crowdfunding

Elâ Borschberg, l’épicurienne connectée

La fille du pilote de Solar Impulse 2 a cofondé le bistrot Ta Cave à Lausanne grâce à du financement participatif.Elle lance maintenant une agence de communication numérique destinée aux restaurateurs, épiciers et distributeurs de boissons

Elâ Borschberg,la fille du pilotede Solar Impulse 2,a cofondé le bistrot Ta Cave à Lausanne grâce à du financement participatif

Elle lance maintenantune agencede communication numérique destinée aux restaurateurs, épicierset distributeursde boissons

Elâ Borschberg a participé à la création du premier bistrot «crowdfundé» de Suisse. En six jours, le bar à vin lausannois a récolté plus de 200 000 francs auprès de 850 internautes. Tout sourire, la jeune femme ouvre la porte vitrée de son établissement lausannois. Mini-short estival en jeans, bracelets bohème qui s’entremêlent, teint légèrement hâlé et mèches dorées, Elâ Borschberg semble revenir d’une semaine passée à Ibiza.

Les apparences sont trompeuses. La jeune femme de 33 ans vient non seulement d’inaugurer Ta Cave à Lausanne, mais elle lance également une nouvelle agence de communication digitale, spécialisée dans le food&beverage. «Sans existence en ligne, c’est la mort d’un commerce», affirme celle qui s’y connaît en matière de buzz sur Internet.

Ta Cave s’est démarquée par l’originalité de la récompense offerte à ses donateurs: l’apéro à vie aux 800 premières personnes prêtes à investir 250 francs dans le projet. Ceux-ci se sont vu remettre un porte-clés numéroté qui leur permet d’obtenir gratuitement un verre de vin tous les jours (ainsi qu’un verre pour la personne qui les accompagne). «Nous n’avons pas utilisé de plateformes de crowdfunding, de type Wemakeit, qui prennent des commissions. Nous avons effectué l’opération directement sur notre site web», précise la cofondatrice qui s’est entourée de Yannick Passas, œnologue et vigneron sur la Côte, et de Guillaume Luyet, un Valaisan diplômé de l’Ecole hôtelière de Lausanne. «Je ne me serais jamais lancée toute seule dans l’aventure», confie-t-elle.

Chez Ta Cave, elle s’est occupée du côté administratif mais également de la touche déco du lieu qui a ouvert en avril dernier, à 50 mètres en contrebas de la gare de Lausanne. Tabourets danois, luminaires italiens, comptoir et tables en chêne massif, saucissons en suspension, ardoises et trophées colorés au mur. «J’ai fait mettre de la mousse sous les tables et la banquette pour résoudre un problème acoustique. J’ai souvent des idées mais je les fais exécuter par mes hommes», plaisante-t-elle, en commandant, tout en douceur, au gérant Hugues, deux cafés, du thé fermenté, un peu de viande séchée marinée avec des zestes de lime et du lard de Begnins, une des spécialités de la maison.

Elâ Borschberg possède l’art de l’hospitalité. Elle connaît aussi les astuces pour intriguer les internautes et créer un effet boule de neige. «Seuls 20% des investisseurs de Ta Cave sont des connaissances», explique-t-elle. Sa recette: être bien référencé sur le Web, posséder un bon réseau et faire «mousser» des informations sur les ­réseaux sociaux, Facebook essentiellement. Le but étant de susciter la curiosité afin d’être suivi par des investisseurs potentiels. Elle considère également la diffusion de vidéos comme primordiale. «Nous nous sommes présentés de manière authentique sur notre site. Les investisseurs ont besoin de savoir qui se cache derrière un projet.»

Le bar, ouvert tous les jours de 16 heures à minuit, attire une clientèle très hétéroclite. «La fréquentation est supérieure aux prévisions», se réjouit la diplômée de l’Ecole hôtelière de Lausanne qui prévoit d’ouvrir d’autres Ta Cave en Suisse romande. Par contre, elle ne cherche pas à créer une nouvelle tendance dans le monde de la nuit lausannoise. «Nous avons juste créé cet endroit pour nous amuser. Nous adorons manger, boire et recevoir des amis. Parfois un peu trop. Je suis en pleine détox», avoue-t-elle. Course à pied, exercices de Pilates, oméga 3, spiruline et probiotiques sont donc au programme. Mais elle s’octroie tout de même deux verres de vin par semaine.

«Nous sommes douze à participer à cette cure et nous nous encourageons mutuellement via WhatsApp», précise celle pour qui les semaines de jeûne selon la méthode Buchinger n’ont plus de secret. «C’est thérapeutique. Ça me libère l’esprit. Même si parfois j’ai l’impression de voir des Big Mac qui font la lambada devant moi», note-t-elle avec humour.

Elâ Borschberg a baigné dans le monde de la communication numérique en travaillant durant cinq ans pour Solar Impulse avec son père, le pilote André Borschberg. «J’ai participé au site web, développé le blog et la communication numérique.» Désormais, elle souhaite aider distributeurs de boissons, épiceries ou restaurateurs à exister sur la Toile, à travers son agence Elâ & Co à Echandens (VD), «un village qui mérite le détour pour sa boulangerie», souligne l’épicurienne au cerveau connecté. «Les réseaux sociaux occupent une bonne partie de mon esprit. Ma semaine et mon week-end s’entremêlent mais je ne suis pas du style à mettre en ligne chaque plat que je déguste, se défend-elle. Et en vacances, je déconnecte complètement.» Contrairement à son conjoint, Pascal Meyer, fondateur du site internet QoQa, qui a également soutenu Ta Cave. «Lui, il n’arrive pas à couper», estime-t-elle.

Née aux Etats-Unis, Elâ Borschberg a bénéficié d’une éducation cosmopolite. Son père zurichois et sa mère turque se sont rencontrés à l’Université à Lausanne. Ils ont vécu, avec leurs trois enfants, à Boston, au Japon, à Zurich et à Nyon, avec, comme fil rouge, des vacances à Istanbul et à Bodrum. «Mes parents nous ont pas mal poussés. Nous devions tous pratiquer au minimum un sport, jouer d’un instrument de musique et faire des études. Ils ont été très stricts sur ces points afin de nous donner le maximum de chances», estime l’aînée des Borschberg, issue d’une famille très soudée qui se retrouve tous les dimanches soir.

La jeune femme considère, avec sincérité, ses deux frères, Deniz et Teo, comme le plus beau des cadeaux. «Nous sommes très proches. Et avoir deux petits frères, ça forge le caractère pour la vie!» affirme celle qui, comme son père, voue une passion à l’aviation. «Je loue régulièrement un DR400 pour survoler les Alpes et atterrir en Gruyère afin de déguster une meringue double crème», dit-elle simplement. C’est avec son père également qu’elle a passé une licence de parachutisme en chute libre. «Il m’a aussi transmis son goût de l’indépendance et son esprit d’entrepreneur. Je ne m’imagine pas du tout être un jour sous les ordres d’un chef.»

Elle possède l’art de l’hospitalité.Et elle connaît aussi les astuces pour intriguer les internautes et créer un effet boule de neige

Publicité