Société

Escapades. Neuf mois dans le Jura

Pays vert, le Jura offre une vaste palette d'attraits: trekking à cheval, découverte de petites villes, mariage audacieux entre canoë et varappe, paisibles balades le long du Doubs, gastronomie et culture. Autant de curiosités méconnues.

«Peu importe au visiteur de savoir dans quel canton il se trouve. Ce qui l'intéresse, c'est d'avoir la possibilité de pratiquer des activités variées et originales.» Philippe Flotiront, directeur de Jura Tourisme, et sa collègue de Jura bernois Tourisme, Katherine von Ah, n'ont que faire des tergiversations politiques: ils ont réalisé la réunification touristique jurassienne, de l'Ajoie au lac de Bienne et du Chasseral à Delémont. Proposant de concert, sous l'égide de Watch Valley, une palette d'atouts charmeurs et intimistes, teintés du vert d'un paysage intact et mystérieux. Les offices du tourisme ont conçu un jeu de l'oie des curiosités jurassiennes. Le Temps imagine neuf projets inédits. Un par mois.

- Avril, au cœur des villesOn connaît Porrentruy l'impériale, Saint-Ursanne la médiévale, Delémont la capitale ou les cités industrielles de Saint-Imier et Moutier. Le Jura et ses villes. Minuscules, flirtant à peine avec les 10000 habitants. Des cités gorgées d'histoire, de religion, d'industrie. L'histoire de ces gros bourgs se lit dans leur patrimoine bâti. Au bord du lac de Bienne, La Neuveville la médiévale vaut le détour, à commencer par le Schlossberg dominant la cité, construit à la fin du XIIIe siècle par le prince évêque de Bâle Henri IV d'Isny. Parmi les bâtisses cossues de la ville, la Maison de Berne, entre le cœur de la cité et le lac. Elle a été jusqu'en 1797 la maison des vendanges de l'abbaye des Prémontrés de Bellelay. Elle disposait alors d'un accès direct au lac, c'était avant la correction des eaux du Jura au XIXe siècle. Deux formules originales pour découvrir La Neuveville (photo) entre lac et vignes: de nuit à la lumière des lanternes, ou en parcourant l'étrange balade de la sorcière. Trois adresses pour manger: l'Hostellerie Jean-Jacques Rousseau face à l'île Saint-Pierre, les gargotes L'Ecole est finie sur la place centrale ou la buvette du débarcadère qui sert la fondue.

http://www.laneuveville.ch

http://www.jurabernois.ch

- Frissons en mai: canoë et varappe sur le DoubsA chaque coude du Doubs paisible qui zigzague au fond de sa cluse, une nouvelle splendeur naturelle. Avec, au printemps, des odeurs envoûtantes. Les quinze kilomètres du parcours entre Goumois et Soubey, au milieu de la rivière et à cheval sur la frontière franco-suisse, en canoë, sont un ravissement. Les sportifs pagaieront avec énergie, d'autres préféreront se laisser entraîner par le faible courant, à traquer dans l'eau claire un brochet ou une truite, ou à chercher sur la rive un martin-pêcheur ou un héron. Pas de rapides sur le parcours, sinon deux «petites déclivités», dit Denis Houlmann. Au Moulin du Plain et au Moulin Jeannotat. La descente dure quatre à cinq heures. Ou davantage si un arrêt est programmé à mi-parcours, au restaurant de Clairbief, pour déguster la truite sous toutes ses formes: carpaccio, soupe, au bleu ou meunière.

A Clairbief toujours, autre sport: la grimpe. Sur une falaise en pleine forêt, exposée au sud. Une dalle calcaire de 15 mètres de haut, parsemée de nombreux trous et lunules. Un site idéal pour l'initiation. Tout près de là, la falaise de la Heutatte, un monolithe calcaire d'une hauteur de 10 à 30 mètres, long d'environ 300 mètres. Une vingtaine de voies ont été tracées.

Difficile de vivre une pleine journée sur le Doubs, sans prolonger le bonheur, soit au Theusseret, en amont de Goumois, ou à Saint-Ursanne, en aval.

