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Donald Trump et le gouverneur du New Jersey Chris Christie en Caroline du Nord, mars 2016. 
© Chuck Burton

Réseaux sociaux

Facebook accusé de censure politique aux Etats-Unis

Séisme au pays des algorithmes: les humains qui interviennent dans la sélection des articles d’actualité écarteraient allégrement les sites conservateurs, accuse le site Gizmodo. Démenti furieux de Facebook

C’est le site de nouvelles tech Gizmodo qui a sorti l’affaire: des employés de Facebook ont régulièrement supprimé des nouvelles qui pourraient intéresser des internautes conservateurs de la section «Trending» du réseau social, une section très populaire et très consultée aux Etats-Unis. Cette fonction, lancée en janvier 2014 en anglais et dans certains pays seulement, dont la Suisse ou la France ne font pas partie, s’affiche en haut à droite de la timeline des utilisateurs sur ordinateurs, et permet de savoir de quoi est composée la grande conversation des internautes. Elle est censée se fonder uniquement sur des données neutres et objectives – temps de lecture, nombre de vues, de commentaires, de partages – et l’équipe de curateurs devrait uniquement réécrire les titres et résumer les articles pour les rendre appétissants pour favoriser les clics vers les sites de presse. Mais ce que raconte l’ancien employé de Facebook, interrogé par Gizmodo, c’est que les contenus étaient censurés ou au contraire mis en valeur, selon les personnes qui étaient de service dans cette équipe de curateurs. Autrement dit, bienvenue à l’arbitraire et aux biais politiques.

«Cette nouvelle est glaçante, cent soixante-sept millions d’utilisateurs lisent ces histoires sélectionnées, a immédiatement hurlé le Parti conservateur, Facebook est en position d’influencer l’élection présidentielle, c’est plus que dérangeant que cette puissance soit utilisée pour taire des points de vue ou des nouvelles qui n’arrangent pas les affaires de certains. Facebook doit rendre des comptes» – et le Parti de l’éléphant de proposer une pétition pour réclamer la fin de cette «censure» cachée.

Une bande de jeunes libéraux aux manettes

La semaine dernière déjà, Gizmodo avait fait le portrait de ces curateurs de nouvelles, d’anciens étudiants des bonnes facs de l’Ivy League, jeunes, le cœur plutôt démocrate, avec une première expérience dans le journalisme, et qui avaient manifestement toute liberté pour choisir ce qu’ils souhaitaient inclure dans le module de Trending news. «Il n’y avait pas vraiment de critère pour décider ce qu’on prenait ou pas, ça dépendait du curateur», explique un de ces journalistes – tous ont réclamé l’anonymat, ayant signé des accords de confidentialité avec Facebook. La gorge profonde de Gizmodo, un des rares curateurs de sensibilité conservatrice, choqué par cette censure de fait, a donc décidé d’enregistrer les sujets repérés par l’algorithme de Facebook comme «trending» mais qui ont quand même été écartés de la sélection finale, pour en avoir le cœur net: parmi eux de nombreux sujets provenant de sites pro-républicains comme Breitbart ou Fox News. Leur popularité native ne suffisait pas, «il fallait qu’ils soient repris par des médias plus mainstream comme le New York Times ou la BBC pour être acceptés».

Gizmodo a enquêté, aucune pression particulière de la part du management de Facebook n’est à l’origine de ces censures, ce sont les curateurs qui prenaient d’eux-mêmes en charge la sélection des sujets, pas forcément conscients de leurs biais. Gizmodo n’a de même pas été capable de déterminer si des sujets «liberal» avaient aussi été écartés par les curateurs conservateurs.

Si des sujets «trending» ont disparu, d’autres ont été manuellement ajoutés, raconte toujours Gizmodo. La direction de Facebook a plusieurs fois demandé explicitement à ce que certains sujets qui n’apparaissaient pas via l’algorithme soient quand même inclus dans la box Trending: la disparition du vol MH370 des Malysia Airlines et les attaques à Charlie Hebdo ont ainsi été ajoutées d’autorité dans le module – un écho de la difficulté de Facebook à donner de l’information rapidement, contrairement à Twitter. «On hurlait sur nous si quelque chose était partout sur Twitter et pas sur Facebook» explique encore un curateur. Autre exemple d’inclusion manuelle: Facebook a reçu beaucoup de pressions parce que le mouvement #Blacklivesmatter ne faisait pas partie de sa box Trending, il a ensuite été rajouté volontairement – fait d’autant plus intéressant que le mouvement de défense des Noirs aux Etats-Unis est né sur Facebook…

Facebook, pas franchement un miroir du monde

Alors? Une bande de jeunes journalistes vaguement démocrates ont-ils fait la loi sur un fil d’actu pendant des mois? La font-ils encore? Facebook ne cachant pas son ambition de devenir le premier site de presse du monde, avec notamment ses Instant articles, et les internautes s’informant toujours plus sur Facebook, la firme ne pouvait pas ne pas réagir. Elle l’a fait lundi soir, dans un long message du responsable un peu emprunté de la cellule Trending Tom Stocky, et immédiatement «liké» par Mark Zuckerberg. Il y est écrit que Facebook ne censure rien, ne fait monter aucun sujet artificiellement, et met tout en œuvre pour respecter la neutralité et la cohérence de sa politique éditoriale.

Il y avait urgence, car les enjeux sont immenses pour le réseau. Sur le plan politique, Facebook ne peut pas s’aliéner les républicains en paraissant biaisé – Mark Zuckerberg vient d’ailleurs de confirmer qu’il sponsoriserait bien leur Convention en juillet, malgré d’anciens propos critiques contre Donald Trump (il sponsorise aussi la Convention démocrate). A moyen terme surtout, Facebook ne peut pas prendre le risque de perdre la confiance de ses utilisateurs, son vrai fonds de commerce, d’autant que la fonction Trending va maintenant prendre en compte les vidéos «Live» du réseau, une future nouvelle poule aux œufs d’or.

Au-delà de Facebook enfin, les enjeux démocratiques sont évidemment immenses. L’écosystème fermé du réseau qui ne me propose que ce que j’ai envie de voir est déjà effrayant, si en plus il ne me propose de voir que ce que d’autres ont décidé pour moi…

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