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Cédric Waldburger: «Je n'aime pas les hôtels cinq-étoiles. Tout ce qu'il me faut, c'est un bon wifi, un espace de coworking et un aéroport pas loin.»
© Désirée Good pour Le Temps

Nouveaux habitats

Entrepreneur sans domicile fixe, avec seulement 64 objets personnels

En 2016, Cédric Waldburger a décidé de remettre le bail de son appartement zurichois. Depuis, ce «serial startuper» arpente le monde avec un sac minimaliste

Fini le schéma «un appart' pour chaque famille nucléaire». Du 23 au 27 juillet, «Le Temps» explore les nouvelles manières de vivre sous un même toit.

Episode précédent: En colocation à huit plus un bébé dans une grande villa zurichoise

Un jour de septembre 2016, Cédric Waldburger revient d’un voyage d’affaires à Amsterdam. Le Zurichois, 28 ans alors, travaille dans plusieurs sociétés et navigue entre les fuseaux horaires. A peine le temps de souffler: le lendemain, il repart pour New York. Il jette un regard circulaire sur son appartement encore froid de Thalwil, au bord du lac de Zurich, puis effectue un décompte: 120, le nombre de vols effectués au cours des douze mois précédents. Ces quatre murs, pour lesquels il débourse chaque mois un loyer de 2000 francs, lui paraissent soudain bien vides. «Un appartement doit être là pour toi, et pas l’inverse», pense-t-il. Le jeune homme décide alors de le résilier, son bail. C’est le début d’une nouvelle vie, sans domicile fixe.

Le tour de la planète tous les 45 jours

Une situation qui colle à son hyper-mobilité. En ce moment, Cédric Waldburger consacre la plus grande partie de son temps à une start-up active dans la blockchain, entre Zurich et Palo Alto, dans la Silicon Valley. Formé à l’EPFZ à l’informatique et à l’électrotechnique, il est aussi lié de près où de loin à une quinzaine d’autres sociétés: en tant qu’investisseur, fondateur ou membre d’un conseil d’administration. Il possède une adresse en Suisse et reçoit son courrier à Rapperswil-Jona, siège de son agence de marketing Mediasign, la première qu’il a fondée, à l’âge de 14 ans.

Mais son travail le mène souvent à Berlin, Miami, Dallas. Parfois à Bali ou Hongkong. «Je n’aime pas les hôtels cinq étoiles. Tout ce qu’il me faut, c’est un bon wifi, un espace de coworking et un aéroport pas loin.» L’an dernier, il a parcouru l’équivalent de 80% du trajet entre la Terre et la Lune. «Je fais 44 000 kilomètres, l’équivalent du tour de la planète, tous les 45 jours», ajoute-t-il. Il passe deux tiers de ses nuits dans des hôtels et des appartements loués sur Airbnb. Le reste du temps chez des amis. Et, dès qu’il en a l’occasion, il retrouve sa copine à Aegeri, dans le canton de Zoug. «Oui, j’éprouve un sentiment de chez-moi, seulement il n’est pas lié à un lieu en particulier. Plutôt à des moments.»

Un sac format cabine pour seul bagage

Est-ce à force de se mouvoir dans l’économie dématérialisée? Cédric Waldburger a peu à peu perdu l’intérêt de posséder des choses. «J’ai grandi dans les années 1990, celles de la génération Y. Je préfère les expériences aux objets. Moins je possède, plus je me sens libre», dit-il. Son appartement n’est pas le seul bien dont il s’est débarrassé. L’entrepreneur ne quitte jamais son sac de 26 litres – format cabine – contenant exactement 64 objets, soit l’ensemble de ce qu’il possède. Le plus important pour lui? Son téléphone: «Il me permet d’être productif.»

Voir son blog sur lequel il liste les 64 objets.

Le Zurichois n’a jamais manqué de moyens, mais il ne s’estime pas riche. «J’ai mis dix ans à gagner de l’argent avec mes activités», dit-il. Ses trajets absorbent la plus grande part de son budget: l’an dernier, il en a eu pour 40 000 francs de vols. Quant au logement, il lui coûte environ 10 000 francs par an. Beaucoup moins que son ancien appartement. Aujourd’hui, plus rien de ce qui lui appartient n’a de valeur sentimentale à ses yeux. Une seule question l’intéresse, dit-il: «Qu’est-ce qui me rend heureux?»

Rigueur d’ascète

Et pour lui bonheur rime avec rigueur. Cédric Waldburger n’a rien d’un nomade improvisé. Ses voyages frénétiques l’ont conduit à mettre en place une stratégie d’organisation redoutable. Sa communication passe par la Macédoine. C’est là que se trouve son assistant, Bojan, déniché sur une plateforme de services pour travailleurs indépendants. Depuis trois ans, Bojan intercepte ses appels et cale ses rendez-vous. «Il planifie ma vie», dit Cédric Waldburger, qui ne redoute rien davantage que l’épuisement. Pour déjouer le jet-lag, il jeûne le jour du voyage, puis prend des apports en magnésium et en mélatonine, l’hormone chargée de réguler les rythmes chronobiologiques. Tout au long de l’année, le jeune homme observe un régime alimentaire strict, sans glucides. Et ne boit rien d’autre que de l’eau.

Cet ascétisme des temps modernes relève à la fois d’une stratégie économique et d’une quête de sens. Lorsque Cédric Waldburger évoque la légèreté, la disponibilité d’esprit gagnée en possédant moins, ses mots font écho au minimalisme, phénomène venu du zen japonais, qui inspire une génération lassée du matérialisme de ses parents. Le mouvement l’intéresse peu. «Chacun a sa méthode», dit-il. La sienne passe par des listes. En automne 2016, lorsqu’il décide de se débarrasser de son appartement, il inventorie tout ce qu’il possède. Soit plus de 600 objets, se souvient-il. Il remplit des sacs avec ce dont il se sert le moins. Tous les 90 jours, il se débarrasse de ce dont il n’a pas eu l’usage. «Cette stratégie m’a permis de prendre de la distance avec mes biens, sur le plan émotionnel. Je n’ai jamais récupéré un seul des objets.»

Lire aussi:  Le minimalisme, cette discipline de la légèreté

Chez Cédric Waldburger, la liste tient presque de l’obsession. Sur son blog, il affiche le répertoire de ses possessions, décrites minutieusement, avec la marque et la valeur. «Le plus difficile, c’est de trouver une garde-robe qui convienne à toutes les situations», fait-il remarquer. Résultat: il choisit tout en noir. Seule exception: ses passeports rouges à croix blanche, qui vont par deux – privilège de ceux qui voyagent beaucoup. Pourrait-il s’imaginer reprendre un appartement? «Pour l’instant, non. Si cela devait me rendre plus heureux à l’avenir, pourquoi pas? Mais je préférerais alors vivre dans quatre endroits différents. L’automne à New York, l’hiver en Afrique, le printemps en Asie et l’été à Zurich.»

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