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Arrestation de Denis Furtado fin juillet
© AP / Leo Correa

Brésil 

Dr BumBum: mirages et dangers de la chirurgie esthétique

Un chirurgien brésilien star des réseaux est à l’origine du décès d’une de ses patientes: le scandale ravive les questionnements sur la dangereuse addiction à la chirurgie

Une opération clandestine d’augmentation du fessier presque banale sur une employée de banque brésilienne. Six heures passent puis quatre arrêts cardiaques et un décès. L'arrestation d'un chirurgien en fuite. Telle est la trame du sombre feuilleton qui a relancé le débat autour des risques de la chirurgie esthétique.

Chirurgie funèbre

C’est le New York Times qui raconte l’histoire de Lilian Calixto, 46 ans, mère de deux enfants, décédée le 14 juillet dernier après une opération de chirurgie esthétique effectuée par un autoproclamé spécialiste, Denis Furtado, dans son propre appartement de Rio de Janeiro. Ses proches savaient qu’elle allait se faire poser un implant pour atténuer les effets de la ménopause, mais elle ne les avait pas prévenus de l’opération d’augmentation du fessier. Denis Furtado lui a injecté du PMMA — une résine synthétique connue sous le nom de «plexiglas» et souvent utilisée dans les remodelages.

Loin d’être anodin, ce produit est pourtant légal au Brésil, où il est considéré comme sans risque, à petite dose. Voyant l’état de sa patiente se dégrader, Denis Furtado la conduit dans un hôpital privé voisin. Souffrant de tachycardie et ayant des difficultés à respirer, Lilian Calixto décède. L’injection a provoqué chez elle une embolie pulmonaire, suivie d’un arrêt cardiaque fatal en raison de la dose injectée, bien supérieure aux recommandations.

Dysmorphophobie

Le choix de Lilian Calixto s’était porté sur Denis Furtado sur les conseils de plusieurs de ses connaissances. Pourtant, l’homme opérait sans avoir de licence l’autorisant à pratiquer dans l’Etat de Rio, pas plus que sa mère et son assistante opérant avec lui, qui n’avaient d’entraînement ou de qualification médicale. A l’annonce du décès, l’indignation et la colère ont été immédiates.

Quelque 6400 chirurgiens plastiques sont recensés au Brésil, auxquels viennent s'ajouter plus de 12 000 plasticiens autoproclamés. Dans un pays où l'apparence est cruciale, l’invasion grandissante de ces faux spécialistes inquiète. Le New York Times rappelle que les implants en silicone et les transferts de graisse sont des moyens plus sûrs que le «plexiglas». Mais ils sont aussi plus chers car ils requièrent un temps de récupération et des soins hospitaliers plus importants.

Un chiffre interpelle: l’injection de PMMA a provoqué des déformations chez 17 000 personnes en 2017, d’après la SBPC, la Société brésilienne de chirurgie plastique. Les clients sont séduits par la promesse d’une réussite immédiate. Or les risques de complication explosent avec le recours à des techniques à bas coût comme le PMMA. Entre 2008 et 2012, on note une augmentation de 140% des opérations pour les 14-18 ans au Brésil, où une opération de chirurgie peut résulter d’un simple caprice d’adolescent. Pour le Dr Níveo Steffen, président de la SBPC, cité par le NYT, «les gens voient des annonces prétendant qu’ils ressortiront d’une consultation une heure plus tard avec un nouveau derrière. Mais c’est un mensonge et ils finissent par en payer le prix.»

Prise de conscience?

Denis Furtado est loin d’être un inconnu. Plus de 650 000 personnes suivent son compte Instagram, sur lequel il a décrypté le drame en vidéo. Il y confie son incompréhension face aux attaques dirigées contre lui, se dédouanant de toute responsabilité. Suite au scandale, d’autres cas de médecins au diplôme fantôme ont été dénoncés. Mais la police s’inquiète car il est difficile de s'en emparer: les opérations ayant lieu dans l’illégalité, les victimes restent le plus souvent silencieuses.

Le diktat de la beauté sévit de manière préoccupante dans les grandes villes brésiliennes, particulièrement à Rio, jusque sur le marché du travail, où il est fortement recommandé d’avoir un physique avantageux. 

Lire aussi: La chirurgie esthétique est-elle désormais la moindre des politesses?

Pour Sandro Cattacin, sociologue à l’Université de Genève, le boom global de la chirurgie esthétique peut s’expliquer par deux facteurs: la nécessité dans une société patriarcale de ressembler à l’idéal attendu par les hommes et la volonté intérieure de se transformer. «La quête d’une identité et le rallongement de l’espérance de vie» entraînent une exagération et une popularisation du phénomène. C’est le mélange explosif entre le désir de se faire opérer et l'incapacité à financer ces interventions qui entraîne une prise de risques inconsciente, selon le sociologue. Il précise: «Ce n’est que le début de la dynamique des modifications corporelles qui va s’installer dans le temps et dans les mœurs.» Le jeu du bistouri en vaut-il la chandelle?

Pour en savoir plus:

La souffrance derrière la demande

La chirurgie plastique, entre gueules cassées et parfum de soufre

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