, où derrière une ribam­belle de Pères Noël hétéroclites dansaient des superhéros étranges et des reines des neiges noires. Entendre «Douce Nuit» au tam-tam et instruments locaux m’a presque réconciliée avec Noël!»

Un mari content

Et le mari, comment vit-il cette fuite des fêtes? «Il est content, même si, lui, n’avait pas de problème avec Noël. Il apprécie ce coup de chaud en période de froid.» Par contre, pour la belle-mère de Dominique, c’est difficile de voir partir son fils et sa belle-fille aux antipodes, quand toute la famille est réunie. «Mon mari a des frères et sœurs qui sont présents autour d’elle, sinon on n’aurait sans doute pas le cœur de la laisser seule. Et une année sur quatre, nous restons en Suisse et organisons la fête dans les règles de l’art.»

Restent les trois enfants. En veulent-ils à leurs parents déserteurs? Dominique rit. «Non, pas que je sache, même si eux aiment cette fête et continuent à rejoindre oncles, tantes et cousins pour les repas de famille. Ils ne reproduisent pas mon trauma… Il est peut-être là, l’esprit de Noël: que chacun trouve et fasse ce qui lui plaît!»


En Ethiopie, aux Philippines, au Japon…

En Ethiopie, les Chrétiens s’habillent en blanc et se lèvent à 4h du matin pour participer à la Messe de Genna. Une bougie à la main, les enfants font trois fois le tour de l’église avant d’entrer s’asseoir à côté des adultes, hommes et femmes séparés. Plus tard, ils jouent au genna, un jeu qui ressemble au hockey, et croquent des galettes de tef, céréale éthiopienne. Dans «Tous les Noëls du monde», il est question des Noëls blancs, évidemment, mais pas seulement. L’atlas destiné aux enfants de 5 à 8 ans évoque aussi les Noëls sous les tropiques.

Aux Philippines, les enfants fabriquent des lampions de couleur en forme d’étoile et se rendent chez les anciens de la famille qui posent leurs mains sur leurs fronts pour leur porter bonheur toute l’année.

Au Bengladesh, des bougies illuminent les bananiers et des étoiles de papier coloré recouvrent les toits, en mémoire de l’étoile de Bethléem. En Australie, les habitants allument des bougies sur la plage, le soir, et chantent des cantiques, la tête dans les étoiles. Une bizarrerie?

Au Japon, le 24 décembre, c’est la fête des amoureux, dit l’atlas. Du coup, les parents s’éclipsent en fin de journée après avoir tout de même dégusté du poulet frit et une mousse à la fraise, en famille, à midi, en guise de clin d’œil à l’Occident. Les enfants en raffolent, paraît-il.


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