Santé

Les écrans, une prison pour nos enfants

Les jeunes passent plus de quatre heures par jour sur leurs smartphones, tablettes, etc. L’activité physique diminue d’autant, alertent les médecins, qui s’inquiètent des conséquences

«En restant assis, votre enfant prend plus de risques qu’en faisant du skateboard, du vélo, en jouant au football.» Avec son spot TV, la Fédération française de cardiologie veut marquer les esprits. «Les enfants passent moins de temps à l’extérieur qu’un détenu de prison, libérez vos enfants!»: tel est aussi le slogan d’une marque de lessive. Au-delà de l’aspect marketing – moins de jeux, moins de taches, moins de lessives – les chiffres sont là. Moins de 25% des 6-17 ans atteignent les soixante minutes d’activité physique quotidienne recommandées par l’OMS.

Cette sédentarisation est majoritairement liée à l’utilisation croissante des écrans. Les enfants et ados passent aujourd’hui plus de quatre heures par jour sur leurs smartphones, tablettes – près de 1500 heures par an! – à surfer sur les réseaux sociaux, regarder des séries, entre autres choses, selon une étude récente de Santé publique France. C’est une heure de plus qu’en 2006. C’est évident, rester devant un écran, assis, couché, ne fait dépenser aucune calorie et laisse moins de place aux jeux ou aux balades en plein air. Le lien avec le surpoids et l’obésité est prouvé depuis longtemps.

Cercle vicieux

Le comportement sédentaire qu’est le temps d’écran a en effet «un impact négatif sur la santé ­méta­bolique et cardiométabolique», explique le chercheur David Thivel, membre du conseil scientifique de ­l’Observatoire national français de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps). «Les études montrent que la surconsommation d’écrans favorise une consommation excessive d’aliments à densité énergétique élevée et ce de manière relativement inconsciente et sans systématiquement diminuer notre sensation de faim», poursuit David Thivel.

S’enclenche alors un cercle vicieux: moins on bouge, plus on prend de poids, et plus c’est difficile de bouger. Autre effet indirect, une diminution du temps de sommeil, qui augmente la fatigue, et de fait réduit l’activité physique. En déréglant le rythme biologique du sommeil, cela va peser sur le métabolisme énergétique. Une étude publiée le 19 octobre dans Sleep Medicine, menée par une équipe de l’Université d’Etat de San Diego, montre que 40% des adolescents dormaient moins de sept heures par nuit en 2015, contre 25% en 1991. La faute en incombe essentiellement au smartphone. Cette durée insuffisante a des effets délétères sur la santé.

«Piratage du cerveau»

Face à ce constat, des acteurs se mobilisent. «Il faut alerter», lance le médecin du sport Yannick Guillodo, qui n’hésite pas à faire le parallèle avec le tabac et parle de «tsunami sociétal», de «piratage du cerveau». «Il y a un lien très significatif entre diminution du temps d’écran et augmentation du niveau d’activité physique», renchérit le chercheur Michel Desmurget, même si «obtenir une diminution significative du temps d’écran est difficile», constate-t-il.

Aussi des initiatives se multiplient-elles, surtout outre-Atlantique, pour ménager des temps sans écran, pour inciter à la déconnexion. Au Québec, le premier programme de déconnexion a été créé en 2003. «75% des parents et 87% des enfants disent avoir augmenté le temps consacré aux activités physiques et sportives», selon l’enseignant québécois Jacques Brodeur, initiateur de ce «Défi sans écran». Cela fait selon lui partie des «saines habitudes de vie». Les chercheurs ont pu en mesurer les bienfaits, notamment sur le sommeil et le comportement.

En France, par exemple, l’association Enfance Télé Danger a lancé «La semaine sans télé» il y a vingt ans, devenue en 2009 le défi des «10 jours sans écran». Sa présidente, Janine Busson, a constaté une forte progression des activités à l’extérieur. Educateurs, médecins, associations, parents… une prise de conscience commence à se faire jour.

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