Où est passée la fortune d'Henri d'Orléans, comte de Paris, décédé le 19 juin dernier? Estimée à 4 milliards de francs français en 1940, il n'en reste plus rien aujourd'hui. Ou presque: six mouchoirs et une paire de pantoufles. C'est tout ce que les héritiers du comte ont trouvé dans le pavillon où il habitait avec sa gouvernante et maîtresse, à Chérisy, dans l'Eure-et-Loir. Les lieux avaient été totalement vidés. Plus de tapis, plus d'argenterie, plus de meubles.

Quatre des onze enfants que le comte a eus avec Isabelle d'Orléans-Bragance, soit Jacques, duc d'Orléans, Michel, comte d'Evreux, Isabelle, comtesse de Schönborn-Buchheim, et Hélène, comtesse Evrard de Limburg, ont obtenu que les scellés soient placés sur les deux derniers domiciles de leur père. Histoire de préserver ce qui reste. Et même si les mouchoirs étaient brodés aux armoiries royales, il n'est pas sûr que les héritiers s'en contentent. Les quatre ont en

effet engagé une procédure de recours dans le but de savoir précisément ce qui reste du patrimoine. Un administrateur civil devrait être nommé d'ici à la fin du mois. Leurs avocats craignent en effet d'autres disparitions.

La gouvernante, Monique Friesz, qui vivait avec Henri d'Orléans depuis vingt-quatre ans, est au centre de toutes les interrogations. «Nous n'accusons personne, précise Me Olivier Baratelli, défenseur des quatre descendants. Mais qui d'autre aurait pu agir de la sorte?» Les mesures conservatoires que les héritiers ont demandées ont pour but d'inventorier la fortune du comte de Paris à un moment x avant sa mort, et de retracer l'itinéraire des dépenses. Me Baratelli estime à 360 millions de francs français la fortune ainsi dilapidée. Resteraient 40 millions. «Mais attention il est tout à fait possible que tout ait été dépensé au casino», prévient-il.

«Vous n'aurez que des larmes pour pleurer», avait averti Henri d'Orléans lors d'une querelle judiciaire qui l'opposait à ses enfants il y a trois ans. Pour eux, la maigreur de l'héritage n'est donc pas une surprise. A l'époque, déjà, il était question de patrimoine. Le comte avait été tenu de dresser un état des lieux: il était propriétaire de trois sociétés civiles immobilières, de parts dans un groupe forestier à hauteur de 58 millions de francs français et de 14 millions en bijoux et autres objets de collection. Des brindilles si l'on pense à ce qu'il possédait au début des années 80, avant qu'il ne se mette à vendre tout un pan de l'histoire de France.

La branche des Orléans descend directement de Monsieur, le frère de Louis XIV. Avec les Bourbons, présents au grand complet lors de l'enterrement du comte, le 28 juin dernier, ils sont les deux grandes familles de France. Il n'y a pas si longtemps, ces deux noms possédaient le pays entier… «Le comte a réussi ce que la Révolution n'a pas fait», résume Libération. Soit dilapider l'un des plus beaux patrimoines nobiliaires de l'Hexagone.

Des immenses forêts qui bordaient la frontière belge (en 1950, la famille était le premier propriétaire forestier de France), il ne reste plus qu'un domaine restreint. Le manoir d'Anjou, à Bruxelles, a été vendu, tout comme le château familial, le palais à Palerme (où le mariage du comte de Paris avec l'arrière-petite-fille de l'empereur du Brésil avait été célébré, en 1931, sous le régime de la communauté de biens), le manoir de Louveciennes et la propriété de Quinta au Portugal. Cette dernière, précise Le Figaro, a été laissée «pour une bouchée de pain aux pompiers de la petite commune près de Cintra». Dans les fournitures qui ont quitté l'héritage, la parure de Marie-Antoinette, celles de la reine Marie-Amélie, des tableaux dont un signé Ingres, etc. Ces ventes représentent 150 millions de francs français, selon les experts. Des sous dont les héritiers aimeraient bien connaître la destination.

Les membres de la fondation Saint-Louis détiennent peut-être une partie de la réponse. Fondée en 1975 par le comte de Paris, cette institution a pour but de gérer les biens que ce dernier avait mis «à la disposition du peuple français», les soustrayant du même coup à l'héritage: le château d'Amboise, la chapelle royale de Dreux et d'autres belles pierres dont la famille a la jouissance sans en être plus propriétaire. Cette fondation aurait-elle participé à la volonté paternelle de déshériter ses enfants? Contactée mercredi, elle a préféré ne pas commenter cette «affaire privée qui ne concerne que les intéressés».