Sexe au féminin

Elise, 36 ans, la sérénité avant tout

«Si un homme me plaît, je le regarde et je lui souris.» Cette fille de soixante-huitards aime la simplicité et les relations (intimes) sans histoires

Expliquer vraiment, dans le détail, ce qui plaît, déplaît, allume le désir ou éteint le feu: tel est l’objet de notre série d’été cette semaine. Cinq Romandes de 17 à 67 ans se sont prêtées au jeu du dévoilement, en évoquant leur vie amoureuse et leur sexualité.

Episodes précédents:

 

Elle arrive avec l’orage. Mais tout en elle respire le beau temps. Un visage solaire, ouvert. Une parole radieuse. Difficile de ne pas succomber au charme d’Elise, 36 ans, lorsqu’on la rencontre dans un café genevois, plein à craquer d’étudiants. D’ailleurs, cette qualité de contact est au cœur de sa vie amoureuse.

Contrairement à ses contemporains, Elise n’a jamais recouru à la technologie pour trouver un partenaire. «Je trouve bizarre de draguer via Internet, sur écran. J’ai besoin du contact physique. Dans ma vie, je suis toujours beaucoup sortie, dans les bars, les fêtes, les concerts. Si un homme me plaît, je le regarde, je lui souris. Je peux même lui offrir un verre. Si ça marche, tant mieux. Si je me prends un vent, ce n’est pas grave, j’essaie avec le suivant!»

Sage, voire parano

Avec un tel début, on se dit que la vie sexuelle d’Elise va être gratinée. Que la jeune femme va multiplier les paris risqués et les jeux dangereux. En fait, cette ex-chargée de communication est plutôt sage, voire parano. «J’ai toujours fait l’amour avec une double protection, le préservatif et la pilule. Je crains autant le sida que les enfants!»

On rit, forcément. La belle renchérit. «Les trucs délirants, ce sont plutôt mes amies qui les ont tentés. Entre 25 et 30 ans, elles ont multiplié les rencontres bizarres et les positions acrobatiques. Je me souviens d’une soirée secouée où quelques-unes ont raconté des parties de jambes en l’air dans des hamacs. De la science-fiction pour moi!»

La sodomie, pas trop son truc

Elise est plus classique. Elle aime la qualité de contact, la complicité, la connivence. «Bien sûr, j’ai parfois couché sans être amoureuse, mais s’il y a des sentiments, le plaisir est plus intense.» Depuis trois ans, elle vit une relation sans nuage avec Alexandre, un informaticien âgé de 26 ans qu’elle a rencontré à un anniversaire.

«C’est la première fois que l’entente est si fluide.» Et le sexe? «On fait l’amour entre deux à trois fois par semaine. Sans jeu de domination, ni joysticks. Avec mon précédent partenaire, j’avais essayé un vibromasseur, ça ne m’a pas plu. Notre seul truc un peu coquin avec Alexandre, c’est de coucher partout dans l’appartement. Avec une préférence pour la douche et le bain. Je suis plutôt de la nuit, lui plutôt du matin. On s’arrange!»

Pour certaines femmes, l’adultère, c’est excitant, mais moi, je n’y vois que des problèmes.

 

Et au niveau des positions? «On est souples, créatifs. La seule chose que je n’aime pas, c’est la sodomie. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai refusé un truc à trois, avec deux hommes, une fois.» En termes d’expériences atypiques, Elise se souvient d’avoir embrassé une fille, à 20 ans, lors d’une soirée. «On s’est enlacées, tripotées. Elle, elle aimait vraiment les filles mais pour moi, il n’y avait pas le frisson.» Parmi la dizaine de compagnons qu’elle a eus, aucun homme marié. «Je sais que pour certaines femmes, l’adultère, c’est excitant, mais moi, je n’y vois que des problèmes en cascade. Et puis, je ne veux pas être cette personne disponible, sur un plateau, reléguée au rang de compensation.»

Un amour sans borne pour la normalité

Quand Elise était petite, la sexualité était-elle un sujet de discussion à la maison? «Ma mère m’a parlé de l’accouplement à mes 11 ans, lors de mes premières règles. Je me sentais très jeune pour tous ces détails. Plus tard, j’ai posé des questions, mais je ne me souviens pas de conversations spontanées.» Même sans parler, les géniteurs de la jeune femme ont pourtant beaucoup influencé Elise dans sa vision de la vie en général et celle de la sexualité en particulier.

«Mes parents sont des soixante-huitards sur le tard et grands fumeurs de pétards. Ils s’aiment énormément et, c’est difficile à dire, mais je pense qu’ils auraient été plus heureux sans moi. D’ailleurs, je n’étais pas prévue… Du coup, j'ai souvent joué le rôle du parent de mes parents ou alors, je me suis retrouvée seule à la maison dès 12 ans. C’est peut-être pour cela que j’ai développé un amour sans borne pour la normalité, la sérénité.»

Sa première fois? «C’était un peu avant mes 15 ans avec un copain de classe, pendant l’été. J’étais avec lui depuis huit mois, il avait le même âge et c’était aussi sa première fois. Il est venu à la maison. Mes parents étaient partis, on était tranquilles. Je me souviens qu’on était hésitants sur les préliminaires, mais comme on était très amoureux, on s’est lancés sans jugement. J’en garde un bon souvenir!»

«Les jeunes sont très conformistes»

Décidément, la vie d’Elise qui est aujourd’hui professeure de français semble couler sans heurts. «Non, quand même, j’ai eu aussi mon lot de tarés», rit la jeune fille. «A 21 ans, j’ai par exemple connu un compagnon assez brutal. Il ne me frappait pas, mais il était super agressif, il me dominait et me forçait à accepter la sodomie. J’ai mis du temps à réagir…»

Que pense-t-elle de la résurgence du machisme chez les jeunes, constaté par Barbara, professeure dans le secondaire et autre intervenante de cette série sur la sexualité? «C’est vrai qu’il y a un surprenant retour du machisme et du conformisme chez les jeunes, je le remarque aussi dans mes classes. Ils sont très crispés sur l’homosexualité, par exemple. Ou avoir des enfants hors mariage, ce n’est pas possible pour eux. Et pourtant, paradoxalement, ils sont très peu cadrés par leurs parents. J’essaie de leur ouvrir l’esprit en leur disant que, statistiquement, ils connaissent tous un (futur) homosexuel parmi leurs amis… Ça les calme et ça recentre le débat.» Elise, si douce, si solaire. Et si sage aussi.


Episodes précédents

Dossier
5 femmes racontent sans tabou leur quête du plaisir

Publicité