Canoë sur le Doubs: Denis Houlmann, 079 444 62 31.

http://www.juratourisme.ch

- Juin: trottinette entre les éoliennesExcursion au milieu des énergies renouvelables. Départ à Saint-Imier, bourg horloger, dont l'histoire remonte à l'an 600, lorsqu'est venu d'Ajoie l'ermite défricheur Imier. Montée à Mont-Soleil (1173 mètres) avec un funiculaire flambant neuf, rénové pour son centenaire en 2003. Paysage grandiose, vue sur les contreforts de Chasseral et la Combe Grède. Première visite: celle de la centrale photovoltaïque mise en service en 1992, 20 000 m2 de panneaux solaires qui produisent l'énergie nécessaire à 200 ménages. Puis quatre kilomètres de balade jusqu'à Mont-Crosin et ses huit éoliennes, dont les deux plus grandes, installées en 2004, mesurent cent mètres de haut et développent une puissance de 1750 kW. En 2005, malgré de faibles vents, constate Juvent, la société qui exploite le site, les éoliennes ont produit l'électricité nécessaire à 2400 ménages.

A midi, repas au chalet du Mont-Crosin ou à l'auberge du Vert-Bois. Puis retour à Mont-Soleil pour entamer une folle descente en trottinettes (on les loue sur place), là où Micheline Calmy-Rey avait chuté en automne 2005. Trois parcours, de 11 à 18 kilomètres, avec, comme à ski, des pistes bleues, rouges et noires. Les moins téméraires choisiront un moyen de déplacement plus pénard: le char attelé à deux chevaux.

http://www.funisolaire.ch

http://www.juvent.ch

http://www.saint-imier.ch

- Juillet: l'attaque du train«La trouille de ma vie, mais aussi son plus beau jour!» C'est Gaby Rais, éleveur de chevaux aux Cufattes, qui cite une vieille dame qu'il avait prise en otage: il est le leader des brigands qui attaquent le train à vapeur.

La scène se déroule à mi-parcours du trajet en train Belle Epoque, qui va de Glovelier à Saignelégier. Juste après la halte de La Combe, un délicieux café de campagne. Six hommes à cheval galopent à côté du train, tirent en l'air et immobilisent le convoi. Des otages sont emmenés à dos de cheval dans la forêt voisine. Libérés plus tard, pour autant que les voyageurs aient réuni la rançon exigée. «L'une des attaques a failli mal tourner, raconte Gaby Rais. J'avais emmené comme otage, le pistolet dans le dos, le patron japonais d'une multinationale. Un petit homme s'est alors jeté sur moi, il voulait sauver son patron!»

L'attaque constitue le moment fort des 25 kilomètres du trajet en train à vapeur de la vallée de Delémont aux Franches-Montagnes, par le site idyllique de la Combe Tabeillon. Des convois tirés par des machines centenaires, la E206 de 60 tonnes, et sa petite sœur, la E164, de 40 tonnes. Toutes deux peuvent atteindre la vitesse de 40 kilomètres à l'heure. Pour emprunter ou louer le train à vapeur, il est indispensable de se renseigner auprès de la société La Traction.

http://www.la-traction.ch

http://www.les-cj.ch

- Fraîcheur en août dans les canyons du DoubsL'embarras du choix. Le promeneur dispose d'une multitude d'itinéraires pédestres tous plus excitants les uns que les autres. S'il veut dominer le paysage, il fera la route des crêtes. De Lucelle à la Vue-des-Alpes, 60 kilomètres avec un point culminant aux Sommêtres, un gros rocher au-dessus du Noirmont. Où se trouve un refuge de montagne. A même pas 1100 mètres!

Encore plus attirant: le canyon du Doubs, de Brenets à Saint-Ursanne. 67 kilomètres à programmer en quatre jours. Le premier pour flâner autour du Saut-du-Doubs, chute de 27 mètres, et du lac large de 200 mètres. Pour s'enfoncer ensuite dans la gorge escarpée, sur les mousses humides, jusqu'à la Maison Monsieur, un péage de la fin du Moyen Âge. Le deuxième jour, direction Biaufond où la cluse se resserre, avant de retrouver un peu d'espace à la Goule. Toujours, de part et d'autre, d'intriguantes falaises, franchissables côté français grâce aux échelles de la Mort. Où on n'a pas souvenir qu'il y ait eu d'accident! Une deuxième nuit au Theusseret, avant de descendre insensiblement jusqu'à Soubey. Les falaises desserrent alors leur étreinte, la vallée est moins sauvage et plus lumineuse. Après Soubey, le Doubs opère un grand virage, dans une nature moins sauvage, jusqu'à Saint-Usanne.

http://www.juratourisme.ch

- Septembre: trekking à chevalLe Jura, pays du cheval franches-montagnes, la dernière race d'origine suisse. Le cheval de loisir par excellence, célébré chaque deuxième dimanche d'août au Marché-Concours. La région offre mille possibilités de pratiquer l'équitation, sur les 220 kilomètres du Réseau équestre des Franches-Montagnes, ou dans les EMS de luxe pour vieux chevaux du Roselet et de la Maison Rouge.

