« Moon n’est pas le saint qu’il fait croire. […] Effectivement, la personnalité du Révérend Moon est de plus en plus la cible d’enquêtes directes ou indirectes. Non seulement les journaux ont commencé à le prendre au sérieux et ne se contentent plus de ses communiqués de presse, mais les autorités religieuses s’inquiètent à haute voix de l’orthodoxie de ses doctrines et le gouvernement s’interroge sur ses activités politiques et ses finasseries fiscales.

Petit à petit, à travers l’écran de brouillard artificiel qui entoure Moon et son passé si lumineux (à l’entendre), se dessine un autre Moon dont l’auréole de sainteté paraît vacillante. […]

En Corée du Nord, en 1944, il épouse Ch’oe Son-gil, jolie mais pas très intelligente. Ils ont un fils âgé, aujourd’hui, de 30 ans. Ch’oe Son, 51 ans, vit actuellement dans une chambre meublée, à Séoul.

En 1946, Moon étudie la Bible […] mais n’a jamais été ordonné (il s’est accordé lui-même le titre de «Révérend»). La même année, il fonde son premier mouvement religieux, la «Broad Sea Church».

Peu après, il épouse une certaine demoiselle Kim, mais, ayant négligé de divorcer, il est condamné à cinq ans d’emprisonnement pour bigamie. (Miss Kim, elle, est condamnée à dix mois de prison pour adultère.) […]

Le 4 juillet 1955, il est à nouveau emprisonné, en même temps que plusieurs professeurs et étudiants de l’Université de Séoul qui sont ses disciples, pour «pratique de cérémonies initiatiques scandaleuses». Moon était accusé de pratiquer l’ancien «droit de cuissage» avec les nouvelles recrues sous l’appellation, plus religieuse, de «purification du sang». Il est relâché trois mois plus tard, ses victimes refusant de témoigner, craignant les rétorsions possibles. […]

Les nouvelles recrues sont souvent déçues par le milieu dans lequel elles vivent. Dans une société trop permissive, trop matérialiste, trop teintée de scandales, entourées de parents trop faibles, d’enseignants sans autorité, d’amis sans idéal, d’adultes qui passent de la thérapie de groupe à la méditation transcendantale au gré des modes et de leurs propres incertitudes, le «moonisme», avec ses règles strictes – pas de sexe, pas d’alcool, pas de drogue, un horaire précis pour toutes les heures du jour – peut être un refuge et sa simplicité est la réponse aux questions que certains appréhendent de se poser, aux décisions qu’ils n’osent prendre seuls. […] »