Eros et controverse

Pourquoi faire l’amour quand on peut terminer «Game of Thrones»?

CHRONIQUE. Selon une enquête commandée par le «Wall Street Journal», un quart des Américains ont déjà laissé tomber un rapport sexuel pour regarder une série télé. Que nous est-il arrivé, se demande notre chroniqueuse Maïa Mazaurette

Je vous le demande: pourquoi faire l’amour quand on peut terminer Game of Thrones? Apparemment, nous préférons les ébats de Jon Snow aux nôtres… en tout cas aux Etats-Unis, où le Wall Street Journal vient de commander une enquête sur la question (WSJ/SurveyMonkey). Les résultats sont sans appel: un quart des Américains ont déjà laissé tomber un rapport sexuel pour regarder une série télé en streaming.

Cette évolution est générationnelle: 36% des moins de 39 ans ont déjà préféré la télé au sexe, mais seulement 16% des plus de 39 ans. Alors certes, les jeunes sont ceux qui consomment le plus de streaming, il est donc logique qu’ils soient plus touchés par la concurrence entre action et fiction. Seulement… les jeunes sont aussi ceux qui reproduisent l’espèce. Oh, et bien sûr: puisqu’on parle de streaming (à la demande), alors la nouvelle génération pourrait reporter le visionnage à plus tard. Sauf qu’elle préfère reporter le sexe.

Pour les pessimistes et les catastrophistes, la fin du monde est arrivée. L’hiver est venu. Dans la vraie vie. Ce discours de la récession sexuelle n’est pas nouveau. Tout récemment, nous apprenions d’ailleurs qu’avec ou sans télé, les Américains couchent moins que jamais (General Social Survey, 2019): 23% des 18-29 ans n’ont eu aucun rapport cette année, et ce sont les jeunes hommes les plus touchés (28% des garçons et 18% des filles).

L'idéal pour une «génération fauchée» 

Que nous est-il arrivé? Pour commencer, rappelons les données économiques de base: les séries sont un passe-temps bon marché, qui ne requiert pas de se déplacer ou de payer un ticket d’entrée. Idéal, donc, pour une génération fauchée. En outre, l’ubiquité de ce hobby en fait «le» tronc culturel commun du moment. Ce tronc culturel comprend des scènes sexuelles (et pas qu’un peu), il participe donc de la culture du sexe. Il nourrit des masturbations, il crée des polémiques, il favorise des fantasmes, bref, il transmet d’autres formes de sexualité, non comptabilisées par ces récentes enquêtes.

Mais entre deux cris d’orfraie: pourquoi ne pas profiter de ces résultats pour réinspirer notre vie sexuelle? Si les codes des séries télé fonctionnent mieux que nos codes érotiques, prenons-en de la graine. Empruntons des idées à la fiction.

Utilisons de meilleurs scénarios, qui nous extirperaient du script sexuel caresse-pénétration-éjaculation. Devenons les héros de notre propre aventure érotique, en prenant plus de risques, en explorant plus d’options. Résolvons des énigmes, en nous intéressant à la transmission des compétences sexuelles, aux savoirs anatomiques, aux différents courants de pensée sexuels. Ecrivons de meilleurs dialogues, notamment autour du consentement. Autorisons-nous les super-pouvoirs (sex-toys et lubrifiant), les effets spéciaux (en stimulant plusieurs zones érogènes en même temps), les accessoires servant autant à l’action qu’au décor (des cordes, un bandeau, des bougies). La liste est longue des «trucs» que la fiction pourrait nous apporter.

Et puis si vraiment tout échoue, on pourra toujours faire l’amour en regardant la télé. Quitte à jouer la paresse, autant combiner les plaisirs, non?


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