L'idée que l'on puisse sélectionner un embryon avant de le transférer dans l'utérus maternel fait fleurir les fantasmes, en particulier la crainte de l'eugénisme. La Suisse s'est montrée très prudente en interdisant dans un premier temps le diagnostic préimplantatoire. Mais les mentalités évoluent rapidement. Des exemples spectaculaires de l'utilisation de la sélection de l'embryon ont montré son utilité et alimenté la réflexion. Dernier en date, celui d'Elodie, le premier bébé «médicament» suisse. La télévision suisse romande a raconté comment, juste après sa conception in vitro, cette petite a été choisie parmi d'autres embryons, selon des critères qui lui permettraient de pouvoir donner un peu de moelle à son frère, le guérissant d'une maladie immunitaire mortelle (LT du 24.05.06). Une démarche extrême qui a relancé le débat sur le diagnostic préimplantatoire en Suisse au moment où le Conseil fédéral va revoir, par petites touches, la loi sur la procréation assistée.

Certains pays ont déjà fait un pas de plus: ils prennent en compte les avantages de la sélection de l'embryon en dehors du cas dramatique du danger de maladie génétique. Dans la fécondation in vitro (FIV), une démarche lourde pour les couples en raison notamment de la multiplication des essais, la sélection de l'embryon améliore le taux de réussites et permet de limiter les grossesses multiples. Certains pays ont donc choisi de soutenir financièrement les parents recourant à cette technique.

Une étude finlandaise, publiée jeudi dans le journal Human Reproduction, apporte des arguments supplémentaires à ceux qui misent sur la sélection de l'embryon. Elle montre que la qualité de l'embryon est le facteur déterminant de succès dans une fécondation in vitro. Pour garantir cette qualité, il faut procéder à une sélection avant le transfert de l'embryon. Avantage: le nombre des échecs et des fausses couches diminuent. Un argument de plus pour revoir complètement la loi suisse?

Hannu Martikainen, chef de la division d'endocrinologie reproductive et d'infertilité à l'Hôpital universitaire d'Oulu, a montré qu'en choisissant le «meilleur» embryon – un embryon «top quality», écrit-il – le taux de grossesses arrivant à terme est plus élevé que lors d'une FIV classique. Y compris pour les femmes de plus de 35 ans, qui parviennent ainsi quasiment au même pourcentage de grossesses que les plus jeunes. Un tiers des femmes de 36 à 39 ans étudiées ont en effet été enceintes après un seul essai de FIV utilisant la technique du choix de l'embryon. Ce taux de réussite est quasiment équivalent à celui que l'on trouve chez les femmes plus jeunes ayant bénéficié de la même méthode.

L'étude finlandaise a également inclus les cas où il fallait répéter la FIV et donc utiliser des embryons sélectionnés puis congelés. «Cet aspect de l'étude est une première», explique Hannu Martikainen. Là encore le succès est important, soit près de 55% de grossesses si l'on compte les différents essais cumulés alors qu'il est de 35% avec les fécondations in vitro classiques. Le nombre de naissances de bébés vivants est également plus élevé: soit plus de 40% lorsque l'embryon a été sélectionné et 27% pour les autres cas.

Autre grand avantage, le succès de cette technique permet de ne transférer qu'un seul embryon et d'éviter ainsi les grossesses multiples, un des «effets secondaires» préoccupants de la FIV. Dans une fécondation in vitro classique, les médecins transfèrent en général deux à trois embryons dans l'utérus maternel afin d'augmenter les chances de grossesse: il peut arriver qu'ils se développent tous. Ce qui explique l'augmentation des grossesses multiples dans les pays qui recourent beaucoup à la FIV.

Mais comment s'opère le choix de l'embryon? Qu'est ce qui se cache derrière l'angoissante notion d'embryon «top quality»? «La sélection se fait le deuxième jour après la fécondation en fonction de différents facteurs comme le nombre de cellules de l'embryon, sa morphologie, la vitesse à laquelle il se développe», explique le professeur Hannu Martikainen. Elle ne nécessite donc pas d'analyses génétiques.

La Finlande, la Suède, les Pays-Bas et la Belgique utilisent désormais couramment cette technique du choix de l'embryon avant implantation. En Suisse, on pourrait penser que, puisqu'il n'y a pas de prélèvement de cellules sur l'embryon, il soit possible d'opérer une sélection avant le transfert.

Ce n'est pas le cas. Car la loi sur la procréation assistée précise que, lors d'une fécondation in vitro, l'embryon doit être transféré le premier jour. «A ce stade de son développement la sélection n'est pas efficace», explique Dominique de Ziegler, chef des Unités de médecine de la reproduction et d'endocrinologie de Genève et Lausanne. «Il faudrait procéder à un vrai débat, poursuit-il. La Belgique a par exemple fait un tout autre choix. Une étude menée à Anvers a montré que les grossesses multiples induites par la fécondation in vitro classique coûtent plus cher que la FIV elle-même. En raison des complications inhérentes à ces grossesses, naissances prématurées, etc. Si bien que l'Etat prend désormais en charge les FIV avec sélection de l'embryon pour encourager cette méthode. Car, à terme, elle coûte moins cher. Il faut réaliser que cette technique ne permet pas de choisir le sexe de l'embryon ou la couleur de ses yeux, mais de transférer celui qui a le plus de chance de bien se développer.»