L'affaire des quinze touristes européens détenus depuis cinq mois dans le Sahara algérien continue à soulever bon nombre d'interrogations, en l'absence d'informations vérifiables. Circulant à bord de leurs propres véhicules et sans guide, les voyageurs (dix Allemands, quatre Suisses et un Hollandais) avaient été enlevés entre la mi-février et la mi-mars dans le triangle Ouargla, Djanet et Tamanrasset. Selon les autorités algériennes, leurs ravisseurs appartiendraient au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une organisation terroriste affiliée à la mouvance Al-Qaida.

La libération le 13 mai dernier de 17 autres touristes (dix Autrichiens, six Allemands et un Suédois) par un commando de l'armée algérienne au nord de Tamanrasset avait suscité beaucoup d'espoirs. Mais deux mois après cette opération qui a causé la mort de plusieurs ravisseurs, rien ne présage d'un dénouement proche. Le mystère s'épaissit et les personnels des ambassades concernées se montrent peu loquaces. «Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'on ne peut rien vous dire», élude Horst Grüner, un fonctionnaire allemand. Du côté algérien, il faut remonter à début juin pour retrouver la trace d'une déclaration publique. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait quant à lui affirmé en juin, à Strasbourg, qu'il était prêt à laisser «une porte de sortie pour les terroristes» pour sauver des vies humaines. Depuis, l'armée algérienne aurait desserré son encerclement autour de la région où se trouveraient les otages, sur le plateau de Tamelrik.

15 millions d'euros de rançon

De son côté, la presse algérienne fournit des informations contradictoires. Selon Le Quotidien d'Oran, l'affaire aurait basculé «dans les coulisses des officines de renseignements». L'Allemagne, la Suisse et la Hollande seraient disposées à payer une rançon de 15 à 20 millions d'euros, croit savoir ce journal. Le versement se ferait en Libye et les ravisseurs seraient assurés de bénéficier d'une protection officielle de Tripoli, de ne pas être extradés vers l'Algérie et de changer d'identité. Fin mai, Seif El-Islam, un des fils de Mouammar Kadhafi, le guide de la révolution libyenne, avait indiqué à une radio allemande que son pays était prêt à aider à trouver une solution en proposant une médiation. Le Quotidien d'Oran rappelle que le chancelier allemand Schröder a déjà eu à tester l'efficacité des Libyens dans l'affaire des otages de Jolo aux Philippines qui avait abouti à la libération de six otages dont deux Allemands.

Alger, qui depuis le début de la crise souhaitait gérer lui-même l'affaire, excluant donc toute idée de négociation directe entre les Etats concernés et les ravisseurs, serait aujourd'hui favorable à une éventuelle retraite des ravisseurs vers la Libye et laisserait Berlin, Berne et La Haye prendre contact avec qui bon leur semble. Pourquoi un tel revirement? «Parce qu'entre-temps il y a eu le tremblement de terre du 21 mai, explique un diplomate. Contre une aide financière internationale substantielle, Bouteflika n'a eu d'autre choix que de faire un geste en assouplissant sa position.»

D'autres journaux, citant des sources sécuritaires algériennes, indiquent que les otages sont toujours détenus dans le massif montagneux de Tamelrik et qu'il n'y aurait ni mouvement vers la Libye ni contact avec des émissaires étrangers. Le quotidien El-Watan affirme que les quinze touristes ont été séparés en plusieurs groupes pour rendre la tâche des recherches encore plus complexe. De plus, suite à une récente tempête de sable, leur localisation serait rendue plus approximative. Pour El-Watan, il ne fait aucun doute aujourd'hui que c'est le GSPC qui détient les otages.