Voici une expression chère aux journalistes lorsqu’ils évoquent le fait qu’un responsable – politique, économique, etc. – se sorte sans dégât d’une situation délicate. Grâce à son imagerie ancienne, «tirer son épingle du jeu» déride un article qui pourrait se révéler pesant. Mais pourquoi «tirer»? Et que vient faire une épingle dans cette affaire?

L’indispensable Claude Duneton, et sa Puce à l’oreille (Ed. Livre de Poche), nous sauve de l’ignorance. Dans sa notice maintes fois répétée sur la Toile sans jamais être créditée – comme quoi, les webmestres sont parfois de fieffés malotrus –, l’expert raconte que, vers le XVe siècle, les fillettes s’adonnaient à un jeu basé sur un cercle d’épingles installé au pied d’un mur. Le défi consistait à lancer une balle qui devait rebondir sur la paroi avant de frapper les épingles. La môme qui sortait ses pièces triomphait.

Soyons franc, l’amusement fourni par un loisir aussi frugal – une balle, quelques épingles – peut nous paraître improbable. Avec les Sims 3, disons, on a gagné en complexité. Mais c’est oublier, nous rappelle Claude Duneton, la valeur de cet outil vestimentaire: «Les épingles ont eu autrefois dans la vie des femmes une importance dont on ne se doute guère.» On payait même des pourboires en épingles. Ce qui explique la persistance de l’expression. Après tout, les joueurs en ligne des Sims ou de World of Warcraft s’échangent à grands frais des objets acquis dans leurs pérégrinations ludiques. Les épingles du moment.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.