La nouvelle est passée presque inaperçue. L'ancien Beatle George Harrison, décédé jeudi dernier d'un cancer du cerveau, a été incinéré dans un cercueil en carton quelques heures après sa mort. Barbara Cartland, la reine du roman rose décédée l'année dernière, avait elle aussi souhaité être enterrée dans une bière en carton, afin de préserver arbres et environnement. Caprices de stars ou nouvelle vague écologiste? Le cercueil en carton rencontre un certain succès dans des pays comme la Grande-Bretagne ou l'Amérique latine, précisément pour des raisons écologiques. En Suisse, cet argument n'est pas très porteur. La «bière verte» peine à obtenir la reconnaissance des professionnels des pompes funèbres et à s'attirer les faveurs du public, alors même qu'il existe une entreprise spécialisée dans la vente de ce produit funéraire à Orbe, dans le canton de Vaud.

Gérald Pidoux, directeur de la société Acropole Service, vend des cercueils en carton depuis cinq ans, qu'il appelle «peacebox». Composé à environ 80% de papier recyclé, le peacebox pèse 11 kilos (contre 33 pour un cercueil en bois) et supporte 200 kilos. Acropole Service détient le brevet mondial de l'unique cercueil pliable et en une seule pièce. Gérald Pidoux écoule environ 1500 pièces par année en Suisse, principalement dans des communes intéressées par son produit. La commune de Kreuzlingen, dans le canton de Thurgovie, ne jure ainsi plus que par les «peacebox». D'autres communes, en Suisse centrale, dans les Grisons et au Tessin travaillent avec Acropole Service. «Le marché suisse est assez mitigé, convient Gérald Pidoux. 1500 pièces vendues pour 65 000 décès par année, c'est peu. Mais je vends des milliers de cercueils en Amérique latine, et je suis en pourparlers avec la Chine où nous envisageons de construire deux usines capables de produire 1500 pièces à l'heure sept jours sur sept.»

Les arguments de vente de ce type de cercueil? Le prix et l'écologie. «Un peacebox coûte environ 30% de moins qu'un cercueil traditionnel, explique Gérald Pidoux. En ce qui concerne l'aspect écologique, il faut savoir que 100 km2 de bois sont coupés chaque jour dans le monde uniquement pour confectionner des cercueils. En Amérique latine, où le déboisement est avancé, ça pose un problème. Un pays comme la Chine a par exemple totalement interdit l'usage des bières en bois. Ensuite, la combustion des peacebox dégage beaucoup moins d'émissions nocives, de l'ordre de 80%.»

Les entreprises de pompes funèbres ne se montrent pas réceptives à ce genre d'arguments. Le service des Pompes funèbres de la Ville de Genève ne recommande ainsi pas les peacebox pour l'incinération. «Nous avons fait des essais d'incinération de cercueils en carton il y a quelques années, explique Jean-Claude Schaulin, chef du service. Ils sont un mauvais combustible, et engendrent de ce fait une perte calorifique dans les fours. De plus, ils génèrent plus de résidus et de poussière que le bois. Ils ne sont donc pas du tout appropriés à l'incinération.» D'autres spécialistes du funéraire assurent que les peacebox ne sont pas aussi écologiques qu'on pourrait le penser: «Ces cercueils sont étanches, il faut donc beaucoup de colle et de plastique pour les confectionner», explique l'un d'eux. De plus, nombre de cercueils fabriqués en Suisse ne portent pas atteinte aux forêts. Aux Pompes funèbres de la Ville de Lausanne, qui a décidé de ne pas proposer ce produit, on affirme ainsi que la plus grande partie du bois utilisé pour fabriquer les cercueils traditionnels provient de coupes effectuées dans le cadre des mesures d'entretien des forêts.

Jean-Claude Schaulin invoque aussi le manque d'intérêt du public pour expliquer l'insuccès du peacebox. «De tels cercueils ont été exposés il y a quelques années au crématoire de la Ville et montrés dans un catalogue, mais ils n'attiraient pas les gens.» De son côté, Gérald Pidoux avance la résistance des entreprises de pompes funèbres: «Les peacebox sont moins chers et offrent donc moins de marge.» Il se dit pourtant persuadé qu'une majorité de familles se montrent favorables aux peacebox, ce que refusent de croire les entreprises de pompes funèbres. Selon Guilhem Bedoian, des Pompes funèbres générales à Genève, «les familles ne veulent pas de ces peacebox. C'est une question d'éthique». «Les Suisses n'ont pas envie de mettre leur mère dans un carton à chaussures, lance Jean Murith des pompes funèbres du même nom à Genève. Ces cercueils sont épouvantables, je n'en vendrai jamais. Ce n'est pas une question d'argent, mais de respect pour les défunts. Lors d'un enterrement, les familles sont très attachées aux détails. Imaginez que quelqu'un se recueille dans une chapelle avec les yeux rivés sur la tranche ondulée du carton!»

Certains peacebox ne se distinguent pourtant presque plus de leurs confrères de bois, tant l'imitation est réussie. C'est sans doute le terme «carton» qui bloque de potentiels acheteurs. Gérald Pidoux préfère quant à lui l'expression «cercueil écologique».