Les organisateurs de la Nuit de la science avaient prévu deux types d'activités: pour les enfants, des coloriages et des expériences rigolotes (par exemple, des cristaux de potassium qui explosent à la surface de l'eau); pour les adultes, des exposés imagés et des panneaux explicatifs. Mais au Musée de l'histoire des sciences de la ville de Genève, où la manifestation s'est déroulée ce week-end, les adultes ont eu tendance à faire tapisserie.

A peine le coup d'envoi de la manifestation était-il donné qu'un essaim d'enfants avait déjà colonisé les crayons, les microscopes et tout autre accessoire mis à leur disposition pour démontrer quelque grand principe scientifique. Les parents, eux, se tenaient généralement en retrait. Beaucoup n'étaient venus que pour leur progéniture, un peu comme on entre dans une pharmacie en disant: «Ce n'est pas pour moi, c'est pour quelqu'un d'autre.» Sous toutes les tentes ou presque, les exposants dressaient le même constat. «Les adultes n'osent pas poser de questions. Ils ont peur de montrer qu'ils ne savent pas», déclarait une hôtesse sur le stand de la banque de données Swissprot, où l'on pouvait se faire expliquer le rôle crucial de l'aquaporine dans l'organisme – protéine grâce à laquelle des centaines de litres d'eau passent chaque jour à travers nos reins. «Ils ont des complexes», confirmait une hôtesse du Service cantonal de l'écologie de l'eau (Secoe).

Au stand du Centre culturel de vulgarisation scientifique de la ville de Cran-Gevrier (Haute-Savoie), une jeune étudiante qui venait de rappeler le principe d'Archimède tentait une ébauche d'explication: «Nous avons grandi dans un système éducatif où l'on nous apprend à accepter ce qu'affirment les détenteurs du savoir. Si on ne comprend pas et qu'on demande des explications, on nous répond que c'est comme ça. Pour finir, on cesse de se poser des questions.»

Derrière un stand où trônait une collection de champignons, les «savants de la Nuit de la science» – comme leur badge l'indiquait – remarquaient que les seuls adultes faisant preuve de véritable curiosité appartenaient à une espèce minoritaire, les férus de science. «Ceux qui nous posent les questions les plus pertinentes sont les personnes âgées. Elles connaissent tout. Les adultes qui viennent en famille, c'est plutôt pour la rigolade», concluaient-ils. Ce n'est pourtant pas faute de motivation et d'enthousiasme de la part des exposants. Sur la majorité des stands, on sentait vibrer chez eux la passion, l'envie de transmettre le sujet de leurs joies. «Regardez comme ils sont beaux!» s'exclamait ainsi une hôtesse du Secoe, en désignant des horreurs poilues pataugeant dans du formol. «On dirait Alien», rétorquait un badaud, l'air dégoûté.

Pourtant, les visiteurs qui ont pris la peine de butiner l'esprit ouvert sur les stands étalés autour du Musée de l'histoire des sciences ne l'auront certainement pas regretté. Ils auront appris, par exemple, que les hommes préhistoriques mélangeaient du sang à l'argile pour fabriquer leurs poteries, que certains champignons peuvent être utilisés, grâce à leur texture, pour brosser les chevaux, ou que le canton de Genève possède une variété de libellules inégalée en Suisse (36 espèces sur les 75 répertoriées dans le pays). La Nuit de la science aura également permis de rappeler quelques vérités cruelles, comme le triste état de pollution des rivières du bassin lémanique: seulement 4% des sites surveillés affichent une très bonne qualité biologique de l'eau.

Afin de réaliser pleinement le but de cette manifestation – développer la communication entre le monde scientifique et la population –, certaines présentations proposées sur les stands resteront accessibles pendant un certain temps dans des musées de la région. C'est notamment le cas de l'exposition sur les «Envahisseurs», que l'on peut visiter jusqu'au 31 mai 2004 au Musée du Léman, à Nyon. On y découvrira les quelque 50 espèces animales étrangères qui menacent actuellement la faune helvétique. Le stand, organisé par le musée en collaboration avec les Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de Genève, servait d'ailleurs de prétexte à une mise en garde de la population: «N'achetez pas de tortues à tempes rouges!». Des dizaines de milliers de ces reptiles originaires de Californie ont été introduits dans le pays. Relâchés dans la nature, ils provoquent des dégâts parfois considérables, à tel point qu'un centre de récupération des tortues a été créé.