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Escape game, le jeu en expansion

En cinq ans, il a explosé en Suisse romande: il existe aujourd’hui plus de 75 salles dédiées à ce jeu d’évasion grandeur nature. Un succès qui oblige les concepteurs à imaginer sans cesse de nouvelles subtilités pour des joueurs toujours plus exigeants

Quarante. C’est le nombre d’escape games qu’a fait Mely, infirmière genevoise de 27 ans. Elle rit: «J’ai l’objectif d’en faire un maximum parce que j’adore ça, je suis un peu accro.» Le principe de ce jeu d’évasion: un groupe de participants est enfermé dans une pièce. Ils doivent résoudre des énigmes pour pouvoir «sortir» en un temps imparti. Une idée en or pour Mely: «Quoi de mieux que d’être enfermé avec une bande d’amis? C’est un travail d’équipe. Et j’aime débriefer autour d’un repas après le jeu.»

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Mely a fait ses débuts en décembre 2013 dans la première escape room romande, qui était éphémère. Ses créateurs: Gus&Co, des organisateurs d’événements ludiques. Depuis, une quarantaine d’entreprises se sont ouvertes, certaines possédant plusieurs espaces. Au total: plus de 75 salles en Suisse romande. Mais le concept ne vient pas d’ici, il a vu le jour au Japon, inspiré de la culture du jeu vidéo et a conquis les cinq continents.

Un concept très ancien et universel

Un succès international qui semble logique à Vincenzo Susca, maître de conférences en sociologie à l’Université Paul-Valéry à Montpellier et auteur de Récréation, un livre sur l’imaginaire: «Le concept est très ancien et universel: trouver des solutions pour sortir d’un jeu, c’est classique.» Mais les possibilités infinies de décors expliquent la popularité du jeu: «Chaque escape room peut représenter un univers particulier, susceptible de plaire à des clients différents.» Gus, de Gus&Co évoque d’autres raisons: «Dans une escape room, on lève le nez de son écran, on déconnecte pour vivre quelque chose ensemble et sortir du quotidien.»

Au fond du lac Léman, dans l’antre du Père Noël ou en Egypte antique, les univers des escape rooms sont faits pour surprendre. Mais comme l’offre a explosé, il est plus difficile de se distinguer: «J’aime quand le concept est inédit, qu’on ne le retrouve pas ailleurs», confie Mely. David, cogérant de la société Lost n’scape à Genève, sait qu’il est important de rester compétitif: «Aujourd’hui, les joueurs recherchent une version 2.0. Au début, il s’agissait surtout de cadenas à ouvrir et d’énigmes à résoudre. Maintenant il faut inclure des mécanismes, de la technologie, de l’électronique.» L’entreprise s’est donc aidée de deux ingénieurs parisiens pour assurer la qualité du jeu.

Le jeu comme laboratoire

La mission proposée par Lost n’scape: se mettre dans la peau d’experts-cambrioleurs pour aider un bandit à voler un tableau dans un musée. Trois amis, joueurs passionnés d’escape games, ont créé cette société en juin dernier parallèlement à leur occupation professionnelle. Et pour innover, ils ont une idée: ouvrir d’autres salles, toutes liées par une grande et même histoire. La deuxième salle est prévue pour mai, la société prévoit d’en créer six au total.

Le concept se renouvelle donc sans cesse et s’étend: escape room en réalité virtuelle, Escape Game Pass qui rassemble 14 escape games différents en Suisse romande, championnat suisse d’escape game ou encore un jeu de carte, Unlock!, inspiré du concept. «Le jeu va évoluer par rapport aux compétences du public», juge Vincenzo Susca. Mais son analyse va plus loin: «Un jeu est un laboratoire, il raconte notre manière de nous débrouiller en société. On peut voir l’escape room comme un micromonde où l’on essaie de jouer avec les contraintes qui nous sont imposées, comme dans la vie.» Du jeu à la réalité, il n’y a qu’un pas.

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