Mohammed soulève le carton qu'il a installé contre un parapet, en bordure d'une route marocaine: «c'est ici que je dors», indique le jeune homme à la caméra. Il y a deux ans, Mohammed vivait en France, un pays où il a passé la plus grande partie de sa vie. Et puis il a été condamné pour vols, a purgé sa peine de prison avant d'être finalement expulsé au Maroc. Une terre natale où il n'a pas de famille, lui qui ne sait ni lire, ni écrire l'arabe. Dans le cadre du Festival médias nord-sud, l'avocat français Arno Klarsfeld était présent jeudi à Genève pour présenter un documentaire coréalisé avec Christian Poveda. Les Bannis l'histoire de ces hommes qui subissent une «double peine»: emprisonnés après avoir commis un délit, ils se voient bannis de leur pays d'adoption, sur décision judiciaire ou administrative. «Les politiciens justifient ces expulsions en disant que ces gens ont perpétré des crimes, qu'ils menacent l'ordre public, alors qu'il s'agit souvent de petits délits, explique Arno Klarsfeld. En fait, il s'agit surtout d'une manière de se débarrasser des immigrants en utilisant un argument électoral.» Même son de cloche auprès de Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). «En Suisse, de telles expulsions sont très fréquentes.» Pour Boël Sambuc, cette mesure est très choquante dans ses répercussions collectives: «souvent, ces hommes ont de la famille en Suisse, certains sont même mariés à une Suissesse. C'est une souffrance inimaginable pour les proches qui se voient séparés de force.» A ces critiques, Sylvie Favre, avocate à La Chaux-de Fonds en ajoute une autre. Confrontée à plusieurs reprises à de tels cas, elle constate que la décision de renvoi de l'administration – qui se base sur des faits antérieurs au moment où l'expulsion est prononcée – ne tient pas compte des possibles changements de la personne. Comme le note Boël Sambuc: «Les étrangers doivent se comporter comme des citoyens modèles, mais on leur donne moins de droits.»

Sept films ont été récompensés au Festival Nord-Sud. Le Prix international de télévision de Genève pour Man and beast – and the market forces de Lena Pettersson, le Prix international des indépendants à Since the company came de Russel Hawkins.