Le Temps: Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la psychanalyse corporelle?

Bernard Montaud: Un jour, lors d'une séance de soins, une patiente a commencé à pleurer à gros sanglots, et à être secouée de spasmes. J'ai essayé de comprendre ce qui s'était passé, et j'ai compris longtemps après que je répétais des gestes qu'elle avait sentis quand elle naissait. Sa mémoire corporelle parlait pour elle. Sa réaction m'a passionné.

– Expliquez-nous votre technique de massages.

– D'un massage à l'autre, les patients aiguisent leur mémoire corporelle, et se souviennent de faits toujours plus précis et lointains. Ils répètent les gestes qu'ils faisaient à un certain âge, retrouvent les mots, les objets, les sons qui les ont marqués à cette époque-là. Le phénomène diffère d'une personne à l'autre. Certains revivent un instant de leurs 8 ans, de leurs 16 ans, puis remontent subitement à leur naissance. D'autres ne se souviendront jamais de leur état de nouveau-né.

– N'est-ce pas dangereux d'utiliser ainsi les forces psychiques, sans pouvoir anticiper le résultat?

– Ça pourrait l'être, si on utilisait notre pouvoir à l'aveugle. Mais je suis entouré de psychologues professionnels, qui suivent de près chaque patient. Ils connaissent et respectent la fragilité et les limites mentales de chacun. Nous n'utilisons pas les humains comme cobayes, nous les soignons sur leur demande, avec toutes les précautions que cela nécessite.

– Comment être certain de la véracité des réactions du patient, puisque celui-ci explique une situation passée en se référant à son vécu d'adulte?

– L'état de régression thérapeutique dans lequel se trouvent les patients durant une séance leur permet de réagir en tant que spectateurs de leur propre vie. Ils décrivent alors leurs souvenirs avec neutralité. Ils trouvent des mots qu'ils n'utilisent pas dans la vie quotidienne, des mots d'enfant pleins de tendresse, pour décrire des situations extrêmement complexes. La plupart du temps, ils ne font même pas référence à l'ancrage spatio-temporel sur lequel se base notre culture d'adulte. C'est un phénomène qui réapparaît constamment, que les patients ne peuvent pas inventer.

– Quelle est la réaction du milieu médical?

– Dix pour cent sont très intéressés, le reste hausse les épaules. Mais le public est passionné, et nous traitons 35 cas supplémentaires chaque mois.

– Qu'en est-il de votre travail concernant les bébés?

– Nous avons des contacts avec différentes équipes de gynécologues en France, qui appliquent ma méthode d'accompagnement depuis le début de l'année. Parallèlement, nous suivons les bébés qui sont déjà nés, et continuons les recherches dans les maternités. Chaque jour nous réserve un nouveau lot de découvertes imprévues.

Propos recueillis par Vé. Eg.