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Même si chaque fête est différente, elle porte l’idée que la vie sera désormais vraiment centrée sur le couple.
© Kaspars Grinvalds/123RF

Traditions

Enterrement de vie de jeune fille/garçon, le rituel de la fête avant la fête

Soirées bien arrosées, bizutages ou week-ends canailles à l’étranger: il est devenu presque inimaginable de se marier sans passer par cette étape d'adieu au célibat

Un groupe de filles rigole dans les Rues-Basses à Genève. L’une d’elles est en tutu, elle distribue des bonbons. Pendant ce temps-là, à Barcelone, une bande de garçons s’amuse dans un bar, l’un d’eux porte une pancarte autour du cou. Ce sont des clichés, mais ces groupes, on en croise souvent. Et l’on comprend en général tout de suite qu’il s’agit d’un enterrement de vie de célibataire. Mais pourquoi vouloir faire ainsi la fête avant de se passer la bague au doigt?

Vaïna, Genevoise de 25 ans, garde un excellent souvenir de son enterrement de vie de jeune fille: parcours à travers Genève où elle retrouve ses sœurs et amies dans l’ordre où elle les a connues, avant d’aller faire la fête à Lausanne. Le tout en déguisements et filmé avec une petite caméra portable de type GoPro. «Je n’avais rien demandé, mais c’était une belle surprise.» Son mari, lui, a passé quelques jours de vacances en Italie avec des amis.

Fille ou garçon, c’est différent

Un symbole? Pour ce couple, il n’est pas essentiel: «C’est plus une occasion sympa de faire la fête, sourit-elle. L’enterrement de vie de célibataire, ce n’est plus ce cliché d’une soirée type strip-tease parce qu’on va être avec la même personne toute sa vie.»

Si la connotation sexuelle perdure, c’est à cause de l’historique du rituel: pour les hommes, il existe depuis longtemps dans les milieux bourgeois, «avec l’idée que les garçons, qui avaient couché avec plusieurs filles, enterraient cette période de frivolité», raconte l’ethnologue française Martine Segalen, spécialiste de la famille. Un phénomène qu’elle détaille notamment dans son livre Rites et rituels contemporains. Mais «pour les filles, supposées vierges avant le mariage, enterrer sa vie de jeune fille n’avait aucun sens».

Alcool et sexe, mais pas seulement

Elles se sont toutefois emparées du phénomène. C’était il y a environ vingt-cinq ans: «Elles ont dû inventer le contenu de la fête, puisque c’était une tradition qui pour elles n’avait jamais existé», analyse Florence Maillochon, sociologue et directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). «A la fin des années 1990, les soirées des hommes et des femmes se ressemblaient davantage. Elles étaient centrées sur la consommation d’alcool et les références sexuelles, même si les femmes n’ont jamais égalé les hommes dans ces excès. Aujourd’hui, les programmes se recentrent sur des activités plus stéréotypées, soit féminines, soit masculines.»

Un concept stéréotypé

Pour les filles, il s’agit souvent de soins du corps, d’un cours de maquillage ou de cuisine. Et pour les garçons, paintball ou karting, selon Florence Maillochon. Sexiste, l’enterrement de vie de célibataire, alors? «Oui, en un sens! Il y a de nombreuses autres façons de faire la fête qui ne valorisent pas des activités centrées sur le genre.» Même si chaque fête est différente, si le concept est souvent stéréotypé, pourquoi s’y accrocher? «Certains y voient un moyen de dire adieu à une sexualité passée et aussi à une période de jeunesse. Il y a l’idée que la vie sera désormais vraiment centrée sur le couple», explique Martine Segalen.

Le mariage, un spectacle désormais

Les réseaux sociaux auraient aussi participé à l’explosion du phénomène depuis les années 2000, en faisant une grande publicité autour du mariage. Mais surtout, pour Florence Maillochon, le statut global du mariage a changé, on en a fait «un spectacle»: «Il y a une explosion de tous les préparatifs: l’enterrement de vie de célibataire en fait partie.» Même son de cloche de la part de Martine Segalen: «Beaucoup font aujourd’hui le choix de ne pas se marier. Mais quand on se marie, il faut que ce soit un gros événement, sinon c’est devenu absolument banal.» Il semble ainsi que l’enterrement de vie de célibataire a de beaux jours devant lui.

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