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Selon la sexologue Patrizia Anex, Fabrice Luchini serait le prototype du mâle alpha qui séduit les femmes sapiosexuelles. Ici à Cannes, en mai 2016, avec Juliette Binoche et Valeria Bruni-Tedeschi.
© Jean-Paul Pélissier/Reuters

Psychologie

D’où viennent les sapiosexuel(le)s, ces obsédé(e)s du QI?

Parmi les néologismes liés à la sexualité, en voici un nouveau. Qui décrit-il (des femmes, surtout) et d’où vient ce mot qui définit une tendance vieille comme le monde?

Sapiosexuel. C’est nouveau, ça vient de sortir? Oui et non. C’est un mot très récent, fraîchement sorti des limbes d’Internet, qui définit une orientation sexuelle. Celle d’une personne qui sera excitée sexuellement par l’intelligence de l’autre, par son érudition. En d’autres termes: une obsédée du QI. Pour elle, l’apparence physique sera clairement secondaire.

Un comportement vieux comme le monde, évidemment. Selon la sexologue Patrizia Anex, il s’agit d’un fonctionnement plus féminin que masculin. «Il s’apparente à l’attirance pour le mâle alpha. Cela réactive des fonctionnements ancestraux dans le cerveau: quelqu’un qui paraît plus intelligent sera plus apte à protéger et à procréer. En consultation, j’entends des patientes me dire: «Il ne m’attire pas, il n’est pas assez intelligent».»

Et la sexologue de citer Fabrice Luchini comme exemple de personnalité érudite – et ne répondant pas précisément aux canons de la beauté masculine – qui met les femmes en ébullition. Le comédien a d’ailleurs parlé des lettres brûlantes de ses fans sur Le Divan de Marc-Olivier Fogiel, et il faut avouer que le contenu donne quelques vapeurs…

Selon Stéphanie Pahud, linguiste à l’Université de Lausanne, la propagation du mot sapiosexuel dans l’usage courant date de 2012 environ. C’est du moins à cette période-là que le terme a émergé dans les médias et sur Internet. Mais impossible d’en tracer l’origine exacte.

«Ces comportements existent depuis longtemps. Les néologismes permettent de nommer soit de nouvelles réalités socio-culturelles, soit de nouveaux points de vue, de nouveaux savoirs, sur ces réalités.» Pour celui-ci, c’est facile: il est composé de «sapio», du latin sapiens (sage, intelligent) et de «sexuel».» Dans la même lignée, on trouve aussi «pansexuel» (attirance pour tout individu sans considération de son sexe ou de son genre), et «skoliosexuel» (attirance sexuelle envers des individus non-binaires).

«Ces étiquettes masquent quelque peu le côté sexuel, par un vernis scientifico-moral. Elles ont un côté aseptisé.» Pour la linguiste, ces néologismes répondent au besoin que nous avons de théoriser, de recatégoriser la sexualité, «pour remettre de la sécurité dans un domaine qui se décloisonne. C’est une manière de juguler cet espace de liberté.» Cela peut amener les personnes concernées à «relire leur comportement, à la lumière de l’étiquette proposée. Et tantôt à renforcer l’étiquette en question, tantôt à la revendiquer, tantôt à la rejeter ou à la remplacer par une nouvelle.»

Une sapio-app de rencontre

Pour en revenir à la case «sapiosexuels», l’application Sapio – Intelligent Dating a été lancée cet automne. Prônant les rencontres où «attractions sexuelle et intellectuelle sont mises au même niveau», elle souhaite rassembler les personnes qui en ont «marre des applications de rencontres superficielles».

Plutôt étrange, puisqu’en passant par un site de rencontre, les utilisateurs flashent d’abord sur les photos… Comment serait-il donc possible, dans cette démarche, de ressentir une réelle attirance au niveau intellectuel? Pour la sexologue Patrizia Anex, ces utilisateurs vont rapidement se baser sur le niveau de vocabulaire de leur interlocuteur. «Une faute d’orthographe sera alors rédhibitoire.» Un «salu sa va» sonnera rapidement le glas de l’échange.

Un indice: le niveau d’humour

Si ce fonctionnement peut devenir un code d’attraction limitatif, la personne sapiosexuelle va «se débrouiller pour séduire des gens très érudits, développer des compétences pour y arriver.» Elle aura besoin de «considérer son partenaire comme supérieur.» La spécialiste précise encore que les sapiosexuels vont repérer des personnes intelligentes par leur niveau d’humour, tout en ajoutant qu’«il existe cinquante nuances de sapiosexuels!» On se réjouit déjà d’en lire la définition dans Le Robert.

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