Ce lundi 5 octobre, Le Temps publiait une enquête au sujet du harcèlement sexuel de policières vaudoises et genevoises par leurs collègues, révélant notamment que deux enquêtes administratives sont en cours au sein du corps de police lausannois. Réagissant à cet article, la députée socialiste Carine Carvalho a déposé ce soir une interpellation à ce sujet au Grand Conseil, tandis que Muriel Chenaux Mesnier, vice-cheffe du groupe PS lausannois, et Xavier Company, co-président des Vert-e-s lausannois-es, ont fait de même au Conseil communal.

Les textes de Carine Carvalho et Muriel Chenaux Mesnier comportent une introduction identique, pointant l’urgence de porter des «actions concrètes» pour changer «le tableau grotesque» que les corps de police donnent à voir à travers les témoignages recueillis, portant possiblement atteinte à la confiance des citoyen-nes en leurs autorités. Les Vert-e-s parlent d'une «situation inacceptable» et soulignent le caractère «inquiétant» de l'apparente normalité des comportements abusifs.

Etat des lieux de la prévention et de la sensibilisation

«Le harcèlement sexuel décrit dans ces témoignages est condamné par la loi sur l’égalité (LEg), et dans certains cas par le Code pénal. Il est donc légitime de se poser un certain nombre de questions sur ce qui est mis en œuvre au sein des corps de police pour le prévenir», explique Carine Carvalho pour justifier sa démarche.

Le texte adressé au Conseil d’Etat requiert un état des lieux de la prévention contre le harcèlement sexuel au sein de la police cantonale vaudoise, mais aussi de la sensibilisation des cadres à leur devoir de protection. Elle demande, par ailleurs, s’il existe une corrélation entre le taux de rotation des policières et le nombre de plaintes pour harcèlement déposées entre 2018 et 2019, et si des mesures ont été prises pour le cas où des aspirantes policières seraient importunées – via des messages sur WhatsApp ou autres réseaux sociaux – par leurs futurs collègues avant d’entrer en poste. «Cela arriverait avant même de faire connaissance avec ses collègues. Cette perméabilité est sournoise et on parle peu de la nocivité de ces échanges virtuels», ajoute la députée.

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Par ailleurs, Carine Carvalho avait déjà déposé, le 30 juin dernier, un postulat intitulé «Pour une police qui reflète la diversité de la population vaudoise et actrice dans la lutte contre les discriminations» invitant le Conseil d’Etat à réaliser un état des lieux de la diversité au sein de la police cantonale, des polices communales et interrégionales.

Savatan sous la loupe

De son côté, le groupe socialiste du Conseil communal lausannois adresse à la municipalité une interpellation contenant des interrogations relatives à la formation des aspirant-es policier-ères à l’Académie de police de Savatan. «Etant donné l’interpellation au niveau cantonal, nous avons décidé de nous concentrer sur l’axe de la formation, sachant que Savatan est déjà contesté sur d’autres plans et que j’ai moi-même eu écho de certains dysfonctionnements […] C’est frappant de constater que ce milieu a de la peine à évoluer, alors que d’autres corps de métier réputés masculins ont fait du chemin», commente Muriel Chenaux Mesnier.

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Il s’agit donc pour les initiants de savoir si une prévention en matière de harcèlement sexuel a lieu durant l’enseignement, et qui est responsable de la protection de la personnalité des aspirant-es sur place. Aux questions du Temps, le porte-parole du Département vaudois de l’environnement et de la sécurité (DES), Marco Danesi, avait répondu qu’«aucun acte, aucune parole à caractère sexiste» n’était toléré au sein de l’académie «de la part de ses cadres, instructeurs, formateurs comme de ses aspirant.e.s».

Enfin, le texte des Vert-e-s lausannois-es pose également la question des mesures préventives mais au sein de la Police municipale, et demande si un audit interne sera effectué dans le corps lausannois suite aux enquêtes administratives en cours.