Au début de chaque semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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Janvier, c’est, pour beaucoup, le début d’une nouvelle ère. Pour les étudiants, c’est la fin d’un cycle qui mène aux examens universitaires. Et qui dit examens, dit gros travail de mémorisation. Médecin et pianiste, Michèle Temam dévoile sa méthode dans Savoir par cœur sans apprendre par cœur (Ed. Odile Jacob). Son mantra? Une première lecture globale et légère pour lancer la machine, des approches tissées et critiques ensuite pour comprendre les contenus et, enfin, l’élaboration de «tickets de bus» ou autres «arbres à chunks» pour parfaire l’appropriation. Facile d’accès, l’ouvrage de la neurologue et radiologue montre à quel point la mémoire est un muscle qu’on peut entraîner.

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Petit rappel. Nous avons trois mémoires, dont deux sont vraiment nos alliées. La première, sensorielle, s’évapore en quelques secondes. C’est la trace d’un courant d’air, le son d’une voiture qui passe. La deuxième, la mémoire à court terme ou mémoire de travail, dure quelques minutes. C’est elle qui nous permet de noter un numéro de téléphone ou qui permet au serveur de prendre une commande. 

Le plaisir, un allié

Enfin, il y a la troisième mémoire, à long terme, sans laquelle nous serions des vers de terre. Elle se partage en deux catégories. La mémoire implicite ou procédurale inscrit des actions automatiques dans notre cortex, comme faire du vélo, conduire une voiture. Tandis que la mémoire explicite retient des connaissances générales comme «Paris est la capitale de la France» ou «2 et 2 font 4» (mémoire sémantique) ainsi que nos souvenirs de vie (mémoire autobiographique ou épisodique).

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Pour parvenir à répondre à ses QCM ou proposer une dissertation digne de ce nom, l’étudiant doit combiner mémoire de travail et mémoire à long terme. Et, comme le siège de la mémoire, l’hippocampe, se situe dans le système limbique du cortex qui régit aussi les émotions, si l’élève peut associer le plaisir au processus, il sera encore plus performant. Au point que, finit par statuer Michèle Temam, avoir une bonne mémoire revient plus à développer «l’épicurisme de l’apprentissage» qu’un intérêt constant pour les contenus, qui sont parfois rébarbatifs.

Le trio magique

Reste LA question: comment fixer pour un temps certain des notions dont on n’a pas besoin au quotidien? Pour maîtriser le trio magique «encodage, stockage et restitution», Michèle Temam propose une méthode en quatre temps. Tout d’abord, et c’est la part la plus insolite, l’étudiant doit lire son cours de A à Z une première fois, sans chercher à comprendre ou à retenir quoi que ce soit. Cette traversée sans pression a une fonction de débroussaillage et permet de débloquer la procrastination.

Ensuite, la neurologue conseille de relire le cours lentement, mais toujours sans tension, de sorte que la compréhension se déroule par immersion, comme lorsqu’on regarde plusieurs fois le même film et qu’on en distingue de mieux en mieux les enjeux.

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Dans un troisième temps, «le cours est attaqué par tous les angles». La spécialiste préconise de travailler sur des supports papier, car il s’agit de «comparer, fractionner, analyser, décomposer». «Mettez en évidence des éléments essentiels, façonnez le polycopié à votre image, coloriez-le, plantez des panneaux de signalisation!» Une phase qui peut s’accompagner d’une mise en réseau. Ouvrir plusieurs ouvrages sur la table et tisser des liens avec des éléments d’autres matières permet aussi de fixer les contenus. Dans cette phase, Michèle Temam invite encore à faire des QCM, livre ouvert, pour se familiariser avec ce procédé d’évaluation.

Tickets de bus…

La quatrième phase de mémorisation est consacrée aux outils de synthétisation. Et là, l’auteure sort le grand jeu! Il y a, bien sûr, les classiques fiches de résumé qui favorisent l’assimilation des connaissances au fil de leur rédaction. Mais, attention, prévient la neurologue, une fiche rédigée au dernier moment amène de la confusion, car son contenu se superpose au polycopié déjà enregistré, il faut donc anticiper.

En complément aux fiches, Michèle Temam propose et préfère la technique du «ticket de bus». Soit un schéma bref restituant le chemin personnel qu’a pris l’étudiant pour comprendre le cours. Il peut inclure des sigles, des couleurs, des formules et, souligne la spécialiste, «plus il a été difficile à élaborer, mieux on le retient». C’est cet outil qu’utilisent les étudiants qui résument leur thèse en 180 secondes, car il est «ludique et créatif».

… et pyramide inversée

D’autres techniques? L’arbre à chunks, basé sur la loi cognitive selon laquelle «l’esprit humain ne peut retenir que quatre informations en même temps». Il s’agit de classer une masse d’éléments par groupes de quatre au maximum et de leur assigner à chacun un chef de file ou chunk. La classification doit être logique et peut se ramifier à volonté.

Parmi les outils de cet ouvrage figure aussi la pyramide inversée. Qui consiste à repérer les éléments les plus simples du cours pour construire un socle solide sur lequel l’étudiant ajoute des éléments de plus en plus complexes par couches progressives. Une dernière technique de synthétisation? Enseigner à ses collègues ou à ses parents le contenu de sa révision permet de vérifier la bonne compréhension et la mémorisation de ses éléments clés.

Non au multitâche

De manière générale, Michèle Temam s’oppose au multitâche. Plus le téléphone portable est loin de l’étudiant, mieux le cours rentrera dans sa tête. Logique. Mais aussi, et moins attendu, étudier un seul cours à la fois est plus efficace que réviser plusieurs branches en parallèle. C’est qu’en menant une tâche de manière continue, l’esprit entre dans une sorte d’état hypnotique – ou prise de pouvoir de l’hémisphère droit, celui de l’attention – qui permet une mémorisation en profondeur.

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Enfin, l’étudiant n’a rien à craindre du stress de l’examen, dit la médecin. L’élève peut facilement composer avec une insomnie à la veille de l’épreuve grâce aux décharges naturelles d’amphétamines pendant l’évaluation et, surtout, prendre des calmants est une très mauvaise idée, car «le stress participe au phénomène de récupération» des notions apprises. Par contre, le sommeil doit être bichonné en période de révision. A l’instar d’une bonne hygiène de vie (nourriture équilibrée, pas d’alcool), il joue un rôle prépondérant dans la consolidation des acquis.