La perte auditive est un handicap invisible jusqu’à ce qu’on tente de communiquer avec une personne sourde ou malentendante. «C’est ce qui rend difficile sa prise en considération dans tous les domaines du quotidien, assure Sandrine Burger, porte-parole de la Fédération suisse des sourds (FSS). Ça, et la méconnaissance des entendants.»

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Penser qu’une personne sourde ou malentendante sait obligatoirement lire et écrire fait partie des croyances populaires: la compréhension d’un texte, surtout quand il est complexe, peut ainsi être fastidieuse. Cela a été le cas pour de nombreuses personnes atteintes de surdité dès le début de la crise sanitaire. «Il faut se rendre compte que la langue maternelle des personnes sourdes qui signent est la langue des signes, souligne Sandrine Burger. Apprendre à lire équivaut à apprendre une langue étrangère.»

Un accès aux informations limité

La FSS estime qu’il y a environ 10 000 personnes sourdes en Suisse et 800 000 personnes malentendantes. Parmi elles, certaines n’avaient pas accès aux mesures prises par le Conseil fédéral et aux recommandations émises par l’Office fédéral de la santé publique de Suisse (OFSP). «Les pages dédiées à ces informations étaient uniquement accessibles en écrit, indique-t-elle. Nous l’avons rapidement signalé et l’OFSP a créé des pages spéciales ainsi qu’une série de vidéos explicatives en langues des signes.»

Mais les conférences de presse diffusées à la télévision restaient, quant à elles, inaccessibles. Là encore, la FSS contacte les trois télévisions nationales et obtient une solution immédiate. «En une semaine, elles avaient organisé la présence d’interprètes», se réjouit la porte-parole de la FSS. Ces derniers sont incrustés à l’image dans un encadré en bas de l’écran. «Ce n’est pas idéal, car l’image est petite, mais c’est un compromis. Ce qui est compliqué en Suisse, c’est que nous avons trois langues des signes: française, alémanique et italienne. Aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande ou en France, quand un homme ou une femme politique parle, l’interprète est à ses côtés. Chez nous, c’est impossible, car il en faudrait trois.»

Les difficultés se poursuivent

Si, au niveau national, les sollicitations de la FSS ont permis de rétablir la communication avec les personnes sourdes et malentendantes, l’accès aux informations émises par les cantons reste, quant à lui, difficile. Dans le canton de Vaud, le groupe Féministe LSF, l’Association des sourds vaudois et la FSS ont organisé une action ce mardi 26 mai, à Yverdon-les-Bains, pour sensibiliser les élus à l’occasion de la séance plénière du Grand Conseil. Ils réclamaient ainsi aux autorités cantonales la mise à disposition rapide d’informations en langue des signes et sous-titrées. Les difficultés rencontrées par les personnes sourdes et malentendantes durant la pandémie se poursuivent donc aujourd’hui avec un accès compliqué aux informations officielles, mais aussi avec l’omniprésence des masques.

En effet, pour garantir une bonne communication avec un entendant qui ignore la langue des signes, la présence d’un interprète reste la meilleure solution. Mais les personnes sourdes ou malentendantes ne peuvent pas être accompagnées en permanence et les relais téléphoniques par vidéo mis en place par le service d’interprétariat romand Procom sont très sollicités. Du coup, «beaucoup se débrouillent avec la lecture labiale ou des mimes pour essayer de comprendre et de se faire comprendre», poursuit Sandrine Burger. La lecture labiale est là aussi un exercice qui s’apprend, car la compréhension peut être trompeuse. Les mots «pain», «bain» et «main» par exemple provoquent le même mouvement de lèvres. Cela demande donc de l’attention et de la concentration, ce qui peut être particulièrement contraignant dans un contexte médical stressant ou lorsque la personne est elle-même est malade.

«Son masque brouille le message»

Mais surtout, cette lecture nécessite de voir la bouche de la personne, ce que la généralisation du port du masque empêche. La compréhension est alors compliquée et ce, même avec un interprète. «Son masque brouille le message, pointe la porte-parole de la FSS. Dans la langue des signes, les expressions faciales sont primordiales. Par exemple, le signe pour le mot «travail» sans expression particulière signifie «travailler», assorti d’une grimace de fatigue, il signifie que vous travaillez beaucoup.»

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C’est pourquoi la FSS demande que des masques transparents soient mis à la disposition des professionnels. «Le problème, c’est qu’ils sont difficiles à trouver ou pas certifiés», concède-t-elle. Sa fédération rappelle alors qu’il y a des moyens pour faciliter la communication. «Si une personne est à 2 mètres de distance, face à une personne sourde, elle devrait retirer son masque pour faciliter la lecture labiale, recommande Sandrine Burger. Si son retrait est impossible, il reste bien sûr l’écrit, mais le message doit être simple, ou bien le mime.» Comme dans toutes les conversations, si les deux personnes sont prêtes à faire des efforts, celle-ci aboutira nécessairement.

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