L'Ecurie double C d'Adélaïde et Christophe Chapatte, à La Chaux-de-Breuleux, invite à l'aventure. Un trekking équestre de cinq jours à travers tous les paysages du haut-plateau, ses pâturages boisés et ses forêts escarpées. Cinq étapes d'une vingtaine de kilomètres, destinées aux cavaliers chevronnés, capables de tenir les trois allures. Première nuit sous des tipis au Creux-des-Biches, la deuxième à la belle étoile juste au-dessus du Doubs à Vautenaivre, la troisième dans l'une des plus petites communes de Suisse, Montfavergier (34 habitants), la dernière dans un bon hôtel, le Bellevue à Saulcy.

Christophe Chapatte, ecuriedouble.c@bluewin.ch

http://www.aref.ch

http://www.tipivillage.ch

http://www.juratourisme.ch

- La route des saveurs en octobreLes saveurs jurassiennes ont des icônes: tête de moine, damassine, gentiane, menu de Saint-Martin. A déguster goulûment. Le goût du Jura, c'est également ses atmosphères rurales. Comme chez Mina Schumacher, à Prêles. Une école de la ferme. Pour y percevoir comment on fait les produits du terroir. Pas seulement quelques confitures. Mais une «production intégrée appliquée rigoureusement, qui recherche la rentabilité économique et le respect de la nature». C'est le credo des Schumacher, qui invitent à aller se rendre compte sur place. Et à «goûter un brunch convivial en notre compagnie».

Considéré comme le parc de détente des Biennois, le massif de Chasseral se fait aussi un nom au travers de sa «route des goûts et des saveurs», avec 57 lieux gourmands à découvrir: fromageries, métairies, production de saucisses, de chocolat, de miel, de vin, d'élixir à base de baies sauvages, et d'alcool de gentiane.

Mina Schumacher, Prêles, 032 315 16 89

http://www.parcchasseral.ch

- Novembre: extraordinaire collection de vitrauxLe Jura est, sans s'en rendre compte, un musée d'art moderne. Phénomène artistique unique sur un territoire aussi petit, il concentre dans une soixantaine d'églises et de chapelles, parfois dans les campagnes les plus reculées, de nombreux vitraux réalisés par des artistes régionaux et de renom. Ainsi, Fernand Léger à Courfaivre, ou Alfred Manessier à Moutier, dont le vitrail est une frise qui déroule les mystères du rosaire. Coghuf, dont on a célébré en automne dernier le centenaire de la naissance, a laissé une trace à Mettembert, Soubey, Moutier et Lajoux, où ses huit vitraux de 2,60 m sur 1,10 m diffusent une lumière chamarrée, devant générer la méditation sur la Vierge Marie.

Autre phénomène artistique: la balade de Séprais, hameau d'une quinzaine de maisons agricoles, entre Bassecourt et les Rangiers. Depuis treize ans, à l'invitation de Liuba Kirova et Peter Furst, une quarantaine d'artistes suisses et européens ont chacun laissé, le long d'un chemin de 3 kilomètres, une sculpture originale, la plus emblématique étant le fougueux taureau de métal du Bulgare Tchapkanov. A deux pas de là, toujours à Séprais, Rita et Gérald Kiechler proposent un gîte enchanteur, dans les combles d'une vieille bâtisse agricole.

http://www.juratourisme.ch

http://www.balade-seprais.ch

http://www.projura.ch

- Décembre: entre raquettes et fondueUne grande journée de sport et de découverte, dans la «haute montagne» jurassienne. Au Raimeux, au-dessus de Moutier. Point de départ: l'auberge du Raimeux, à 1100 mètres. Si la neige la rend inaccessible, Laurent Oppliger assure le transport depuis la plaine. Il fournit les raquettes et propose un parcours selon les capacités des participants. Il emmène les bons sportifs au sommet de Raimeux à 1400 mètres, redescend à 600 mètres, emprunte des sentiers avec de nombreux obstacles naturels. «Dans le respect de la nature et du gibier», assure-t-il, laissant miroiter une possible rencontre avec des chamois, des sangliers ou des chevreuils. «Avec leurs traces assurément.» Au milieu de la sortie, feu en forêt et soupe chaude. Au retour au restaurant, fondue et raclette.

Autre activité originale à pratiquer sur la neige des Franches-Montagnes: l'immersion dans l'univers des chiens de traîneau, avec initiation à la conduite d'un attelage de huskys avec le musher.

Auberge du Raimeux, 032 499 94 85

http://www.sentiers-raquettes.com

http://www.les-cj.ch

Chiens de traîneau, Nordictrail 079 771 63 58

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