Né sous le signe du cow-boy. Et ascendant métrosexuel. Voilà comment se présente l'homme du printemps-été 2004, si l'on se fie aux grandes marques qui ont défilé, ces quinze derniers jours, à Milan et à Paris.

Le cow-boy – ou son jumeau le motard, ou encore le marin, son frère en explorations azimutées, voire même le cadre supérieur, ce prédateur en costume croisé – on voit à peu près quel genre d'oiseau archétypal il est. Mais un métrosexuel, qu'est-ce que c'est?

Un mot relativement neuf qui qualifie une catégorie de consommateurs à peine plus vieux. Et un genre de garçons toujours plus présent sur les podiums de Milan et Paris.

Depuis que le New York Times leur a consacré un article définitif, les métrosexuels sont sortis du placard. Chez les publicitaires, le mot désigne cette catégorie de (jeunes) hommes qui, au moment de leur adolescence, ont commencé à dépenser leur argent de poche en gels capillaires et en baskets qui tuent. Désormais accessoirisés d'une carte de crédit plaqué or, les métrosexuels débarquent sur un marché jusqu'ici plutôt prisé des gays. Car, même si les crèmes antirides, les mocassins Bottega Veneta et le yoga n'ont pas de secret pour eux, les métrosexuels sont hétéros à l'instar de leur capitaine, le footballeur Beckham.

Ne haussez pas deux épaules incrédules, les métrosexuels existent. Assez en tout cas pour qu'une maison aussi sérieuse qu'Euro RSCG se soit penchée sur leurs us manucurés. Un début de preuve? Le succès du parfum Le Mâle de Jean Paul Gaultier. Visant au départ le marché des hommes à hommes, ce jus est désormais numéro un en Europe. Cette surprenante réussite a incité le créateur français à dévoiler, la semaine passée à Paris, la première ligne cosmétique grand public destinée aux hommes. Ces produits super-malins, ombre à paupières ou rehausseur d'éclat seront lancés cet automne. Comme ils cherchent plus à donner bonne mine qu'à transformer Monsieur Tout-le-monde en drag-queen, ils devraient toucher, petit à petit, un public élargi et mixte.

Qui dit cow-boys, motards, militaires en phase de démobilisation ou même métrosexuels, dit évidemment repli sur des valeurs rassurantes censées conjurer le marasme économique actuel. Ce retour à une virilité mesurée a dominé les collections milanaises et surtout parisiennes, malgré une triflopée de pantalons très larges, harnachés de sangles pour parachutistes, ou munis d'une taille basse, tellement redescendue par de petites ceintures fines (Dolce & Gabana) que le WWF finira par s'émouvoir de la disparition des fesses masculines.

Chez Vuitton, par exemple, Marc Jacobs abandonne ses bohémiens fortunés pour réveiller des années 80 (brushing entre «American Psycho» et George Michael) peuplées de magnifiques costumes gris à double boutonnage, de pastels subtils et de mini-shorts tennis blanc. Avec moins de théâtre mais toujours plus de talent, Hermès fait pareil. Et merveille, grâce à une collection très colorée, traversée de mailles anis, orange ou rouges, de sandales velcro luxueuses, où les proportions parfaites accouchent de blousons de lézard mastic à se damner. Partout, de Paul Smith à Jil Sander en passant par Yves Saint Laurent, le blanc et la couleur dominent, les petites rayures et le seersucker aussi, insufflant un espoir de fraîcheur dans la canicule. Les matières à la hausse? Les cotons enduits aux sonorités craquantes, les trucs hyperallégés. Des hits? Le blouson de motard que Bally, au milieu d'une collection épatante, sculpte dans un mix de cuir et de Néoprène. Les touches métalliques d'un Helmut Lang (plaques de ceinture qu'on dirait sculptées dans du papier d'alu ou perfectos plus argentés que des miroirs), à porter sur des jeans recouverts de fines lanières horizontales déchirées. Sans oublier Tom Ford (Gucci) qui signe l'allure la plus médiatique de la saison: des vachers chics et frais, vestes un peu raides, chemises texanes à peine adoucies par un mix d'imprimés liberty fleuri, chapeau de cow-boy immaculé.

Pour une fois, Hedi Slimane (Dior) n'est pas le super-héros de tous les shows, malgré un parterre people maximal venu entrevoir, entre grand-messe et rite noir, ces silhouettes cintrées désormais classiques, mais inaugurant des broderies de jais, des sautoirs de perles, des pantalons enduits de noir ou de courtes vestes pointues dans le dos et volées à l'enfer. Alors que Yamamoto a fait circuler, dans un envol de soutanes sensuelles, des hommes en jupe, en noir et en vestes-corsets capables de tirer Pina Bausch et Bartabas, assis ensemble au premier rang, de leur mélancolie.

Pour d'autres oasis intellectuelles, il faut aller voir du côté de Martin Margiela ou Hussein Chalayan. Le premier zoome cette fois sur le carreau. Ses impers, il les découpe et les recoud dans de vieux habits pour obtenir, au bout de l'histoire, un vêtement parfait et pourtant constitué de trois habits différents. Partout, la justesse des coupes impose le silence à la cacophonie des carreaux hétérogènes. Quant à Chalayan, il joue lui aussi les superpositions textiles et les strates temporelles. Des cols en trompe-l'œil ou des jeux d'ajouts laissent croire que le vêtement est double. De loin, l'imprimé de saison fleure le motif hawaïen, alors que de près, c'est toute l'histoire de Chypre (l'île natale du créateur) qui est narrée.

Les vrais héros? Il faut aller les chercher chez Prada, encore une fois. Ils ne sont vêtus que de cardigans irisés, d'une chemise grise et d'un pantalon simple à peine désassorti. Un défilé qui s'empare du vestiaire classique masculin, si souvent cité, pour le turbopropulseur dans un futur silencieux. Une vision dépassant, d'une tête décoiffée, cow-boys barbus et métrosexuels chevelus. Des silhouettes belles comme une aube beige léchant un store de métal gris.