Psychologie

Dormir à deux, l’art d’insister

Ronflements, horaires décalés, insomnies: pourquoi persister à occuper le même lit, malgré les difficultés rencontrées? Témoignages, et éclairages par une spécialiste du sommeil

Il ronfle. Elle fait des apnées. Il fait des mouvements brusques. Elle a le sommeil léger. Il se lève aux aurores. Elle se couche tard. Il a besoin de cinq réveils pour ouvrir enfin un œil glauque. Elle préfère dormir avec une lumière. «Retiens la nuit/Avec toi elle paraît si belle» n’est apparemment pas le refrain qui illustre au mieux les nuits de certains couples.

C’est un fait: la vie à deux peut être mouvementée, de jour comme de nuit. Et certains persistent à partager le même lit, tout en admettant qu’ils ne dorment pas bien ensemble. Pourquoi persister, alors que le rêve vire parfois au cauchemar? «A la base, rien ne semble nous disposer physiologiquement à dormir à deux, ce serait un acte relativement récent de notre espèce», commente la psychologue et spécialiste du sommeil Françoise Cornette.

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Dans une interview donnée au journal Le Monde, l’historienne Michelle Perrot, auteure du livre Histoire de chambres (Ed. Seuil, 2014) expliquait que l’Eglise catholique avait théorisé très tôt la question du lit conjugal, et «misé sur la conjugalité pour maîtriser la société.» Le lit conjugal serait «latin et catholique», les deux lits côte à côte seraient «protestants et anglo-saxons». Et nous avons si bien intégré ce fonctionnement, que faire chambre à part est devenu, dans notre société, synonyme de problèmes de couple. Dormir séparément représente plus une résignation qu’une décision joyeuse.

Une solution vitale

Brigitte*, qui vit depuis vingt-cinq ans avec Eric*, raconte que ses nuits sont perturbées par les ronflements de son mari depuis le début de leur relation. Elle a le sommeil léger mais n’utilise pas de protections auditives, de peur de rater le réveil. «Ses ronflements ne sont pas réguliers, mais cela me fait sursauter. Je le pousse sur le côté pour qu’il arrête, et dans les cas extrêmes – souvent liés à ses maux de dos ou à une soirée trop arrosée – je vais dormir ailleurs. Il est vrai que quand je dors seule, je me rends compte que j’ai mieux récupéré. Mais j’aime dormir avec lui, l’avoir sous la main… et je ne voudrais pas opter pour la solution des chambres séparées à 46 ans!»

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Pour diverses raisons (rythmes différents, ronflements, agitation), Christophe et son épouse ont pour leur part rapidement compris qu’il était vital pour leur couple que chacun dorme de son côté. «Parfois on s’endort ensemble, et je repars dans ma chambre à coucher pendant la nuit. Avant d’être avec elle, je n’aurais même pas envisagé cette solution. Mais je ne pourrais plus revenir en arrière! Le choix d’un logement doit inclure une chambre supplémentaire. J’y regarde ma téloche le soir, j’écoute de la musique, c’est cool… La chambre est un lieu pour se ressourcer. Et sexuellement, ça ne change rien.»

L’équilibre émotionnel renforcé

Alors, de manière globale, et pour autant qu’aucun problème majeur ne vienne perturber les nuits, est-il mieux de dormir seul ou à deux? Françoise Cornette souligne que certaines personnes dorment systématiquement beaucoup mieux accompagnées que seules, et que pour d’autres c’est l’inverse. Par ailleurs, une étude à laquelle a collaboré en 2011 le professeur Josef Zeitlhofer, intitulée Sleeping Better Together, a permis de conclure que les hommes, à l’inverse des femmes, dormaient mieux accompagnés.

«Le fait de partager son lit est normalement un moment privilégié pour le couple, censé améliorer, entre autres, la stabilité émotionnelle et apporter un sentiment de sécurité, ajoute la spécialiste. Les deux aspects s’influencent mutuellement: si l’on est stable émotionnellement, on arrivera sans doute à mieux dormir en couple, et si l’on dort bien en couple, cela renforcera l’équilibre émotionnel.»

Considérant ces nombreux paramètres environnementaux et relationnels, à chacun de trouver le meilleur moyen de passer le tiers de sa vie le plus sereinement possible. Que ce soit seul dans les bras de Morphée, ou dans les bras de son conjoint.


* Prénoms fictifs.

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