Un séisme semble avoir traversé une des rues principales au nord du cimetière. Le goudron est fracassé, concassé en mille morceaux. Un fatras de chaises, armoires et matelas s’empile dans les petites allées le long des tombeaux. Le responsable est en réalité bien humain. Au pied des grues et pelleteuses, plusieurs bataillons d’ouvriers s’activent nuit et jour. D’ici au mois de juillet, ils doivent achever un nouvel autopont qui traversera Le Caire d’est en ouest pour relier les banlieues résidentielles à la future capitale administrative, en construction à 45 km dans le désert. Au passage, une artère semi-aérienne, ironiquement baptisée «Paradis», va éventrer la plus ancienne et vaste nécropole du Moyen-Orient, datant du VIIe siècle. La seule à être aujourd’hui encore habitée, et considérée comme un quartier à part entière.