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Adjani, son compagnon et leur bébé Elias.
© Nicolas Righetti / Lundi13

Témoignages

«Mon enfant, c'est une nouvelle partie de moi»

Quatre couples ont choisi de raconter leur expérience de jeunes parents, la découverte d’une nouvelle vie remplie de joies, d’inquiétudes, d’anecdotes 

Qu’ils s’y soient préparés ou non, la naissance de leur premier enfant a bouleversé leur quotidien en profondeur. De l’accouchement au premier bain, du biberon au retour à la maison, les défis s’accumulent, toujours plus déroutants. Dans leur esprit, un mélange de bonheur et de peur, d’excitation et de doute, des sentiments exacerbés. Avec pudeur ou humour, les jeunes parents évoquent ces pleurs qu’il faut décrypter, ces bons gestes qu’il faut trouver, et surtout cet amour inconditionnel qui s’impose d’emblée et grandit jour après jour.

Une ode à la vie, dans toute sa splendeur, toute sa simplicité.


«La foi m'a aidée à croire en moi, à garder la tranquillité»

Ximena a dix jours. Un petit corps fragile, un grain de beauté au milieu du front. Ce premier bébé, cette fille de décembre, Gilda, 29 ans, et Cesar, 28 ans, l’ont attendue, espérée de longs mois durant. Pour ce couple d’origine paraguayenne, établi à Genève depuis deux ans, la vie vient subitement de changer.

Les émotions sont à peine retombées. Un mélange de joie, de fatigue et d’excitation. A côté du berceau où sommeille le bébé, les jeunes parents peuvent enfin souffler. La petite chambre rose et blanche ressemble à un cocon. Sur la porte, une banderole annonce la bienvenue: Ximena, 3,2 kilos, 50 centimètres. Du berceau aux peluches en passant par la couverture et les petits cadeaux pour les visiteurs, tout est décoré avec soin. C'est l’œuvre de Gilda, qui a inscrit le nom de sa fille en lettres saumon sur le mur. «Ma mère m’a aussi envoyé tout un assortiment du Paraguay, là-bas les décorations personnalisées sont très à la mode», précise-t-elle dans un français chantant. Dans un coin, une guitare pour les jours de fête.

Multiples bénédictions

Mariés depuis six ans, César et Gilda se sont connus là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, au pays des Guaranis. Il est vétérinaire, elle est logopédiste. Emigrer en Suisse était un rêve longuement nourri par l’envie d’offrir à leurs enfants la meilleure vie possible. Depuis l’annonce de la grossesse, leur quotidien a été rempli de «bénédictions», comme ils aiment à le rappeler. «Au Paraguay, on dit que les enfants viennent avec des pains sous les bras», explique César qui a monté tout récemment son entreprise spécialisée dans la reproduction d’animaux. A ses côtés, Caïd, un bull-terrier blanc âgé de 8 ans, semble acquiescer.

 «Au début, le médecin pensait que c’était un garçon, se souvient Gilda. Au quatrième mois, on a su que c’était une fille.» La première de la famille. Au troisième mois de grossesse, le couple part en vacances au Paraguay. «Dans mon pays, on adore les barbecues, raconte-t-elle. C’est presque le plat national. Et là, tout à coup, je ne pouvais plus manger de viande, ni même en sentir l’odeur. C’était infernal.» Des mois plus tard, le couple rit encore de cette bizarrerie hormonale.

«Sentiment inexplicable»

La naissance survient une semaine après le terme. Un peu anxieuse au départ, Gilda garde un souvenir étourdissant de ce moment d’intimité. «J’ai pu regarder l’accouchement à travers les miroirs, lui toucher la tête deux fois avant qu’elle ne sorte complètement, c’était sublime.» A peine le temps du premier «peau à peau», que Ximena commence immédiatement à pleurer. Un «bon signe». Présent dans la salle tout le long, César coupe lui-même le cordon ombilical. «Un sentiment inexplicable, presque magique, qu’il faut vivre pour ressentir.»

De retour à la maison, la vie à trois commence. La famille, la religion: des valeurs solidement ancrées dans leur couple. «La foi m’a aidée à croire en moi, à garder la tranquillité, confie Gilda, catholique pratiquante. J’ai souvent prié pour me forcer à penser positif.» Dans la culture latino-américaine, la famille occupe une place centrale. «C’est plus qu’un clan, estime César. C’est un soutien indéfectible, un amour inconditionnel. Il était temps qu’on s’y mette, 28 ans c’est un petit peu tard pour le Paraguay. Ici c’est différent.»

