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DSK, le prévenu qui n’a pas été averti

Accusé de proxénétisme aggravé, DSK joue l’innocent. Ou plutôt le libertin, une figure relancée par le film «50 Nuances de Grey»

Des prévenus qui disent ne pas avoir été avertis; des déclarations maladroites qui font rire la salle («J’étais trop concentré sur ma partie»); des dessinateurs trop heureux de pouvoir se moquer sans risquer leur peau; des tweets qui ont le sens de la saillie; des internautes qui rivalisent de jeux de mots: le procès du Carlton tourne à la farce, même dans son calendrier. Car, par un hasard facétieux, Dominique Strauss-Kahn se retrouve en concurrence médiatique avec la sortie du film de la Saint-Valentin, 50 Nuances de Grey. Un internaute rappelle d’ailleurs que DSK, ayant lu le livre en janvier 2013, avait «regretté l’hypocrisie morale des Français» qui portaient aux nues cette bluette érotico-pornographique, alors que ces mêmes Français l’accablaient dans l’affaire du Sofitel.

Cette coïncidence n’a pas échappé à Sophia Aram et François Morel, les deux chroniqueurs matinaux de France Inter qui, elle en perruque rose, lui en perruque blonde, s’en sont pris au traitement médiatique de l’affaire du Carlton: DSK, libertin ou proxénète? «Dans libertinage, il y a liberté. Il y a une différence entre ce qu’on fait avec notre derrière et être obligée de se le faire taper pour remplir le frigo.» Leur chronique très drôle a fait le tour de la Toile, tout comme le tweet du Grand Journal de Canal+: «La presse française est-elle trop indulgente avec DSK»? Les internautes, dans leur majorité, sont du côté de l’ex-patron du FMI, estimant que ce procès coûte au contribuable et qu’il n’engage que des personnes consentantes.

Libertinage? Un mot flou que personne ne peut définir, pas même DSK («Il y en a autant de définitions que de personnes dans la salle»), mais qui bénéficie en France d’un certain prestige. Le libertin fait rêver les femmes quand le proxénète les avilit. L’abattage, la marchandise, le matériel, le cheptel, tous ces mots apparus pendant l’instruction relèvent de la vulgarité du proxénète, pas du raffinement du libertin. DSK le sait: «Si j’avais su qu’ils payaient pour ces soirées, je leur aurais dit qu’ils faisaient une erreur.» Et d’ajouter: «Je n’ai rien contre les prostituées, mais j’aime la fête.»

Cette opposition entre proxénète et libertin heurte également l’avocat Eric Dupont-Moretti, qui y voit «une dérive puritaine». «Normalement, le proxénétisme, ça n’a rien à voir avec la manière qu’on a de faire l’amour avec des prostituées. Si l’instruction a tant pris soin du détail graveleux, et insistant, sur la sodomie de DSK, c’est pour le condamner moralement.» Ou pour justifier ce qui se dit déjà: un procès qui restera dans les annales.