Portrait

Pour Eric Lebel, manger «juste» nourrit aussi bien le corps que l’esprit

Le fondateur des boutiques romandes Takinoa promeut une alimentation bio et responsable. Des mets prêts à savourer, pensés pour bâtir un pilier de la santé et du bien-être

Une salade de quinoa à la spiruline et graines de chanvre. Un wrap de poulet suisse cuit à basse température, avec tomates séchées et ricotta crémeuse. Puis des muffins sans lactose aux poires et pépites de chocolat. Tel pourrait être un menu dégusté sur le pouce dans l’une des sept adresses Takinoa disséminées entre Genève, Gland, Ecublens et Lausanne.

Fondée en 2013 par Eric Lebel, cette chaîne de mets prêts à manger en plein développement base son créneau sur les produits sains et respectueux de la nature. Elle touche depuis une clientèle qui a conscience de l’importance du bien-manger et du bien-boire, pour soi-même, mais aussi par rapport à l’environnement.

Une référence aux Incas

L’enseigne dont le nom est une référence phonétique au quinoa, le «riz» des Incas aux grandes vertus nutritives, assure un certain nombre d’engagements. En combinant le préfixe taki qui provient du grec ancien, évoquant une idée de vitesse et de rapidité, avec le suffixe no qui exprime la non-existence, Takinoa évoque un lieu dans lequel la vitesse n’existe pas.

Elle favorise les circuits courts, les céréales complètes certifiées bio, la cuisson vapeur, à basse température ou à la poêle, avec des matières grasses de type coco bio, ghee bio ou des huiles d’olive et de colza. Elle limite le sel et le sucre raffiné et les produits carnés, tous locaux, provenant d’élevages respectueux des animaux. Elle propose une gamme d’aliments consommés crus, bruts, non raffinés, non transformés, plus riches en vitamines et minéraux, des recettes sans lactose, véganes ou naturellement sans gluten.

Après une phase test dans un local à Genève et un outlet à Aubonne (VD), Takinoa s’est concrétisé en 2014 avec une première adresse urbaine, rue du Grand-Pont à Lausanne. «J’ai toujours été intéressé par l’alimentation saine, étant un jeune homme plutôt sportif», se souvient Eric Lebel. Né aux Etats-Unis, il a passé son enfance à Boston, puis en France, près de Versailles, en suivant son père ingénieur-chercheur.

D’abord sans mauvaise conscience

A 20 ans, il entame des études à l’Ecole hôtelière de Glion (VD). «A l’époque, comme j’aimais beaucoup la montagne, où je m’entraînais souvent, je rêvais d’ouvrir un hôtel d’altitude. Mais la société Eurest, un des plus grands groupes de restauration du monde, m’a approché et j’ai du coup travaillé pendant toutes les années 1980 dans de grandes entreprises de restauration collective, vendant des barres chocolatées, des boissons sucrées et des frites, sans mauvaise conscience, car à cette époque il n’y avait pas de prise de conscience sur la nourriture santé.»

La rencontre avec un médecin endocrinologue le ramène à son projet initial dans les années 1990. Ensemble, ils ouvrent un lieu de cure à Château-d’Œx (VD), censé accompagner des patients qui doivent changer leur alimentation pour des questions de santé ou qui cherchent plus d’énergie et de vitalité. Le franc suisse, le contexte d’une station touristique en déclin et l’absence du soutien des assurances maladie freinent le développement du projet.

Les débuts de Kousmine

N’empêche. La graine germe dans l’esprit d’Eric Lebel: «Plusieurs personnes en surpoids dans ma famille et le long cancer de ma mère m’ont fait prendre conscience de l’impact de la nourriture sur des problèmes de diabète, de mal-être. J’ai beaucoup lu pendant cette période. C’était les débuts de l’approche Kousmine, de la cuisine diététique et de la nouvelle cuisine portée par Michel Guérard. Ces courants m’ont beaucoup inspiré.»

Les décennies qui suivent, il se consacre à la gestion de fortune et à l’immobilier, principalement sur la base de son patrimoine familial, tout en faisant mûrir l’idée d’un projet à même de promouvoir le bien-manger, qui aboutit à Takinoa. Aujourd’hui, il peut compter sur 800 recettes dans la base de données de l’entreprise. La phase de création est aboutie. Reste à étendre le réseau des boutiques. Mais aussi à concrétiser le rapprochement avec Tekoe, la chaîne de boutiques de thé à l’emporter dont la société Food for Joy SA, à la tête de Takinoa, est désormais actionnaire majoritaire.

Un fil rouge: la santé

«L’idée est de faire pénétrer les deux marques avec le fil rouge de la santé, du bien-être, et plus largement la relation entre alimentation et joie. Pour mieux communiquer notre philosophie et tenter de transformer les habitudes alimentaires et les comportements des consommateurs à plus grande échelle, nous allons créer une plateforme sociétale numérique. La communication scientifique à ce sujet est encore ennuyeuse. Il faut mettre cela en musique différemment. Aider les gens à se relier à leurs besoins, au-delà de la dimension culturelle et sociale de la nourriture, qui agit encore trop souvent comme un conditionnement», relève le chef d’entreprise, qui cite en référence le film documentaire Demain et des essais divers.

Si aujourd’hui Takinoa ne nourrit que 1500 personnes par jour, les clients potentiels représentent environ 5% de la population suisse. «La Confédération veut sensibiliser les citoyens à ce qu’ils mangent et boivent dans son programme 2018-2020. Ces chiffres vont donc sans doute évoluer», conclut Eric Lebel, rejoint dans la gestion de l’entreprise par deux de ses trois enfants, Marc et Sophie, et qui ambitionne de devenir certifié B Corp, label qui regroupe les entreprises à mission sociétale au cœur de leur raison d’être.


Profil

1953 Naissance à Boston.

1976 Ecole hôtelière de Glion (VD).

1992 La Soldanelle à Château-d’Œx, offre de séjours de santé sous direction médicale.

2014 Premier Takinoa à Lausanne.

2019 Rapprochement avec Tekoe.


 

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