Cela fera vendredi onze semaines que les joueurs de l'Euro Millions sont tenus en haleine. Personne ne remporte le gros lot. Son montant a enflé jusqu'à 285 millions, un chiffre si gros qu'il en devient irréel. Et s'il n'est pas attribué vendredi? Il y aura un gagnant au prochain tirage, le 10 février. C'est absolument certain car les organisateurs viennent de changer le règlement à cet effet.

Désormais, et selon une décision prise en été 2005 déjà, si le jackpot ne tombe pas après douze semaines de tirages, il est automatiquement attribué au prochain rang de gagnants. Traduction pour les nuls de l'Euro Millions: pour gagner le gros lot il faut avoir coché les cinq bons chiffres (sur cinquante) et deux étoiles (sur neuf). C'est le premier rang de gagnant(s).

Si personne n'a choisi la bonne combinaison, le ou les gagnants du gros lot seront choisis dans le deuxième rang, soit cinq numéros et une étoile. Toujours pas de chanceux? Ce sera au tour des joueurs du troisième rang, cinq numéros. Puis on passe à quatre numéros et deux étoiles et ainsi de suite jusqu'au douzième et dernier rang si nécessaire.

Pourquoi avoir instauré cette limite? «Parce qu'il faut que le jackpot tombe pour que le jeu continue. Sinon les gens pensent qu'ils ne gagneront jamais et se lassent», explique José Bessard, directeur de la communication de la Loterie romande. C'est cette instance qui s'occupe de l'Euro Millions en Suisse romande.

Il faut aussi que les sommes restent dans la limite de l'envisageable. Un jackpot s'articulant en milliards, ce ne serait pas très sain, estiment avec sagesse les organisateurs.

En fait, plus le montant du gros lot augmente, plus les non-joueurs participent. 100 millions de gain, c'est le seuil qui pousse même les non-joueurs à participer. Là les plus zen craquent et remplissent leur grille comme tous les joueurs réguliers (soit un Suisse sur deux).

Il y a aussi ceux qui veulent mettre toutes les chances de leur côté. Un joueur a ainsi demandé à la Loterie romande s'il était autorisé à jouer toutes les combinaisons possibles. «C'est une option, s'amuse José Bessard. Il lui faudrait remplir 76 millions de grilles, en garder tous les coupons. A 3,20 francs la grille, cela fait 243 millions de francs. Il suffit qu'un autre gagne avec lui et ce joueur aura perdu 140 millions.»

Un gain potentiel chiffré en centaines de millions: de quoi perdre le sens du calcul? «Question de proportion. Neuf pays jouent, soit environ 150 millions de personnes. Aux Etats-Unis, le Super Ball, qui réunit plusieurs Etats, a déjà connu un gain de plus de 400 millions de dollars. Ici, la nouveauté crée un effet de surprise: ce jeu n'existe que depuis deux ans en Europe, et un an et demi en Suisse.»

Cette «jeunesse» explique aussi que les organisateurs ont dû recadrer les règles de l'Euro Millions. Chaque jeu a son rythme de vie et ses avantages, remarquent les spécialistes. Il faut que les loteries soient attrayantes en raison de leurs gains et de la régularité avec laquelle ils tombent. Il y a deux ans, Swiss Lotto avait ainsi perdu de son charme: le gros lot tombait trop souvent, et donc les sommes en jeu restaient trop basses. Le problème inverse de l'Euro Millions en quelque sorte. «Les Suisses sont tellement consciencieux qu'ils jouaient selon des systèmes, par ordinateur souvent, de façon à remplir le plus grand nombre de combinaisons, explique José Bessard. Si bien qu'ils trouvaient souvent les bons chiffres. Nous avons augmenté le prix des grilles pour limiter les essais et tout est rentré dans l'ordre.»