Sur les réseaux

Echauffourées d'ultras et policiers épuisés: à Marseille, l'Eurofoot dérape

Les récents affrontements de supporteurs illustrent la fragilité des forces de l'ordre, alors même que la twittosphère accuse les autorités d'avoir mal géré ce déferlement de violence

Au lendemain des violents affrontements entre des centaines de supporteurs russes et anglais à #Marseille, les autorités françaises sont pointées du doigt pour leur manque d’anticipation et accusées de «déni» sur les réseaux. Visiblement dépassés face au déferlement de haine, les policiers, épuisés par sept mois d’état d’urgence et plusieurs semaines de grèves et de manifestations autour de la loi sur le travail, sonnent l’alarme. Alors même que trois rencontres à haut risque sont prévues pour la fin de semaine, la fatigue augmente encore davantage le risque de dérapages et de surréactions de la part des forces de l’ordre. Une poudrière qui ne demande qu’à exploser.

«Pas d’échec» pour les autorités

Passablement sous-estimée, la résurgence du hooliganisme laisse derrière elle un lourd bilan. Plus d’une trentaine de blessés et une vingtaine de gardes à vue. Pour le commissaire Antoine Boutonnet, chargé de la lutte contre les hooligans en France, «pas de constat d’échec» pour autant. «Belle réussite!», raille @SaintSalvien, peu convaincu, sur Twitter. «Cela ne va pas sans me rappeler un célèbre et ridicule «ça va mieux»!» «Pas de failles» dans le maintien l’ordre public non plus, selon le procureur de Marseille. «Du coup, quand il y a des failles ça donne quoi?» s’inquiète @TucLife. Quant à Laurent Nunez, préfet de police des Bouches-du-Rhône, il maintient, à l’antenne d’iTélé, que «le dispositif policier était suffisant».

Le gouvernement sous le feu des critiques

Le discours des experts, comme celui des internautes, est tout autre. Dimanche sur France Info, Sébastien Louis, spécialiste des supporteurs radicaux en Europe, dénonçait «une totale non-préparation de cet Euro de la part des autorités». «Tous les risques qu’on anticipait sont survenus», ajoute, sur la même antenne, Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste des supporteurs de football. «Mais entre les risques qu’on anticipe et la réalisation de ces risques, il peut y avoir un écart.»

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«C’est terrible cette culture de la non-responsabilité, s’énerve @Pinuche78. Il n’y a que le résultat qui compte: c’est un énorme échec!» Dans le flot des critiques contre un «exécutif trop laxiste qui n’assure pas la sécurité en France», le gouvernement trinque. «Après le Bataclan, Cazeneuve, Valls, Hollande n’ont pas démissionné, leur incompétence durera jusqu’au massacre de trop», déplore @Sandtrooper7.

Quand l’agressivité aveugle supplante le football, certains s’interrogent. «Des violences à Marseille, Nice, Paris, Lille au bout de 2 jours. On laisse encore le pognon diriger ou on intervient? #StopEuro», plaide @AtheePratiquant. D’autres s’inquiètent de débordements qui risquent de «faire tache d’huile.» «Euro 2016: l’alcool et la bêtise ont transformé le centre de Marseille en champ de bataille», titre Le Figaro sur Twitter. «Seulement la bêtise, rectifie @Jepenarbed, tout le monde ne saccage pas tout après quelques bières…»

Face au chaos, les solutions faciles refont surface: prohibition de la vente d’alcool à l’abord des stades, avancement de l’horaire des matchs ou encore interdiction de territoire pour les individus fichés. Reste que l’épuisement des policiers demeure un facteur clé. «L’état d’urgence aurait mis la police sur les rotules: effet secondaire non anticipé d’une mesure devenue très vite inefficace», pointe @CidHerai.

Dans les colonnes de Libération, Geoff Pearson, expert britannique du hooliganisme, souligne l’effet pervers de cet épuisement. A ses yeux, le maintien de l’ordre à la française, jugé trop rigide, a contribué à échauffer les esprits lors des heurts: «La première interaction avec un fan de football ne devrait pas être un gazage ou un coup de matraque. S’il n’y a pas d’engagement positif avant, c’est que le policier a failli dans sa mission.»

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