Société

Face à nos vies bourrées à craquer, le boom des agendas familiaux

Rendez-vous divers, activités des enfants, tours de vaisselle, anniversaires… les calendriers familiaux aident à ne rien oublier. Ils se multiplient, sous les formes les plus diverses

Lundi: sac de piscine pour la petite. Mardi: voile pour la grande. Mercredi: atelier au musée. Jeudi: alto pour la grande, chaussures de rythmique pour la petite. Un vendredi sur trois: piscine pour la grande. 27 septembre: réunion à l’école. 29 septembre: souper avec Cathy et Vincent. 2 octobre: ORL. 4 octobre: anniversaire de tante Luce. Racheter des flocons d’avoine. Envoyer le planning du mois prochain à la baby-sitter. Appeler maman. Aller au cinéma?

En dehors des heures de bureau, la vie de nombreux parents ressemble à cela, et leur cerveau à une caisse enregistreuse. Impression que le débordement est proche, peur d’oublier quelque chose. Les éditeurs, généreux en tuyaux, volent à leur secours; les «agendas familiaux» et autres «organiseurs» n’ont jamais été aussi nombreux qu’en cette rentrée.

Des goûts et des couleurs

Il en existe de toutes sortes, des pockets et des gigantesques, des cahiers ou des muraux, des avec autocollants (Saint-Valentin, vétérinaire, interro à l’école…), feutre effaçable et magnets pour être fixés sur le frigidaire. Beaucoup affichent les fruits et légumes de saison, certains ajoutent des idées de recettes ou d’activités. Des espaces sont prévus pour noter les menus de la semaine, la liste des courses, les prochaines vacances ou encore les numéros de téléphone indispensables. Il y en a même un qui ressemble à un tableau Excel, avec les horaires en ligne et les membres de la famille en colonne.

«On en comptait deux ou trois modèles seulement il y a trois ans. Ils sont devenus un vrai rendez-vous de la rentrée, constate Bénédicte Kuchcinski, gérante de la librairie Payot de Lausanne. Ces agendas s’inscrivent dans la lignée du livre de listes et du bullet journal. On prend sa vie en main dans une société où tout s’accélère.» «On les personnalise tous ensemble, on les décore, ils marquent l’attachement à la cellule familiale et au papier à l’ère du numérique», ajoute une libraire.

Ces super-intendants du quotidien sont-ils les marqueurs d’individus soucieux de leur bien-être ou au contraire les signes d’une société malade de suractivité? Les deux, répond Moïra Mikolajczak, professeure en psychologie des émotions et de la santé à l’Université catholique de Louvain. «On demande aux parents d’être épanouis et en même temps de tout faire pour l’épanouissement de leurs enfants. Ces agendas symbolisent cet étau.»

Diminuer la charge mentale des mères

En 2017, cette docteure en psychologique a publié Le burn-out parental, l’éviter et s’en sortir avec Isabelle Roskam, chez Odile Jacob. Pour elle, les organiseurs familiaux sont à double tranchant. «Si l’idée générale est d’aider les parents à s’organiser et à établir des routines claires, c’est une bonne chose. Nos études ont en effet montré un lien clair entre une organisation solide et un moindre risque de burn-out. Bien choisi et bien utilisé, un tel calendrier diminue la charge mentale des mères. Je dis des mères car elles assument encore 70% des tâches. En revanche, si ces agendas encouragent les parents à ajouter des activités qu’ils n’auraient pas envisagées autrement, comme tester de nouvelles recettes ou aller à la piscine, ce peut être pernicieux. Tous ne sont pas égaux face à ces sollicitations: des activités avec cinq enfants ne représentent pas du tout la même chose qu’avec un seul, cuisiner est facile pour certains et compliqué pour d’autres…»

Pour diminuer la pression, Moïra Mikolajczak encourage les parents actuels à se souvenir qu’ils ont été élevés aux Buitoni ou laissés des après-midi entiers livrés à eux-mêmes. Lundi: acheter un agenda familial. Ou pas.

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