Suisse enneigée

Précisément, que pensent-ils de la Suisse? Un «pays accueillant» où les saisons sont très marquées. «J’adore la neige, sourit Gilda. Au Paraguay, l’hiver dure dix jours.» Au-delà du climat, le couple s’adapte vite, se lie d’amitié avec ses voisins. Pour obtenir son équivalence et travailler avec des enfants handicapés, Gilda prend des cours de français et envisage d’effectuer un master à l’Université de Genève en septembre prochain.

Seule ombre au tableau: l’allaitement, «plus douloureux que l’accouchement lui-même». «Ton bébé a faim, il est couché sur toi, il pleure et tu ne sais pas quoi faire pour le réconforter, confie Gilda. C’est très déroutant, un mélange d’angoisse et de douleur.» En attendant que le lait monte, le couple nourrit Ximena en partie au biberon. Aux petits soins, César s’occupe de lui donner le bain, se réveille la nuit pour la changer. «En tant qu’indépendant, j’ai la chance de pouvoir organiser mon temps, explique-t-il. Heureusement que la période des Fêtes, juste avant la saison de la reproduction, est plus calme.»

Berceuse guarani

Allongée dans son berceau, Ximena dort toujours à poings fermés. De temps à autre, une petite alarme retentit. «La machine sonne régulièrement pour attester qu’elle respire», explique César. Dans un an, le couple prévoit déjà de partir à Asuncion pour fêter l’anniversaire de Ximena et célébrer son baptême avec ses grands-parents. Français, espagnol et guarani (la langue indigène du Paraguay) résonnent déjà dans ses oreilles. Une phrase en particulier, qu’ils lui murmurent chaque soir avant de l’endormir. «Ñande mitâ ogueru ñandeve vy’a ñande rekovepe»: notre enfant a apporté de la joie dans notre vie.


«J'ai le sommeil léger, je sens tous ses  mouvements»

Elias est un bébé inattendu. Son arrivée, le 4 juin dernier, a chamboulé la vie de ses parents, Adjani et Robin. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, la Genevoise de 27 ans vient de reprendre des études de gestion d’entreprise. «La nouvelle a été un choc pour nous, raconte la jeune femme d’origine angolaise et congolaise. Malgré tout, garder ce bébé était une évidence. On s’est lancés sans hésiter.»

Semaine après semaine, Adjani continue à étudier jusqu’à la fin de l’année. «Je n’avais aucune honte à aller en cours avec mon gros ventre, confie-t-elle. Camarades, professeurs, tout le monde était aux petits soins.» A tel point que la jeune fille en oublie les regards inquisiteurs. «J’étais tellement épanouie que je n’y prêtais pas attention.»

«Beauté fragile»

L’enthousiasme monte avec les premières échographies, les achats de dernière minute et, le jour de l’accouchement, Adjani et Robin trépignent d’impatience. Après 14 heures de travail, les médecins préconisent une césarienne. Une «petite déception» pour Adjani. Tout de suite après la naissance, c’est Robin qui effectue les premiers soins. «La sage-femme m’a demandé d’enlever mon t-shirt et a posé le bébé contre moi, raconte-t-il, ému. Il était enveloppé d'une couverture, avec juste un petit bonnet et une couche. Je me suis dit, c’est mon fils.» Bloqué sur sa chaise, le jeune homme de 30 ans restera plusieurs minutes sans oser bouger. «J’avais dans les bras la plus belle chose au monde, la plus fragile aussi.» En salle de réveil, Adjani reprend peu à peu conscience. «Les premières secondes, je n’ai pas réalisé ce qui se passait, la césarienne, ça détache un peu.» Très vite toutefois, le même sentiment s’installe: un amour fou pour cette «beauté fragile».

De retour à la maison, la réalité éclipse le rêve. «C’était panique à bord, se souvient Adjani. Tout à coup, tu n’as plus de sonnette pour appeler une infirmière, tu es face à toi-même avec ton fils et ses pleurs.» Inlassablement, le couple essaie de décoder les cris, le moindre mouvement, la moindre expression. Malgré leurs efforts, Elias n’arrive pas à manger correctement. «J’avais très peu de lait, à peine quelques millilitres, se souvient Adjani. Au bout de quelques jours, il était amaigri, on a eu très peur, on se sentait impuissants.»

Ecouter son instinct

Deux semaines plus tard, le lait arrive enfin et, avec lui, la délivrance, les petits bonheurs quotidiens. Au bout d’un mois, Robin, informaticien, doit retourner au travail. «C’était dur, j’avais encore envie de passer du temps avec lui, d’apprendre à le connaître. Aujourd’hui, je pense à lui en permanence, je rêve de lui, je n’imaginais pas que ça me mobiliserait autant, que cela susciterait autant d’inquiétude et de joie.» Les livres pour jeunes parents accumulés dans un coin, le couple ne les a jamais lus. «Ils feraient mieux de créer des DVD», plaisante Robin. «Il y a tant de théories, tu ne sais plus qui suivre. On a fini par lâcher et écouter notre instinct», renchérit Adjani.

