Certains habitués du tourisme capillaire s'en seront déjà aperçus, comme cette Genevoise qui, s'étant rendue chez son coiffeur habituel en France voisine, eut une mauvaise surprise en lisant le montant de la facture: «Le prix avait terriblement augmenté depuis la dernière fois: je ne vais plus y aller, c'est devenu plus cher qu'en Suisse!» Depuis cet automne, en effet, les prix français ne sont plus compétitifs. «Ils ont augmenté jusqu'à 8%», selon Pierre Martin, président délégué de la Fédération nationale de la coiffure française. Et même au-delà, selon les établissements. La faute à qui? A l'Europe, entre autres choses.

Récapitulons. En matière de TVA, la France faisait un peu figure d'exception: selon une tolérance administrative datant de 1923, le «service compris» de 15%, payé par le client, était exonéré de TVA. La mesure se justifiait à l'époque, dans un contexte social particulier, afin de garantir un revenu minimum à l'employé. Mais cette exception était en contradiction avec une directive européenne. La Cour de justice des Communautés européennes est entrée en matière, et a condamné la France en mars dernier à mettre fin à cette pratique. Une décision qui touche non seulement les coiffeurs, mais aussi les cafetiers restaurateurs. Depuis le 1er octobre, les professionnels de la coiffure sont donc assujettis à la TVA sur le montant total des prestations. Selon Pierre Martin, l'Etat devrait ainsi engranger environ 200 millions de FF de recettes fiscales supplémentaires. L'incidence de cette décision sur les prix? Environ 2% d'augmentation.

Une main-d'œuvre plus chère

Ce surcoût vient se rajouter à toute une série d'ajustements qui avaient déjà mis les figaros dans une posture délicate cet été. Soupçonnant la profession d'arrondir ses prix à la hausse par anticipation avant le passage à l'euro, la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes a ouvert une enquête. Elle a ainsi constaté ce qu'elle a appelé des «dérapages». Les coiffeurs français, qui n'ont guère apprécié d'être taxés d'«euro-tricheurs» ont des arguments à faire valoir. Selon Pierre Martin, ces hausses sont justifiées, pour plusieurs raisons. «Tout d'abord, il a fallu faire face à une revalorisation des salaires au 1er juillet dernier de 3% en moyenne, afin d'augmenter l'attractivité des métiers de la coiffure. Les salons ont également dû subir une hausse des prix des produits professionnels.» Arguant de l'accroissement des coûts des matières premières, notamment celui du pétrole (redescendu entre-temps), certains groupes en ont profité pour augmenter leur prix de 10% depuis le début de l'année. Les PME ont dû s'aligner. Seuls les gros distributeurs récalcitrants, comme les magasins Leclerc, ont pu se permettre de faire de la résistance en retirant certaines marques, celles du groupe L'Oréal en l'occurrence, de leurs rayons.

Selon les estimations de la Fédération nationale de la coiffure française, l'ensemble de ces surcoûts équivaut à plus de 10% du chiffre d'affaires d'une entreprise.

Ceux qui devraient profiter de cette situation, ce sont les coiffeurs suisses. Nous nous sommes livrés à une comparaison des deux côtés de la frontière. Pour ce faire, nous avons choisi des prestations et des établissements semblables: des magasins franchisés Jacques Dessange. La comparaison bouscule les idées reçues sur la cherté des services en Suisse et réserve quelques surprises étonnantes.

Prenons par exemple le cas d'une femme aux cheveux courts: selon qu'elle se rend à Sion (VS), à Ferney-Voltaire (F), ou à Genève, elle pourra payer le forfait shampooing-coupe-brushing entre 65 fr. et 105 fr.! Mais la palme du meilleur rapport qualité/prix revient au salon Jacques Dessange de Sion, qui vient d'ouvrir: 65 fr. le forfait en action pendant tout le mois de décembre, soit environ 20% de moins qu'en France voisine! Une manière d'encourager les vacanciers à faire une petite halte sur la route qui mène en station.

Avec les passages à l'euro et aux 35 heures dès janvier 2002, qui entraîneront des coûts supplémentaires, on peut s'attendre à de nouveaux réajustements des prix, à la hausse, dans l'Hexagone.

A ce tarif-là, par un curieux inversement des flux, ce sera bientôt au tour des Françaises de passer la frontière pour venir se faire couper les cheveux, pour moins cher, en Suisse.