Société

Facebook, ce n’est pas que des pixels: on peut y annoncer le décès d’un proche

L’avis mortuaire est un rituel qui fait partie du processus de deuil. Ces dernières années, les réseaux sociaux sont doucement entrés dans cette démarche très codée

Au commencement, il y a de cela une dizaine d’années, Facebook était utilisé pour reprendre contact avec des amis et pour partager les meilleurs moments de la vie. Avec le temps, la photo de vacances avec vue sur doigts de pieds en éventail est restée, le bon petit plat qui fait saliver tout le monde aussi. Au fil des ans, ce que l’on nomme réseau social a pleinement endossé son rôle, en servant également de canal pour diffuser les événements officiels. Les mariages, les naissances, et les décès. L’annonce la plus délicate étant, forcément, celle de la mort d’un proche.

«Tout ce qui et lié au deuil est bien réglé, pour cadrer ce côté irrationnel, cette perte, cette souffrance, ce sentiment d’injustice», explique Gianni Haver, professeur en sociologie de l’image à l’Université de Lausanne. S’habiller en noir (une tradition qui se perd), organiser une cérémonie, publier un avis de décès dans le journal régional, envoyer des cartes avec rebord noir… Tous ces moyens de communiquer une disparition étaient utilisés de manière cérémonielle. Facebook a «cassé un rite qui était bien établi» dans un domaine hyperaffectif où «toute nouveauté n’est pas immédiatement digérée». D’où l’hésitation, pour certains, à l’utiliser à ces fins.

Une question de générations

Pour Carole *, 33 ans, publier une annonce sur Facebook n’était pas une évidence lorsqu’elle a perdu son papa. Après réflexion et discussion avec sa maman, elle s’est décidée, pour deux raisons. «Cela faisait longtemps qu’il était malade, et les gens me demandaient souvent comment il allait. Je n’avais pas envie de devoir expliquer la situation à chaque fois. En plus, les gens de ma génération ne lisent pas les avis mortuaires dans les journaux.» Une décision qui lui a permis de communiquer la nouvelle, de partager sa tristesse, et de recevoir un soutien immédiat des amis proches.

Pour Gianni Haver, l’utilisation de Facebook – ce réseau social étant le seul à remplir ce rôle à ce jour, excepté Twitter pour les annonces de décès de célébrités – est des plus pragmatiques, la visibilité étant bien plus grande que celle des pages d’avis mortuaires dans la presse ou les sites d’hommages.

«Une pierre tombale de papier»

Mais l’annonce sur le réseau social ne remplace pas le côté symbolique d’une carte manuscrite, ni les hommages officiels publiés par l’entreprise ou le club de football de la personne disparue. «L’annonce dans un journal garde ce côté officiel. C’est d’ailleurs un outil important pour les historiens. Nous y trouvons des informations précieuses sur le parcours des gens. C’est comme une pierre tombale de papier.»

A différencier, toutefois, sur Facebook: l’annonce officielle – celle qui va fatalement apprendre la triste nouvelle au réseau d’amis – et la publication hommage qui servira plutôt à partager un sentiment, et n’aura pas la même fonction. Annoncer la mort de son animal de compagnie, avec une jolie photo et un mot pour lui souhaiter un bel envol au paradis des chats ou des chiens, ne répond pas tout à fait à la même logique. «Cela correspond plutôt à partager un événement de la vie. Ce n’est pas indispensable», souligne Gianni Haver.

L’exemple de Mix & Remix

Patrick *, qui a perdu sa compagne brutalement, n’a pas trouvé d’autre choix que d’utiliser le réseau pour diffuser la nouvelle. Une démarche qui n’allait pas de soi, mais qui était la meilleure solution. «Nous avions demandé de ne pas mettre de «like» ou de commentaires, ce que les gens ont respecté.»

On le sait pertinemment: ce que nous postons sur les réseaux sociaux nous échappe dans la seconde. Et suite à l’annonce d’un décès, il n’est pas rare de voir la page Facebook de la personne disparue se transformer en un flot d’hommages. La triste disparition de Mix & Remix, en décembre dernier, illustre ce fonctionnement, que le sociologue décrit comme «une manière métaphorique de déposer des fleurs sur sa page. Un réseau social, ce n’est pas que des pixels.»

* Prénoms d’emprunt.

Publicité