Dans ses bras, Elias joue tranquillement avec «Sophie la girafe», sa peluche préférée. Ses yeux en amande suscitent des questionnements depuis la maternité. «Ça n’arrête pas», plaisante Adjani, qui a porté la suspicion sur de lointaines racines familiales. A 6 mois, le surnommé Bouboule est un enfant vif et joyeux. Il sait désormais s’asseoir tout seul et attraper ses pieds, découvre les dents qui poussent et les légumes en purée. «Il touche à tout, adore la musique, sourit tout le temps», précise-t-elle, intarissable. Elias commence aussi à sociabiliser. «La rencontre avec son cousin Léon reste un moment fort, souligne Robin, dont la famille vit en Alsace. Ils se sont regardés quelques minutes puis se sont pris les mains, comme deux amis.»

Osmose débordante

Un jour sur deux, Adjani emmène Elias faire un tour du quartier, commence à lui lire des livres sur son tapis de jeu. Le soir venu, Robin prend le relais. «Il entend quand je mets la clé dans la serrure, il reconnaît nos voix, je crois qu’il sait qu’on est ses parents.» Malgré tout, Elias dort encore avec eux. «Je suis une maman possessive, toujours derrière lui, reconnaît la jeune femme. Je n’arrive pas à le lâcher. J’ai le sommeil léger, je sens tous ses mouvements.»

Une osmose qui déborde aussi sur le couple. Restaurant, cinéma: les moments en amoureux se font rares. «On fait passer Elias avant nous», confie Adjani, qui pense recommencer à travailler lorsque leur fils aura 1 an. En attendant, des rêves se font plus pressants: se marier, et emmener Elias voir la mer.


«C'est une nouvelle partie de moi»

Andrew Lucas Kweku est né le 15 novembre. Il ne le sait pas encore, mais il est le quatrième de sa lignée à porter ce prénom. Tradition d’usage dans la famille de son père, originaire du Ghana. Depuis l’arrivée du bébé, tout a changé pour Andrew et Alexandra, ensemble depuis dix ans et fiancés depuis peu. «Je n’ai toujours pas réalisé, confie la jeune femme de 31 ans, Espagnole et Philippine. On ne le connaissait pas il y a encore un mois et maintenant il est notre priorité.»

Emmitouflé dans un body blanc, Andrew Junior est blotti tout contre sa mère. A écouter sa respiration paisible, le nid qu’il s’est façonné entre l’épaule et le creux du coude semble lui convenir. «Il s’endort facilement, un peu partout», témoigne Alexandra qui, elle, a dû s’accommoder des nuits blanches. «Je somnole plus que je ne dors. Je me mets entre parenthèses pour lui. Ce n’est pas un sacrifice, j’en ressens le besoin.» D’un coup, tous ces «tu comprendras quand tu seras maman» qu’elle a entendus par le passé prennent sens.

«Tout chambouler»

Il faut dire que la jeune femme a de quoi être sur le qui-vive. Après un accouchement sans encombre, les premiers jours de vie d’Andrew Junior ont été nettement plus mouvementés. Un matin, sa mère le découvre le nez bouché, la gorge enrouée. Elle panique. Contaminé par un mauvais virus respiratoire, le nouveau-né d’à peine 2 semaines passera quatre jours à l’hôpital. Constamment à ses côtés, sa mère a les nerfs mis à rude épreuve. «On venait de trouver une routine à la maison et il a fallu partir, tout chambouler. J’ai eu très peur.»

Aujourd’hui guéri, le petit Andrew découvre un monde nouveau en même temps que ses parents. Décrypter ses sons, ses grimaces, anticiper ses besoins, trouver les bons gestes: le quotidien du couple établi à Genève fourmille de petits défis. «On tâtonne encore, confie Andrew, 34 ans, on a toujours peur de lui faire mal, de ne pas comprendre ce qu’il veut nous dire.»

Cocon de tissu improvisé

Le couple s’était pourtant préparé, il avait lu des livres, glané minutieusement des conseils auprès de proches plus expérimentés. Mais les certitudes n’ont pas tenu longtemps. Hyperactive, Alexandra se voyait déjà l’emmener en promenade dans une écharpe de portage. Peine perdue. Andrew Junior déteste ce cocon de tissu improvisé, tout comme la tétine d’ailleurs. Quant à sa peluche favorite, le petit n’a pas encore fait son choix. «Il n’arrive pas encore bien à agripper avec ses mains», sourit Alexandra.

