Arrivée avec un peu d’avance à l’Hôtel Alpha-Palmiers à Lausanne, Nadia Plata, la directrice de la société Eptes à Vevey, m’envoie un SMS: «Je suis assise sur un canapé, à côté de la salle de réunion. J’ai une valise rouge.» La jeune femme a choisi ce lieu de rencontre pour pouvoir rapidement enchaîner ses rendez-vous et prendre son train pour Zurich. C’est en Suisse alémanique que sont produits ses instruments de laboratoire destinés à capter et isoler les composés volatils de produits alimentaires ou de parfums. «Nous sommes actuellement en pleine phase de test pour une nouvelle version de notre machine», explique-t-elle.

Chemisier lavande et pantalon noir, Nadia Plata a la voix douce. Aucun signe d’extravagance mais beaucoup de détermination. Discrète, cette chimiste de 44 ans se considère comme ferme et bénéficie d’une qualité indéniable pour une femme cheffe d’entreprise: la capacité de gérer plusieurs tâches et dossiers à la fois. «Lorsqu’il s’agit de jongler entre un rendez-vous de dentiste pour ma fille et un problème technique rencontré sur un instrument de laboratoire, il faut être polyvalent», souligne-t-elle avec le sourire. Mère de deux filles de 15 et 10 ans et mariée à un informaticien d’origine polonaise, Nadia Plata a certainement développé sa fibre entrepreneuriale auprès de ses oncles et tantes qui possédaient des usines et divers commerces. «Je passais souvent mes vacances chez un oncle à Alger qui détient une fabrique de fourchettes et couteaux juste à côté de sa maison. Nous y passions beaucoup de temps avec mes cousins», se souvient-elle avec un brin de nostalgie. Après une enfance et une adolescence en Algérie, Nadia Plata obtient une bourse, à l’âge de 21 ans, pour aller étudier à l’étranger. Elle choisit la chimie à l’Université de Genève, poursuit par un doctorat en biotechnologie environnementale à l’EPFL et un MBA en finance à HEC Lausanne. Elle complète actuellement son cursus avec une formation en droit de l’environnement.

Après ses études, elle rejoint le monde de l’industrie et débute sa carrière chez Battelle à Genève. Puis elle entre chez Philip Morris en tant que cheffe de projet et passe ensuite deux années en Australie chez Food Sciences. Elle a toujours travaillé dans des unités de recherche et ­développement. Avec parfois des missions bien spécifiques comme lorsqu’il a fallu se rendre en Italie pour dépolluer un site de 15 hectares grâce à des techniques de phyto et de bioremédiation.

A l’âge de 40 ans, c’est la remise en question. Après mûre réflexion, elle décide de créer sa propre société. Certes, son idée a du potentiel mais c’est aussi la difficulté d’être une employée lorsque l’on a deux enfants qui la pousse à agir. «Je ­devais parfois entrer en réunion en fin d’après-midi pour n’en sortir qu’avec une solution. Vous pouvez vous imaginer mon état de stress, sachant que la garderie fermait à 18h00», se souvient-elle. Pour faire face à ce genre de situation, Nadia Plata devait jongler avec deux mamans de jour – au cas où l’une ­d’entre elles serait malade – et des structures parascolaires. «Heureu­sement que mon mari travaillait alors à temps partiel. Il m’a beaucoup aidée», souligne-t-elle.

Il y a quatre ans, la chimiste fonde la société Eptes. Elle y investit ses fonds propres et obtient une aide financière du Service de l’économie, du logement et du tourisme du canton de Vaud pour développer une technologie novatrice. Il s’agit d’un instrument de laboratoire qui capture les composés volatils et les isole individuellement par cryodistillation. Cet outil – savant mélange de capteurs, sondes et électronique – s’adresse tout particulièrement aux secteurs de l’environnement, de l’alimentation, des arômes ou des parfums. «J’ai galéré pour réunir tous les corps de métiers capables de donner naissance à cet appareil, explique-t-elle. Capturer des composés naturels permettra à nos clients de les réintroduire dans un aliment ou un parfum», imagine-t-elle devant son infusion verveine. Pour simplifier, le yoghourt fraise de demain pourrait ne plus être fabriqué avec des arômes artificiels mais posséder des composés naturels récoltés ­directement sur un vrai fruit.

Les ventes ont démarré en septembre 2011 mais la confidentialité reste de mise lorsqu’il s’agit de dévoiler le nom d’un client. Seul indice: il existe 700 laboratoires en Suisse romande et Nadia Plata pense en convaincre entre 20 à 30%. Pour l’instant, la production suit la demande et la directrice de la start-up veveysanne pourrait être amenée à engager rapidement plusieurs collaborateurs en fonction de l’évolution des affaires.

Nadia Plata reste très discrète lorsqu’il s’agit de dévoiler le chiffre d’affaires de sa société ou le prix de vente de l’appareil. «Nous ne voulons pas donner d’informations à la concurrence», justifie la jeune femme qui travaille depuis «la maison» en s’entourant de quatre consultants et de cinq entreprises de sous-traitance pour la production. Elle estime aujourd’hui avoir trouvé un équilibre parfait. «Je peux déjeuner avec mes filles et suivre l’évolution de leur scolarité», apprécie-t-elle. Désormais, elle organise son emploi du temps comme elle l’entend – souvent très tôt le matin et parfois le dimanche – mais n’hésite pas à s’accorder des pauses durant la journée pour boire un café avec des copines ou faire du sport. Trois fois par semaine, elle nage, fait du fitness ou du yoga. Un luxe auquel elle ne pourrait désormais plus renoncer.

A 40 ans, c’est la remise en question. Elle décide alors de créer sa propre société