Exit Suisse alémanique, l'association d'accompagnement à la mort (lire encadré), a un nouveau directeur. Elle, puisque c'est d'une femme qu'il s'agit, s'appelle Elke Baezner, elle a 53 ans et elle gère les stocks et arrivages de marchandises à l'Hôtel du Rhône. Sa nomination a pris tout le monde par surprise.

Les élections ont eu lieu samedi dernier, lors de l'Assemblée générale de l'association. Tous les collaborateurs avaient été convoqués pour discuter des dissensions internes qui secouent Exit Suisse alémanique depuis quelque temps. En fin d'année passée déjà, Peter Holenstein, le directeur de l'époque, avait été renvoyé du groupe pour avoir voulu collaborer avec des médecins et un service psychiatrique qui auraient été entièrement dépendants de lui. Mars dernier, l'accompagnement à la mort d'une dépressive de 30 ans avait provoqué un débat tempétueux au sein même du groupe. Le président, Rudolf Syz, a d'ailleurs donné sa démission peu après.

Les 600 membres rassemblés le 26 juin dernier s'attendaient donc à un débat tendu. La réunion a finalement duré près de quatre heures, durant lesquelles toute l'administration interne a été passée en revue. Mais sans qu'aucune décision ne soit prise. La soudaine suggestion de Rolf Sigg, pionnier d'Exit Suisse alémanique, de prendre l'une de ses collaboratrices comme directrice a étonné tous les collaborateurs. Avant de les soulager: une nouvelle direction, c'est aussi l'espoir que l'association soit reprise en main et que les esprits se calment. Elke Baezner a donc été élue à l'unanimité, sans pourtant que son statut soit clairement défini. Explications.

Le Temps: Elke Baezner, vous êtes maintenant directrice d'Exit Suisse alémanique. Quel effet cela vous fait-il?

Elke Baezner: Ma nomination a été totalement inattendue. En fait, je la dois à Rolf Sigg qui, voyant que ses chances d'être élu diminuaient, a décidé de me présenter comme candidate. Il m'a dit qu'il a totalement confiance en mes capacités. Et moi, je sais que je saurai diriger l'association, en collaboration avec des collègues de comité sur qui je peux compter. Mais mon statut doit encore être mis au point avec les juristes, pour savoir si je serai directrice à long terme ou seulement par intérim. J'espère seulement que d'ici peu, ma charge deviendra moins lourde. Pour l'instant, Exit représente un 150%, en sus de mon travail à l'hôtel.

– Avez-vous l'intention de transformer Exit?

– Non. Je vais respecter les idées de nos pionniers, Rolf Sigg et Meinrad Schär. Je vais continuer de proposer aux personnes qui désirent mourir un accompagnement et un moyen de quitter la vie sans souffrance, et d'entente avec leurs proches. Durant l'Assemblée générale, j'ai cité une phrase de Bertold Brecht, «Seid Sand, nicht Öl, im Getriebe der Welt!» (Soyez plutôt le sable que l'huile dans les rouages du monde!). J'aimerais exprimer ainsi que je ne me laisserai pas faire, et que ceux qui croient que je suis une simple figure de proue se trompent. Je ne servirai pas de couverture à des agissements illégaux, mais favoriserai la transparence et compréhensible notre approche de l'aide à l'autodélivrance.

– Vous avez travaillé dix ans à Exit Suisse romande. Puis vous êtes partie pour Exit Suisse alémanique. Pourquoi?

– La manière d'agir d'Exit Suisse romande ne me plaisait pas. Je ne suis pas d'accord avec leur idée de brochure d'accompagnement, qui laisse la personne seule face à sa mort, avec le risque qu'elle échoue et que son état, ensuite, empire encore. Je ne vais rien faire pour favoriser le rapprochement des deux associations. Vous savez, Exit Suisse romande est quasiment inconnu en Suisse alémanique. Il arrive même souvent que des Romands nous téléphonent, qui recherchent notre aide spécifique mais qui ont fait l'amalgame entre les deux associations. Nous avons déjà tenté d'égaliser les offres entre Exit Suisse romande et nous. Exit romand refuse notre idée d'une approche contrôlable à tout moment par la police. Même si certains signes indiquent que la situation est en train de changer.

– Comment en êtes-vous venue à travailler pour Exit?

– Mon mari est médecin, et à l'époque, je l'aidais dans son travail. Un jour que je triais son courrier, j'ai ouvert une lettre d'Exit qui présentait son travail et demandait des collaborateurs bénévoles. J'y ai répondu, car je trouve que l'engagement d'Exit correspond à mes propres idées d'aide. On m'a engagée en moins de quatre semaines.

– Pensez-vous pouvoir mieux apprivoiser le public que vos prédécesseurs?

– Ce n'est pas le grand public qui m'intéresse principalement, mais nos membres. Après les bouleversements de ces derniers temps, nous devons les rassurer. Nous devons leur prouver que leur volonté est toujours respectée, que nous continuons à appliquer notre accompagnement à la mort dans les règles de l'art. Nous nous devons d'être totalement transparents, sans sortir du cadre de la légalité. D'ailleurs, c'est bien simple: si nous nous en écartions une seule fois, Exit serait immédiatement dissous.