Le nez et la bouche de son père, les yeux de sa mère, Andrew Junior est encore très clair de peau. Alexandra le bombarde de photos pour ne rien perdre. Actif dans le trading de matières premières, son fiancé a profité d’une reconversion professionnelle pour passer du temps à la maison et l’épauler. «Avoir un enfant te rend automatiquement plus mature, note Andrew. C’est une nouvelle partie de moi.»

Futur polyglotte 

Les guirlandes scintillantes qui ornent le sapin à ses côtés ne troublent pas le sommeil du bébé. Son premier Noël, Andrew Junior le passera à Genève puis à Londres, dans la famille de son père. Grands voyageurs, ses parents ne comptent pas changer leurs habitudes.

De ce petit corps qui crie et gigote, ils ont hâte de voir sortir des mots. «Manger, dormir: contrairement aux apparences, la vie de bébé ne doit pas être si drôle, note Andrew. On a hâte qu’il communique, qu’on puisse lui dire combien on l’aime.» Français et anglais avec ses parents, dialecte philippin et ghanéen avec ses grands-parents respectifs, Andrew Junior a tout d’un futur polyglotte.


«Les enfants, chez nous, c'est sacré»

Indora est née le 13 décembre. Allongée dans son petit landau blanc, elle fait «de l’opéra» avec ses mains, de mystérieuses grimaces avec sa bouche. Sa mère, Arlinda, 29 ans, la rêve déjà championne de tennis ou meneuse d’une équipe de football féminin. Il y a deux mois à peine, la jeune femme originaire du Kosovo a épousé son compagnon Veton, 28 ans. Un mariage pour accueillir un bébé, le début d’une nouvelle vie.

«Les enfants, chez nous, c’est sacré», prévient Veton, un biberon à la main, prêt à s’occuper du lait au bain-marie. «Une fois qu’ils sont là, ils deviennent rois.» Arlinda a découvert qu’elle était enceinte un lundi matin, juste avant d’aller au travail. Ce jour-là, les fiches de comptabilité lui ont semblé bien lointaines. «On était tout fous, on attendait ça depuis plusieurs mois», précise la jeune femme à la chevelure miel. Originaire de deux villages très éloignés du Kosovo, «comme Genève et Schaffhouse en plus petit», le couple s’est rencontré dans la Cité de Calvin.

Fatigue et appréhension

La grossesse se déroule sans embûches mis à part un diabète gestationnel découvert sur le tard qui ne contamine heureusement pas le bébé. Une semaine après le terme, l’accouchement est provoqué. «J’avais très peur de la césarienne, raconte Arlinda. J’essayais de me donner à fond.» Un sentiment d’impatience, de fatigue et d’appréhension. Veton, lui, est dans la salle, «un peu en retrait pour ne pas tout voir».

Le premier «peau à peau» sonne comme un électrochoc. «En sentant le poids du bébé sur moi, je me suis vraiment rendu compte que oui, j’étais maman, sourit Arlinda, émerveillée. Le soulagement était immense.» Après deux jours à la maternité, la jeune femme insiste pour rentrer chez elle. «Je les ai obligés à me lâcher, plaisante-t-elle, je n’aime pas trop les ambiances d’hôpital.» Arlinda veut «apprendre la pratique au plus vite», confronter les conseils «à l’ancienne» de ses parents à ceux glanés sur Internet.

Du fond du berceau résonnent soudain des pleurs. Indora montre des signes d’impatience. «Je vais la changer, elle ne pourra pas dormir sinon», lance Veton. «Elle est déjà coquette», renchérit Arlinda. «Quand Veton la tient dans ses bras et que je m’approche de loin, je réalise combien elle est minuscule.»

«J'y réfléchis à deux fois»

«Son arrivée a tout changé dans ma vie, confie Veton. Maintenant, j'y réfléchis à deux fois avant de prendre une décision, je n’agis plus sur un coup de tête. Faire des bébés, c’est facile; après, il faut assumer.» Actuellement en vacances, le jeune homme devra bientôt reprendre son poste dans la logistique. «Cela ne va pas être facile de la laisser, mais je rentrerai tous les midis.» En avril, Arlinda retournera elle aussi au travail. Les parents de Veton prendront le relais.

De confession musulmane, le couple fête davantage Nouvel An que Noël. Qu’importe, la venue d’Indora a déjà ouvert la saison des cadeaux. «Mon père ne peut pas s’empêcher de la gâter. C’est la première fille de la famille. Il va nous falloir suivre la cadence», précise le jeune homme. Avec son natel, il a lancé une petite musique. Les clochettes tintent, les trompettes sonnent. «Elle s’endort tout de suite, comme ça.»

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