La matinée s'annonçait radieuse. Comme chaque année, des milliers d'habitants de Sydney s'étaient déplacés sur la plage de Bondi pour passer leur journée de Noël couchés sur le sable chaud à boire des bières fraîches. La météo était clémente. Un soleil de plomb, une température dépassant les 30 degrés, un vent fort et frais. Les conditions parfaites pour une journée de farniente mais aussi pour un incendie de forêt… Aux alentours de l'heure du déjeuner, le ciel a commencé à s'assombrir et l'air s'est rempli d'une odeur de feu de bois. Les locaux ne se sont pas inquiétés. Les incendies dans le bush sont une habitude à cette saison après tout…

Mais au fil des heures, les baigneurs souvent coiffés d'un bonnet de Père Noël ont commencé à regarder au-dessus de leur tête de plus en plus fréquemment. Ce feu-là semblait sérieux. En fin d'après-midi, le soleil caché par un épais rideau de fumée avait une couleur de sang frais. Loin de se calmer, les flammes ont gagné du terrain hier. Plus de cent foyers étaient encore en activité tout autour de l'ancienne ville olympique mercredi soir. Cent quarante et une maisons, une école et un supermarché ont été complètement détruits et des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leur habitation, chassées par des brasiers attisés par des bourrasques dépassant les 70 km/h. Des centaines de personnes sont toujours privées d'électricité après l'embrasement de nombreux pylônes électriques, et des milliers d'habitants ne sont plus autorisés à boire l'eau du robinet après que les filtres des stations de pompage eurent été endommagés par les cendres qui tombent jusque dans le centre-ville de Sydney. De nombreuses routes, plusieurs autoroutes et certaines lignes de chemins de fer ont, elles, été coupées par mesure de sécurité. Les cinq mille pompiers, aidés par 250 collègues venus de l'Etat voisin de Victoria, reconnaissaient hier ne pas contrôler la situation.

1994. Les habitants de Sydney ont tous encore en mémoire ce feu qui avait dévasté leur ville. Quelque 185 habitations avaient été ravagées par les flammes et quatre personnes avaient trouvé la mort dans cette catastrophe qualifiée de rarissime. Sept ans plus tard, l'histoire semble se répéter. Les premiers brasiers ont été décelés le 24 décembre autour de Canberra. La capitale fédérale a passé le réveillon de Noël sous une épaisse fumée. La plupart des feux semblaient toutefois avoir été éteints par les pompiers dans la journée de mercredi. Sydney a été touché quelques heures après Canberra. Mais très vite, 70 foyers différents ont été comptabilisés par les services de sécurité, un nombre qui n'a pas cessé d'augmenter depuis. La plupart de ces incendies auraient été allumés par des pyromanes. «C'est déjà suffisamment difficile de faire face aux feux accidentels, ceux qui sont le fait de l'éclair comme dans le cas d'un des plus importants foyers hier, souligne Phil Koperberg, le commissionnaire du Service des feux ruraux (RFS). Mais […] la majorité des incendies est allumée par des personnes que je ne parviens pas à qualifier, qui menacent la vie de centaines de personnes et détruisent les possessions de centaines d'autres.»

Les conditions météorologiques ont commencé à s'améliorer dans la nuit du 26 décembre. Les forts vents chauds ont laissé place à une légère brise fraîche, permettant aux pompiers, qui se contentaient jusque-là de sauver les habitations, de combattre les incendies. Ce répit ne devrait toutefois pas durer. La température dans la capitale de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud devrait dépasser les 35 degrés pendant le week-end, et le vent devrait forcir. Quant à la pluie, elle n'est pas prévue avant plusieurs jours. Les pompiers pensent pouvoir éteindre l'ensemble des brasiers dans une semaine à dix jours. Mais encore faut-il que la situation actuelle reste en l'état… Une éventualité assez improbable selon certains spécialistes. 2001 pourrait bien battre le triste record de 1994.