Psychologie

Faire la cuisine peut aussi être une thérapie

A Paris, des ateliers proposent d’apprendre à mieux se comprendre et à lâcher prise. En Suisse aussi, l’ex-animatrice de télévision et nutritionniste Anita Lalubie mêle lors de consultations l’art d’apprêter les aliments et le développement personnel

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

Exprimer sa colère à l’égard de son père avec des endives farcies. Prendre conscience de la façon dont on voit son couple en cuisinant des prunes. Ces drôles de moments, Emmanuelle Turquet, fondatrice de Cuisine Thérapie, les a vécus avec des participants à ses ateliers. C’est en 2015 que cette ex-commerciale formée notamment à l’art-thérapie a créé les workshops «Papilles créatives»: «On a tous vu quelqu’un faire la cuisine, c’est un médiateur puissant et qui n’est pas intimidant.»

Peu importe le résultat

Pour prendre part à ces ateliers, pas besoin de recette ni de compétences culinaires. Comme en art-thérapie, le résultat est secondaire: «Le goût n’est pas vraiment essentiel, même si la dégustation compte pour certains. Mais ce n’est en aucun cas le plus important.» Quel but alors? «Il faut que les gens puissent se lâcher et, par le biais de leur créativité, prendre conscience de ce qu’ils ressentent.»

Lire aussi: «Le poids en moi diminue au fur et à mesure que le pot de peinture se vide»

Après une dégustation en pleine conscience, les participants, par groupes de quatre maximum, passent en cuisine. S’ensuivent deux sessions de création libre, sur un thème qui met souvent en avant un aliment. Un débriefing permet ensuite de parler de son ressenti et de comprendre ce que chacun a exprimé à travers son plat. «Une symbolique émerge souvent après la création», souligne Emmanuelle Turquet.

Certains cuisinent en pensant uniquement aux désirs du groupe, d’autres au contraire se soucient surtout d’aimer le plat. En discutant, on réalise que ces attitudes se retrouvent dans la vie

Anita Lalubie

Yoann Roch, professeur d’arts martiaux à Paris, a tenté l’expérience il y a presque une année. Sur la base du thème «la carotte volante», il crée une abeille avec le légume, et fourre les ailes avec du roquefort. «J’étais comme un gosse, j’avais envie de m’amuser et j’étais heureux de n’avoir pas de marche à suivre. Ça m’a permis de me reconnecter à mon côté enfant.»

Vaincre les troubles du comportement alimentaire

En Suisse, Anita Lalubie se met aussi aux fourneaux pour faire du bien. Son objectif à elle: aider ceux qui souffrent de troubles du comportement alimentaire. Cette nutritionniste et ex-animatrice de l’émission culinaire Al dente, qui était diffusée sur la RTS, se définit comme «une alchimiste de la gourmandise». Elle propose en Suisse des ateliers culinaires mais aussi des consultations individuelles.

Pour elle, les troubles alimentaires sont toujours liés à une dimension émotionnelle. «La symbolique de la nourriture est très forte. Ce n’est pas pour rien qu’on se retrouve autour d’une table, que les amoureux mangent moins ou que certains se ruent sur la nourriture après une rupture sentimentale.»

La nutritionniste reçoit dans son local à Etoy (VD), ou elle se rend chez son patient. Une façon d’observer son fonctionnement. «Je me souviens d’une personne qui avait un problème de manque. Elle disait n’avoir rien à manger, mais ses placards étaient pleins à craquer.»

Lire aussi: Les goûts d'enfance: les souvenirs de deux maîtres de cuisine

Des recettes adaptées

Le suivi d’Anita Lalubie passe aussi par la cuisine. Elle propose des recettes adaptées, se met aux fourneaux avec la personne en souffrance et, comme Emmanuelle Turquet, utilise la métaphore. «Avec une personne qui voulait toujours aller trop vite, en cuisine comme dans la vie, j’ai fait, dans un premier temps, cuire un dessert trop peu de temps, pour qu’elle prenne conscience de la nécessité d’attendre quand cela est nécessaire.»

Lors de ses ateliers de cuisine en groupe, l’animatrice amène aussi à réfléchir sur soi, mais de façon plus légère. Et surtout, elle observe. «Certains cuisinent en pensant uniquement aux désirs du groupe, d’autres au contraire se soucient surtout d’aimer le plat. En discutant, on réalise que ces attitudes se retrouvent dans la vie. Notre comportement ressort quand on est en cuisine.»

Publicité