Entre les mains des guérisseurs (4/4)

Edith Bruchez, la messagère de l’au-delà

Elle ne se considère pas comme guérisseuse. Si elle fait du bien c’est grâce aux énergies et aux messages qu’elle transmet. Et si elle intrigue, c’est normal

Mes yeux sont clos. Edith a les mains chaudes. Elle a déposé un coton-tige imprégné d’huiles essentielles sous mon menton et, peu à peu, leurs effluves gagnent mes sinus. Ses mains, fines et délicates, sont posées sur mes chevilles. Elle me parle. Je suis couchée sur le dos, paumes contre le ciel. Est-ce la fatigue due à la canicule qui règne à l’extérieur ou l’effet des essences qui embaument l’atmosphère? Je n’arrive pas à me concentrer. Autour de moi, les mots d’Edith flottent. Je perds le fil de son discours. Ses mains ont quitté mes chevilles. Elle en a posé une sur mon genou droit, une autre sur ma hanche droite et une troisième sur ma hanche gauche. Vous trouvez cela bizarre? Pas elle.

Val de Bagnes, fond de vallée, au bord d’une rivière. Nous sommes au Châble, dans l’arrière-boutique dédiée à l’apithérapie qu’Edith Bruchez tient depuis 2004. En arrivant, j’ai à peine eu le temps de regarder les planches d’anatomie, les statuettes d’anges et la photo de son père accrochées au mur. Elle m’a invitée à m’asseoir, j’ai dû choisir deux flacons d’huile essentielle et tirer une carte de tarot. «Le hasard n’existe pas», a-t-elle précisé. Et elle a souri. Aux coins de ses yeux, des fines ridules sont apparues. Cheveux coupés court, elle est vêtue d’une robe à fleurs et porte de discrètes boucles d’oreilles.

«J’ai complètement disjoncté»

Elle est née il y a 51 ans dans la maison familiale à Prarreyer, au fond du val de Bagnes. Aide-gardienne de cabane en été, monitrice de ski, en hiver elle passait des jours tranquilles. Mais en 1993, le suicide de son frère lui a fait prendre conscience de l’urgence de vivre et l’a guidée vers une voie tout autre. «Au moment où il mourait, j’étais à la cabane Panossière avec des amis. J’ignorais son décès, mais j’ai complètement disjoncté. Personne d’ailleurs n’a jamais voulu me dire ce que j’avais raconté», se souvient-elle.

«Plus tard à la maison, j’ai dit au curé des choses que je n’aurais jamais osé affirmer à un homme d’Eglise. J’étais comme possédée et convaincue que mon frère était bien là où il était. Depuis, mon frère m’accompagne tout le temps.» Cette expérience l’a incitée à suivre des formations et à aiguiser ses aptitudes. Aujourd’hui, elle se considère comme messagère entre l’au-delà et le monde des vivants. «Au début, je ne faisais qu’entendre ces personnes. Maintenant je les vois.» Comment se manifestent-elles? «C’est difficile à décrire. Ce ne sont pas des images.» Des hologrammes? Edith sourit: «Presque, mais je ne vois pas à travers eux et ils ne sont pas en mouvement.»

«Garder les pieds sur terre»

Elle l’admet, c’est particulier, mais elle ne veut pas se prendre la tête. Ce don, elle le prend comme il est: brut. Systématiquement, elle avertit ses patients que les messages qu’elle transmet «depuis l’autre côté» passent à travers ses propres filtres et elle insiste pour qu’ils ne soient pas pris comme parole d’évangile. «J’ai envie de garder les pieds sur terre», répète-t-elle. Alors tous les matins, pendant trois secondes, elle s’enracine mentalement au sol.

C’est son seul rituel. Partir dans de grandes considérations spirituelles ne l’intéresse pas. Elle a toutefois quelques adages qu’elle applique au quotidien: «Faire confiance à la vie et s’aimer soi-même.» Car à force de prodiguer des soins, elle a constaté que les gens ne s’aimaient pas assez et propose à ses patients d’oser se regarder dans un miroir et se parler un instant le matin. «La première semaine, on se sent bête, mais après on réalise qu’on peut ainsi guérir de nombreuses blessures», s’amuse-t-elle.

Egalement naturopathe

Edith transmet autant de l’énergie que des messages et du bien-être. Mais elle ne garde rien pour elle: ni souvenirs, ni dossiers. «J’estime que tout ce que je livre n’appartient qu’aux patients, C’est est important qu’ils soient eux-mêmes responsables de leur existence» dit la messagère, également naturopathe. A travers ce qu’elle appelle les soins énergétiques, elle ne prétend pas guérir les patients de maladies: «J’agis sur le corps dans sa globalité. Mes pratiques peuvent être considérées comme complémentaires à la médecine traditionnelle. En aucun cas, je ne pense pouvoir la remplacer», précise-t-elle.

Les mains d’Edith ont quitté mes hanches. Elle poursuit son soin et parcourt mes articulations une à une. Des gestes lents et doux qu’elle esquisse calmement. Moi, je plane. Et quand elle parvient à ma nuque sous laquelle elle glisse ses mains légères, je sens une onde de détente se propager derrière mes oreilles, englober mon crâne, couvrir mon front, mes sourcils, mes tempes et soulager une tension qui crispe ma mâchoire depuis des années. C’est un instant de délivrance que je déguste secrètement.

Tensions sous le thorax

Soudain, une secousse. Edith applique de fortes pressions sur mes bras, mon corps et mes jambes. Un réveil brutal que j’aurais volontiers évité. Une heure est passée, la messagère va se laver les mains. A son retour, elle explique devoir se décharger après la séance car elle ressent tous les maux du patient sur son corps. Chez moi, elle a perçu de fortes tensions sur le thorax.

Une question me taraude. Que s’est-il passé au niveau de mes hanches? Edith Bruchez sourit: «C’est à cet instant que la dame est apparue.»


Profil

1966 Naissance à Prarreyer (VS).

1993 Décès de son frère. Elle décide de changer de vie.

1999 Naissance de son fils Valentin.

2004 Ouvre son cabinet de naturopathie et apithérapie au Châble (VS).


Episodes précédents

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