Une lamelle métallique de 40 centimètres de long, retrouvée sur la piste de décollage mais n'appartenant pas au Concorde qui s'est écrasé près de l'aéroport parisien de Roissy le 25 juillet, a relancé vendredi l'enquête sur les causes de la catastrophe. Ce nouvel élément a été révélé par le Bureau Enquête-Accidents (BEA). Le BEA, qui dépend du Ministère français des transports, n'a toujours pas relié tous les faits connus entre eux et déterminé clairement l'origine de la catastrophe.

Outre la lamelle métallique, un des morceaux du pneu éclaté présente une entaille importante. Parmi les autres débris appartenant au Concorde figurent des morceaux de déflecteur d'eau, de réservoir, et un morceau de carénage de servovalve. Tous ces débris ont été retrouvés bien après le point «V1» où le pilote, lancé à plus de 300 km/h, ne pouvait plus interrompre la procédure de décollage.

«En lisant le communiqué du BEA, on a envie de dire que la lamelle a pu faire une entaille dans le pneu, qui a éclaté, cela a pu casser des choses dans le train et ces débris ont pu percer le réservoir, provoquant l'incendie», a commenté un expert aéronautique joint par l'AFP. «Le manque d'alimentation en carburant a pu causer la panne d'un moteur, affaiblir un autre et l'avion privé de deux réacteurs sur quatre est tombé», a-t-il ajouté. «En même temps, si tout cela est si évident, pourquoi le BEA ne le dit-il pas clairement?» s'est-il interrogé.

Un autre expert, le pilote de ligne François Grangier, expert enquêtes-accidents, a souligné que, si cette lamelle n'était pas une pièce du Concorde, «rien ne prouvait qu'elle n'était pas tombée du Concorde». Elle peut aussi avoir été lâchée par un avion précédent.

En outre, rien ne prouve que le Concorde ait roulé dessus et qu'elle ait fait des dégâts, a-t-il ajouté. «En disant que cette lamelle était là et qu'elle a crevé les pneus, on dédouanerait Concorde», a-t-il souligné.

Aéroports de Paris a indiqué que la piste de décollage du Concorde avait été inspectée le jour de l'accident en début d'après-midi. Le supersonique a décollé à 16 h 42 et plusieurs dizaines de décollages ont dû avoir lieu entre-temps, un avion partant de Roissy toutes les trois minutes.

Le prochain point d'étape, réunissant enquêteurs et experts, sera fait au début de la semaine prochaine.

Un scénario probable de l'accident est nécessaire pour la mise en place de nouvelles règles de sécurité, avant toute reprise des vols Concorde d'Air France, suspendus depuis l'accident.

Des traces de suie sur la piste, relevées par le BEA, confortent l'hypothèse du feu qui a pris alors que l'avion était encore au sol. De même, le fait que l'avion tirait à gauche avant l'envol étaie l'hypothèse d'un pneu crevé.

Le BEA a par ailleurs souligné que le Concorde avait entrepris le vol «sans tolérance technique», ce qui signifie que tout fonctionnait parfaitement, sans le moindre problème technique, même mineur. Il a aussi révélé qu'une roue arrière gauche de l'appareil avait été remplacée avant le départ mais qu'elle n'était pas en cause: elle a été retrouvée sur l'épave et le pneu n'avait pas éclaté.

AFP