Sur les réseaux

Facebook est-il toujours aussi social?

De réseau star pour les contenus personnalisés, l'empire de Mark Zuckerberg est en train de se transformer, petit à petit, en plateforme de partage d'information. Mais il faut relativiser: à chacun sa cuisine personnelle

La couleur de ses baskets, la varicelle de son bouledogue ou encore l’humeur massacrante de sa belle-mère: ce type de statuts «nombrilistes», vous l’aurez sans doute remarqué, se raréfie sur votre timeline Facebook. Selon une enquête récente du site The Information, les publications personnelles ont diminué de 21% entre 2014 et 2015. De moins en moins de contenus individuels et davantage de contenus sponsorisés par des marques, des célébrités ou encore des médias officiels, la tendance révèle un changement dans les habitudes des utilisateurs.

Mais pas seulement. De réseau social entre amis, Facebook se mue peu à peu en plateforme de partage, en portail d’informations. Un peu tôt toutefois pour sonner son déclin, comme l’annonce un récent article du blog Affordance. info, relayé par Rue89. Avec ses 1,6 milliard d’usagers, la popularité du géant bleu – tout comme sa santé financière demeurent, pour l’heure, intactes.

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L’évolution de Facebook s’explique par plusieurs facteurs. «Son rôle premier de lieu de retrouvailles entre amis et familles s’essouffle un peu au profit d’un lieu de diffusions médiatiques et de flâneries», estime la journaliste Catherine Mathys, de Radio-Canada. En cause: la multiplication des applications concurrentes telles que Snapchat ou Periscope, particulièrement prisées des jeunes. L’immédiateté et les petites anecdotes du quotidien s’épanchent désormais plus volontiers sur ces plateformes-là.

En cause également: le choix d’un fil d’actualité personnalisé, déterminé par un algorithme, au détriment d’un flux chronologique, disparu depuis plusieurs années déjà. En ouvrant sa page d’actualité, l’utilisateur se trouve ainsi confronté à des contenus variés émanant d’une compagnie aérienne, d’un magasin de meubles ou encore d’un quotidien local. Le tout filtré en fonction de ses intérêts.

Partenariats avec les médias

Dans ce flot de publications sponsorisées qui ont récolté un maximum de «like», celles de ses amis se retrouvent noyées, quand elles ne passent pas totalement inaperçues. Tant pis pour les statuts «Mon neveu a perdu sa première dent de lait» et autres «Je mange des fraises», vides de sens si personne ne les lit. Au niveau des médias, les partenariats signés entre Mark Zuckerberg et de grands journaux parmi lesquels le New York Times, le Guardian ou Libération ont contribué à accroître leur présence sur le réseau.

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Pour tenter de restaurer le lien intime entre les utilisateurs et son réseau, le fondateur de Facebook a mandaté une équipe responsable de «regagner les tranches de vie» que les internautes ne divulguent plus sur leur profil, selon les propos de Catherine Mathys. En automne dernier par exemple, Facebook a commencé à diffuser de sympathiques messages matinaux: «Merci d’être là, passez un bon moment sur Facebook aujourd’hui.» Il a également décidé de jouer la carte de la nostalgie en proposant aux usagers de commémorer des clichés ou des statuts postés plusieurs années auparavant.

Une prudence nouvelle

Pour Stéphane Koch, enseignant en communication et spécialiste des nouveaux médias, cette transformation du réseau doit cependant être relativisée: «Il est difficile d’établir un changement homogène dans les habitudes des internautes. Facebook est avant tout ce qu’on en fait. Certains continuent de socialiser et de se raconter sur le réseau, même si leurs publications sont peu visibles, d’autres l’utilisent comme plateforme de partage uniquement.»

Selon lui, les contenus informatifs ou sponsorisés prennent surtout le pas sur les publications personnelles des usagers passifs. Il est toutefois possible de paramétrer sa timeline «à sa sauce» pour rester en contact avec les personnes ou les sujets qui nous intéressent. Ce qui a véritablement changé, par contre, c’est la prudence des utilisateurs, qui ont compris que l’écran du monde virtuel n’est pas si éloigné de la réalité. «Les gens font davantage attention à ce qu’ils publient, dans l’optique d’une recherche d’emploi par exemple.»

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