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Un couple et son jeune enfant au restaurant.
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Education

Mon enfant est-il de trop au restaurant?

A Genève, le restaurant Milan a choqué en bannissant les enfants de moins de 4 ans, avant de se rétracter. Illégale, l’interdiction relance le débat sur la place des bambins dans l’espace public

Dans le bus, au restaurant, au supermarché, tout le monde les a déjà rencontrés. Ces regards agacés ou moralisateurs qui toisent les parents dont l’enfant, en pleurs dans sa poussette, arrose la cantonade de ses cris stridents. Derrières ces œillades, des accusations en cascade: quels parents incapables, laxistes ou négligents! Quel pauvre enfant, forcément malheureux!

A Genève, le restaurant Milan a brisé un tabou lundi dernier. Lassé de voir les repas de ses clients «gâchés par des pleurs et autres crises en tout genre», l’établissement a interdit les enfants de moins de 4 ans. Sur Facebook, la déclaration du patron a été accueillie par plus de 7500 commentaires exaspérés ou, au contraire, admiratifs. «La levée de boucliers était attendue et nous assumons pleinement cette décision, précise-t-il. Au plaisir de vous recevoir ou non.» Devant l’ampleur du buzz et, sans doute, l’illégalité de sa démarche, il s’est finalement rétracté jeudi.

Interdit d'interdire 

Car, à peine lancé, le débat bute sur un os: refuser les enfants est illégal. «La loi interdit aux restaurants de trier la clientèle, s’insurge Laurent Terlinchamp, président de la Société des cafetiers et restaurateurs genevois. Que ce soit selon des critères d’âge, de religion ou encore d’origine.» Seule exception: un client pris de boisson ou à l’attitude agressive.

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Jusqu’ici, l’unique restriction en vigueur était d’ordre tacite. «Les familles ne vont pas là où il n’y a ni menu enfant, ni chaises hautes, assure Laurent Terlinchamp. C’est une question de bon sens.» Contrairement aux idées reçues, le standing de l’établissement n’est pas rédhibitoire. Aux restaurants de l’Hôtel des Bergues, par exemple, les tout-petits sont les bienvenus.

«Qui sont les prochains?»

Le confort de tous doit-il primer le droit des familles à fréquenter des lieux publics? Sur Facebook, certains condamnent l’exclusion. «Qui sont les prochains sur la liste, les clients trop bruyants, trop gros ou encore handicapés?» s’insurge une internaute. «Pouvez-vous prévoir des jeux pour mon fils de 7 ans?» questionne une autre. «Car il est accepté, mais il lui arrive de bouger et de parler… A-t-il le droit?»

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D’autres applaudissent. «Vous avez bien raison. Je suis papa d’un petit chahuteur qui ne tient pas en place, explique un usager. Et je supporte d’autant moins les parents qui laissent leurs enfants ruiner la sérénité des autres, oubliant que pour chaque droit, il y a aussi un devoir.» Face aux critiques, l’autorité parentale est remise en cause. «Ce n’est ni le restaurant, ni les enfants qu’il faut mettre sur le banc des accusés, juge une internaute. Les parents démissionnaires et laxistes sont les seuls coupables.»

«Ne rien lâcher»

«Crise banale ou de frustration: les larmes disent beaucoup sur la relation parents-enfants, estime Laurent Perron, pédopsychiatre. Le problème, c’est surtout les parents qui ne réagissent pas. Les petits agités testent souvent la réaction, demandent de l’attention, particulièrement dans un lieu public.»

Sur le fond, demander à un enfant de rester immobile durant plusieurs heures est-il adéquat? «Non, le restaurant n’est pas le lieu idéal pour un bambin de 3 ans», estime le médecin. Selon lui, «les adultes ont de plus en plus de peine à renoncer à leurs plaisirs. On voudrait continuer notre vie exactement comme avant, ne rien lâcher, ni le jogging, ni le ski, ni les dîners aux chandelles.»

Lieux «kids friendly»

Si certains établissements rechignent à accueillir les bambins, d’autres, à l’inverse, se sont spécialisés dans ce secteur. En Suisse romande, le Label Unicorn répertorie ces lieux «kids friendly». Sur son site internet, le message est clair: «Avoir des enfants ne doit pas vous empêcher de fréquenter des endroits au goût du jour.»

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