Harcèlement

#EntenduALaRédac: une enquête dévoile les dessous sexistes des médias français

A la suite du scandale de la #LigueDuLOL, une enquête participative a été lancée par des collectifs pour récolter des témoignages de journalistes. Entre propos sexistes, agressions sexuelles et viols, 270 rédactions françaises sont pointées du doigt

«Les femmes journalistes qui réussissent ne portent pas de jupe, sinon ça fait pute comme toi.» Ce témoignage est issu de l’enquête participative #EntenduALaRédac, dont les résultats ont été publiés ce jeudi par les collectifs Prenons la une, #NousToutes et Paye ton journal. En dix jours, plus de 1800 personnes ont rempli un questionnaire anonyme en ligne pour dénoncer les faits dont elles ont été victimes ou témoins dans des rédactions françaises. Parmi eux, 1566 journalistes ou salarié(e)s d’un média ainsi que 271 étudiant(e)s en école de journalisme.

«Au moment des révélations de la Ligue du LOL, quelques journalistes ont expliqué qu’il s’agissait de comportements d’une petite minorité, active dans les médias «progressistes». Nous avons voulu vérifier. La Ligue du LOL est-elle un cas isolé?» s’interrogent les auteurs du rapport. Le nombre et la diversité des rédactions concernées montrent que la thématique est d’actualité partout, affirment-ils.

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En effet, quelque 270 médias sont cités dans l’enquête. Parmi eux, des grandes institutions telles que Le Monde, Le Figaro ou l’AFP, mais également des chaînes de télévision, des titres de presse locale et certaines radios régionales. La liste complète des médias concernés est disponible sur le site web dédié à l’étude. Aude Lorriaux, interrogée par Franceinfo, journaliste et porte-parole de Prenons la une, souligne toutefois que les chiffres de l’étude ne peuvent pas être généralisés, l’échantillon choisi n’étant pas représentatif.

Violences à l’encontre des femmes

«Tu as oublié ton pantalon ce matin Anissa? […] Ah non pardon, Fatima, je me suis trompée de bougnoule.» Sans surprise, les témoignages des femmes sont surreprésentés puisqu’elles sont 80% à avoir répondu au questionnaire. Parmi elles, 67% déclarent avoir été victimes de propos sexistes – «Je ne sais pas si elle va y arriver, il faut des épaules… et c’est une femme», 49% de propos à connotation sexuelle – «Je vais programmer ton papier demain à 7 heures comme ça je pourrai me pignoler dans mon lit en t’écoutant» – et 13% d’agressions sexuelles. Les journalistes travaillant à la télévision ainsi que les pigistes seraient particulièrement concernées. Quant aux étudiantes en journalisme, 10% déclarent avoir subi une agression sexuelle dans le cadre de leurs études ou d’un stage.

L’enquête indique aussi que les femmes racisées – terme utilisé pour caractériser les personnes identifiées comme appartenant à une «race» à cause de la couleur de leur peau – ainsi que les hommes homosexuels sont davantage exposés aux propos sexistes que leurs collègues. Deux cas de viol ayant eu lieu dans le cadre du travail ont également été rapportés. «Nous savons quelles sont les rédactions concernées par ce genre de cas graves, mais nous ne divulguerons pas leurs noms pour protéger les victimes», précise Anaïs Lecoq, journaliste web et créatrice de Paye ton journal, contactée par Le Temps.

Deux médias ont réagi

Tout aussi alarmant, les témoignages récoltés indiquent que la direction et les ressources humaines ne sont généralement pas informées lorsque des violences sexuelles ont lieu. «Et lorsqu’elles le sont, elles ne prennent aucune mesure dans 66% des cas, ce qui est une infraction au Code du travail», déplore Anaïs Lecoq. D’après l’étude, plus de la moitié des répondants déclarent que les questions de harcèlement sexuel ou de sexisme ne sont jamais, ou très rarement, abordées par l’entreprise.

Depuis la publication de l’enquête, les rédactions du site web Numerama et d’AJ+, concernées par certains témoignages, ont déjà réagi. «A Numerama, un mail a été écrit ce matin à tous les collaborateurs pour les sensibiliser et libérer la parole des éventuelles victimes, et ce en proposant un formulaire anonyme interne», se réjouit Anaïs Lecoq. A terme, nous voulons que des mesures concrètes soient prises dans toutes les rédactions pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. D’autres médias devraient réagir ces prochains jours.»

Cette enquête intervient quelques jours après que des journalistes des Inrockuptibles et de Libération ont été licenciés à la suite du scandale de cyberharcèlement de la #LigueDuLOL. Mercredi, huit femmes ont également porté plainte pour harcèlement contre un journaliste du Monde.

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